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N° 1505 - - 9 septembre 2002
La forêt tropicale Africaine, un point d'accès au pétrole du Golfe de Guinée
Deux semaines après Johannesburg, Marie-Claude Smouts commente pour Boisforet.info, les avancées du Sommet en matière de forêts.
Durant les débats préparatoires au Sommet de Johannesburg, Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS et au Centre d'études et de recherches internationales de la Fondation nationale des sciences politiques a eu l'occasion de livrer ses analyses dans de nombreux médias ainsi que dans le cadre de débats du Haut Conseil de la Coopération Internationale dont elle est membre. Deux semaines, à peine, après la clôture de la conférence, elle a bien voulu répondre aux questions de boisforet.info.
Boisforet-info : Dans une récente déclaration à la revue Commune Forestière, vous laissiez penser que, dans l'initiative de type II lancée par l'Afrique du Sud et les États-Unis sur le bassin du Congo, le souci de préserver la biodiversité servait de prétexte à des objectifs moins avouables. Quels sont concrètement les buts réels, politiques ou économiques, autres que le bois, poursuivis par les États-Unis dans cette région ?
Marie-Claude Smouts : Le but premier des USA me semble lié aux préoccupations pétrolières qui les animent en ce moment. La géopolitique du pétrole risque d'être profondément modifiée dans les mois qui viennent : méfiance américaine vis-à-vis de l'Arabie Saoudite, main mise vraisemblable sur la politique pétrolière de l'Irak. Avant que le nouveau marché du pétrole se stabilise, il y aura une période de turbulence.
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© Blvdr
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Les Américains se préoccupent de la sécurité de leurs approvisionnements en pétrole, ce qui les amène à s'intéresser de plus en plus au pétrole du Golfe de Guinée. Dans ce contexte, une présence au Gabon et au Cameroun n'est pas négligeable. La forêt offre un point d'entrée bien pratique : la protection de la forêt est une cause au-dessus de tout soupçon. On peut envoyer des "conseillers" et faire des petites bases de présence sans que cela soit trop voyant. Et de plus, cela montre la bonne volonté écologique des USA et leur intérêt pour l'Afrique : les écologistes et le black caucus ne peuvent que s'en féliciter.
Ce projet présente-t-il une menace pour les intérêts français dans la région ? Comment peut-on interpréter l'importance accordée par la délégation française à Johannesburg à la participation française à cette initiative de type 2 ?
Cela ne représente pas une menace directe pour les intérêts français, mais cela complique le jeu. D'abord parce que les entreprises françaises vont se trouver face à une concurrence nouvelle. Ensuite parce qu'il semblerait que le président gabonais ait signé avec Colin Powell un accord prévoyant la création de 15 parcs nationaux gérés par l'ONG américaine Wildlife Conservation Society (WCS, projet qui selon le communiqué de cette organisation, sera financé par des fonds américains. Si cela se vérifiait, cela diminuerait d'autant la surface de forêt exploitable.
La France ne pouvait pas rester à l'écart de cette initiative dans une région où elle est traditionnellement présente. Personne n'aurait compris, ni les pays, ni les ONG, ni les entreprises. Il lui fallait au moins "accompagner" et essayer d'influencer le contenu.
Outre cette initiative de type 2, la forêt n'a pas été une préoccupation majeure à Johannesburg. Pensez-vous néanmoins que ce sujet est appelé à occuper une place croissante dans les Relations Internationales, en général, et plus particulièrement dans les débats et négociations relatives au développement ?
Non, je ne pense pas que la forêt soit une préoccupation majeure des Etats. La question est depuis longtemps laissée à la Banque mondiale, aux experts, aux ONG, aux entreprises. À part l'Agence Française de Développement qui essaie d'avoir une politique, il y a peu d'engagements de la part des gouvernements, seulement des aides pour des projets de conservation ou de forêts communautaires, sous-traités aux ONG.
Je ne vois pas ce qui pourrait mettre la question de la forêt sur l'agenda diplomatique sinon la question du changement climatique et des "puits de carbone".
Si le protocole de Kyoto entre en vigueur et si les mécanismes de développement propre sont mis en place, on parlera de la forêt et il y aura un débat sur la question des plantations. Mais je pense que cela restera un débat entre experts, avec la participation des ONG et des entreprises mais ne sera pas un point important dans les négociations sur le développement.
Marie Claude Smouts est directrice de recherche au Centre national de la recherche scientifique/Centre d'études et de recherches internationales
Ses recherches portent en ce moment sur les questions internationales d'environnement.
Elle est Professeur à l'Institut d'études politiques de Paris dans le cadre du programme Science-Environnement-Société.
Elle est aussi Vice-présidente de l'Association française de science politique
Elle est l'auteur de nombreux livres et articles sur les organisations internationales, les relations Nord-Sud, la théorie des relations internationales.
Dernières publications :
Forêts tropicales-jungle internationale, Les revers de l'écopolitique mondiale, Paris, Presses de Sciences-po, 2001
Le retournement du monde, avec Bertrand Badie, 3ème éd, Paris, Presses de Sciences-po, 1999
Les nouvelles relations internationales, ouvrage collectif, Paris, Presses de Sciences-po, 1998
Les organisations internationales, Paris, Armand Colin, 1995
Propos recueillis par Gilles Vilain.
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