boisforet-info Le Magazine du Bois et de la Forêt

N° 629 - - 3 septembre 2001

Gares TGV : le bois avance à grande vitesse

Le bois fait une entrée très remarquée dans les nouvelles gares du TGV méditerranée. Jamais, depuis plus d’un siècle, il n’avait été aussi présent sur les quais des trains.

À Aix-en-Provence, en Avignon et à Valence, le bois se marie avec le verre, le béton et l’acier apportant une touche nouvelle au modernisme.
Un choix radicalement nouveau de la SNCF que François Bonnefille, responsable de l’agence d’étude des gares, explique par le besoin d’humaniser la vie du fer.

1. François Bonnefille : " Le bois nous apporte plus que la technique ".

" Bien sûr que c’est dans l’air du temps ! C’était d’ailleurs pour nous un jeu intéressant que d’associer l’image traditionnelle du bois à celle de l’emblème de la modernité française qu’est le TGV ", explique François Bonnefille, responsable de l’agence d’étude des gares à la SNCF. Mais l’architecte ne voudrait surtout pas que l’on réduise l’utilisation du bois dans les gares TGV à un effet de mode ou à une quelconque lubie créative ou marketing. " Nous travaillons dans la durée, en nous projetant dans le futur, à un demi-siècle, voire un siècle, devant nous ", insiste François Bonnefille pour crédibiliser ses choix.

" Le bois nous intéresse avant tout parce qu’il permet de rendre nos gares plus agréables ", affirme-t-il. Il est facile de s’en convaincre. Il suffit de comparer les trois dernières constructions avec celles de la génération précédente : Massy, Vendôme, par exemple, pour mesurer le chemin parcouru dans les têtes des architectes. La société nationale semble avoir compris que ses clients n’attendaient pas d’être assis dans un wagon pour aspirer à un minimum de confort.

Ainsi, à la dureté hyper rationnelle du béton, de l’acier et du verre d’une gare Montparnasse, les gares TGV Méditerranée opposent la chaleur beaucoup plus engageante d’une savante association entre les matériaux.

" Les gares sont des lieux très particuliers, à mi-chemin entre le réel et le virtuel. Notre corps est encore là, mais notre esprit est déjà ailleurs. L’architecture de la gare doit favoriser ces transitions, ce perpétuel aller-retour entre le rêve et l’action ", expose inspiré, François Bonnefille.

À Aix-en-Provence, les claires-voies en bois de la façade filtrent la lumière en laissant la Montagne Sainte-Victoire se mettre en scène.

En Avignon, on pourra sur les 400 m du quai, se mettre à l’abri du Mistral et du soleil, tout en restant à moitié dehors pour goûter les senteurs de la Provence.

À Valence, les TGV qui ne marquent pas l’arrêt assurent le spectacle. Les voyageurs, mais aussi des simples visiteurs, viennent les voir passer à 300 km/h sur les voies situées en contrebas.

La SNCF souhaite repenser les fonctions des gares en renforçant leur dimension culturelle. Il était donc nécessaire pour commencer d’en améliorer le confort. Ambiance visuelle adoucie, bruits de fond absorbés, températures régulées, contacts plus agréables, la SNCF travaille dans tous les sens pour rendre la gare plus accueillante. " Le bois nous offre beaucoup de solutions dans cette démarche ", confirme François Bonnefille.

Le bois fait ainsi son grand retour sur les quais. " On l’utilisait déjà au XIXè siècle pour les embarcadères, mais il avait depuis disparu ", rappelle François Bonnefille. Ipé en Avignon, Jotoba à Valence, Iroko à Aix-en-Provence, le bois étale sur 400 m de platelage des qualités qui méritent d’être soulignées.

"Le bois améliore le confort acoustique, il atténue les bruits de choc des talons et de roulement des roues des chariots. C’est aussi un excellent régulateur thermique. L’été il est bien moins chaud que le béton, il ne fond pas comme l’asphalte et l’hiver, il est bien moins froid ", note l’architecte.

2. Avignon : 400 m de quais en bois dans un cocon d’épicéa

À la lisière de la ville, la gare TGV d’Avignon s’allonge interminablement sur 400 m de long. Le bâtiment laisse juste ressortir les deux têtes du train qui lui confèrent les allures d’un bien curieux scolopendre.

Concept résolument original, le bâtiment de cette gare-quai est un tube qui s’ouvre sur les voies. Le voyageur pourra attendre à l’abri, et même s’y asseoir, prendre un café, à l’endroit où s’arrêtera sa voiture. Une solution astucieuse pour éviter de courir tenant bagage d’une main, billet de l’autre en cherchant le bon numéro de wagon…

Les quais sont en Ipé rainuré. L’intérieur est entièrement revêtus d’un parement d’épicéa lazuré en blanc.

Architectes : Jean-Marie Duthilleul, Etienne Tricaud, Marcel Bajard, François Bonnefille.

3. Valence : le bois au croisement des deux vitesses

La nouvelle gare de Valence forme une interconnexion entre les deux vitesses de la SNCF. Les voies du TGV y croisent celles du TER. On passe de l’une à l’autre par de longs plans inclinés recouverts de parquet en bois. C’est le Jotoba, une essence de couleur rouge, qui a été retenue pour sa bonne résistance à l’abrasion. Le parquet a l’avantage d’être parfaitement adapté au système de régulation thermique par le sol. Eau froide en été, eau chaude en hiver, le bois est toujours à bonne température.

Architectes : Jean-Marie Duthilleul, Etienne Tricaud, Marcel Bajard, Pierre Saboya

4. Aix-en-Provence : l’Iroko comme portefaix

À Aix-en-Provence, l’Iroko est omniprésent. Le bois s’étale sur les quais et sur le platelage des terrasses extérieures où la Montagne de la Sainte-Victoire n’en finit pas de se laisser admirer. Il prend également un rôle structurel en association avec le métal pour supporter l’immense toit de la gare en forme de chapeau plat.

Architectes : Jean-Marie Duthilleul, Etienne Tricaud, Marcel Bajard, Eric Dussiot

Mis en ligne le 7 juillet 2001

.


Droits de reproduction et de diffusion réservés © www.bois-foret.info © Belvédère ©a2sc web design ©Algodia
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage et d'en respecter les dispositions.