|
N° 810 - - 30 octobre 2001
3. La castagne des châtaignes !
Face aux variétés hybrides et aux méthodes de culture intensive de plaine, la châtaigne ardéchoise de montagne revendique son AOC.
|

© W. Lhermenier
|
Réputée pour sa fine saveur, la châtaigne d’Ardèche est aussi vendue à l’export. " Les Allemands et les Anglais en raffolent ", explique Sophie Sabot, chargée de mission pour le syndicat des castanéïculteurs à la Chambre d’Agriculture de Privat. Pourtant, les producteurs ardéchois sont sur la défensive. " Il n’y a pas de châtaignes hybrides chez nous !", clame avec virulence Sophie Sabot,.
Pour beaucoup, l’annonce de la jeune ingénieur agricole ressemble à une révélation : "Comment, la châtaigne, pain du pauvre, serait devenue aujourd’hui une culture spéculative ! ". Il est vrai qu’on la retrouve à 40 F le kilo dans les épiceries parisiennes et que récemment des industriels de l’agroalimentaire ont séduit nos bambins avec des petits suisses aux marrons. Mais de là à imaginer que la châtaigne soit devenue un fruit d’argent… la surprise est de taille !
|

© W. Lhermenier
|
"C’est une véritable révolution de l’économie de la châtaigne", reconnaît Sophie Sabot. "Dans la vallée du Rhône, les vergers de pêchers sont arrachés pour laisser la place à des châtaigneraies qui sont irriguées et récoltées mécaniquement ", explique-t-elle. Dans ces nouvelles châtaigneraies de plaine, les variétés traditionnelles de châtaignier européen (Castanea sativa) ont laissé la place à des variétés hybrides obtenues avec l’une des 19 espèces chinoises de châtaignier : Castanea creata originaire des forêts tempérées humides de Chine.
"Les hybrides sont plus précoces et comme elles acceptent un plus fort apport d’eau, elle produisent plus", explique la spécialiste. L’affaire se révèle très profitable pour les arboriculteurs de plaine et le coup est dur pour les castanéïculteurs traditionnels.
Question goût, l’appréciation est naturellement très subjective et mériterait des études organoleptiques approfondies. Quoi qu’il en soit, la châtaigne d’Ardèche a la réputation d’être plus sucrée, plus parfumée que la châtaigne hybride qui aurait une saveur plus fade d’amidon. Si Jean-Pierre Coffe n’a pas encore donné au sujet l’ampleur polémique qu’il mérite, la répression des fraudes commence à s’intéresser sérieusement au sujet.
|

© W. Lhermenier
|
Quoi qu’il en soit pour Daniel Vergnole, président du syndicat des producteurs, l’avenir de la châtaigne d’Ardèche ne peut passer que par la délivrance d’une Appellation d’Origine Contrôlée.
"Le dossier est en bonne voie et nous pourrons bientôt défendre nos produits et de mieux informer les consommateurs ", explique le président.
À commencer par lutter contre une funeste idée reçue : "La châtaigne n’est pas un fruit sec, mais un fruit frais. Les commerçants doivent les conserver dans de bonnes conditions, au frigo et dans le noir. Sinon elles moisissent de l’intérieur", explique le producteur Ardéchois. "Ce n’est ni bon pour les consommateurs, ni pour l’image du produit" conclut-il.
Contact :
Syndicat des Producteurs de Châtaignes et Marrons de l'Ardèche
4 av Europe Unie 07000 Pivas. Tel/fax : 04 75 64 71 86
François Delaunay.
|