|
N° 1184 - - 9 avril 2002
3. Jean-Pierre Bezenval : transformiste des vieux bois
Référence incontournable du petit cercle des maîtres du meuble peint, Jean-Pierre Bezenval ressuscite lâme des vieux meubles.
Niché au cœur du Marais, dans le fond d’une petite cour pavée, l’atelier de Jean Pierre Bezenval ne paye pas de mine. L’adresse est pourtant bien connue des américains, les plus fidèles clients de ce maître de la peinture sur bois. C’est dans ce quartier où il est né que Jean Pierre Bezenval a posé ses premières patines, sous la houlette de Georges Guyot, l’un des plus grands spécialistes en la matière. Passionné par la Renaissance italienne, il ira parfaire son apprentissage dans les ateliers de Toscane, région qu’il affectionne et dont les paysages ornent la plupart de ses meubles.
C’est chez un antiquaire alsacien que Jean Pierre Bezenval va chercher les armoires bahuts ou meubles d’angle qui se transformeront en véritable œuvre d’art. " Je choisis suivant la forme du meuble, l’essence du bois. Mais je ne peins jamais sur du bois neuf. Je n'aime pas le veinage, et pour moi, il faut que le meuble ait une âme, un passé. "
|

|
Et c’est vrai qu’en s’approchant de ces armoires aux couleurs si délicates, sous la finesse, la douceur du paysage transparaît aussi la beauté du bois patiné par les ans.
" C’est aussi la qualité de la peinture qui fait la différence ", assure de sa voix douce, celui qui se veut avant tout un artisan. " J’utilise uniquement de la peinture à la caséine, créée d’après des recettes du 16 ème siècle. Le rendu est beaucoup plus vivant ". Pour que d’autres suivent ses traces plus facilement, il a même créé sa propre gamme de peinture, adoptée naturellement pas la plupart de ses stagiaires. Car l’une des autres activités de cet atelier est aussi l’animation de stages pour des élèves qui viennent de tous les horizons.
|

Véronique Foucault
et Jean Pierre Bezenval
|
" Ce sont souvent des gens qui veulent se reconvertir ou d’autres qui sont déjà dans le meuble, comme des antiquaires, des restaurateurs ou des ébénistes qui souhaitent se spécialiser. " remarque Jean Pierre Bezenval.
Véronique Foucault, elle aussi a suivi un stage, il y a cinq ans. Elle est restée dans l’atelier pour reprendre le flambeau de Jean Pierre Bezenval qui désire aujourd’hui lâcher la bride pour se consacrer à des tryptiques. " Je sortais d’une école de décoration où l’on peignait sur bois, mais par souci d’économie. Mon expérience se limitait à une porte peinte au pochoir " avoue –t-elle.
Aujourd’hui, elle est devenue experte dans l’art de créer les ombres, peindre les architectures ou les arabesques. " Pas seulement ", ajoute-elle en se penchant sur une armoire comtoise décomposée. " J’ai aussi appris à poncer scier, restaurer… la peinture sur meuble est un métier complet ! "
.
|