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Brèves


ARTICLE N°240 - 5 octobre 2000

Le hêtre, un bois en mouvement

Espèce d’ombre, parfois envahissant, le hêtre occupe une place particulière dans nos forêts. Facile à travailler, esthétique, le bois de hêtre est de plus en plus utilisé pour le mobilier moderne.   

Le hêtre, un prince conquérant

Le hêtre est, avec le chêne, la principale espèce de feuillus de nos forêts. Fagus sylvatica est son nom latin et scientifique. C’est la seule des dix espèces du genre fagus à être représentée en France.

Son aire de répartition couvre l’ensemble de l’Europe occidentale et de l’Europe centrale.
Le hêtre est arrivé relativement récemment en France. Il s’est installé il y a moins de 5 000 ans, à l’occasion du refroidissement du climat qui a succédé à la période chaude de l’Atlantique et durant laquelle le chêne avait pris place.

Le hêtre affectionne les climats frais et humides. C’est l’essence dominante des forêts d’altitude, plateau de l’Est de la France et flancs des montagnes où il pousse 200 à 300 m plus haut en altitude que le chêne. Le hêtre domine également dans les forêts fortement arrosées de la partie Nord de la façade atlantique. Ces hêtraies de plaines sont particulièrement majestueuses avec des arbres atteignant parfois plus de 40 m.

Les hêtraies de plaine sont particulièrement majestueuses. Le hêtre est une essence d’ombre qui se développe particulièrement bien dans les sous-bois. Il a tendance à former des peuplements monospécifiques.
Le hêtre entre en concurrence naturelle avec le chêne. Sans l’intervention humaine, il le supplante dans de nombreuses stations forestières de la moitié nord du pays. La hêtraie est souvent considérée comme le stade ultime d’évolution des forêts tempérées, il est ainsi l’espèce dominante des réserves biologiques de la forêt de Fontainebleau.

Mais comme le bois de hêtre résiste mal à l’humidité et donc à la plupart des utilisations en extérieur, les sylviculteurs ont favorisé le chêne. Si on avait pu construire des bateaux en hêtre, nos forêts n’auraient sûrement pas tout à fait le même aspect...

Le hêtre : Comment le reconnaître ?

Le hêtre est très facilement reconnaissable à son port élancé. De tous les arbres de nos forêts, c’est probablement le plus régulier et le plus élégant.

Son écorce lisse et de couleur grise permet de le reconnaître facilement même en hiver. Ses fruits, les faines, sont en forme de petites pyramides de couleur brun luisant. Elles mûrissent au mois d’octobre et sont comestibles. Elles sont enfermées dans des capsules hérissées qui s’ouvrent en quatre parties.

Les feuilles, alternes, sont de forme ovale et de couleur vert foncé. A l’état jeune, elles sont velues et conservent des poils sur leur pourtour. Ce duvet est facilement observable en regardant les feuilles à contre-jour. C’est un moyen simple de vérifier l’identité du hêtre à l’état arbustif quand il peut alors se confondre avec d’autres arbrisseaux (bourdaine) et autres jeunes arbres (charme).

De couleur claire, voire légèrement rosée, le bois de hêtre se reconnaît par la finesse de son dessin fait de pointillés avec des fils assez droits et parallèles.

Un bois à la mode, mais fortement touché par la tempête.

Le bois de hêtre est dur et lourd. Il est toutefois particulièrement vulnérable à l’humidité. C’est là sa grande différence avec le bois de chêne.

En revanche, il offre une bonne résistance mécanique et résiste bien au poinçonnement. Très homogène, il s’imprègne facilement et peut donc être teinté et vernis sans difficulté. Autant de caractéristiques qui en font un excellent bois d’œuvre et le rendent propice à une très grande variété d’usages intérieurs.

De plus, le hêtre est un bois extrêmement facile à travailler, il se cintre et se tourne aisément.
Les bois de hêtre de haute qualité sont notamment employés en déroulage pour la production de placages. Les qualités médiocres sont quant à elles utilisées pour le chauffage, la fabrication de panneaux à particules ou de pâte à papier.

Le hêtre a pris une place prépondérante dans l’ameublement et l’industrie des parquets. Il a connu durant les dix dernières années un véritable engouement. Ceci s’explique par l’évolution des goûts du public pour les bois clairs, plus discrets que le chêne et autres bois sombres. Cette tendance s’est propagée en Orient. Les pays Asiatiques et notamment la Chine sont ainsi devenus de très gros importateurs de bois de hêtre.

Autant de raisons qui expliquent la flambée des cours du bois de hêtre. Ceux-ci ont connu une progression de 65 % (en francs constants) depuis 1993.
La tempête a en revanche été particulièrement préjudiciable au hêtre. Les cours ont ainsi fortement baissé.

Les grandes hêtraies et quelques hêtres remarquables

Lyons

La forêt de Lyons est l’une des hêtraies les plus célèbres de Normandie. Elle est particulièrement majestueuse. Avec des troncs s’élançant sans branche jusqu’à plus de 30 m de hauteur, elle offre une image romantique de la forêt cathédrale.
Situation : 30 km à l’est de Rouen.

Iraty

La forêt d’Iraty est une hêtraie de montagne. A cheval sur la frontière franco-espagnole, elle est restée longtemps inexploitée en raison de la difficulté d’accès. Ce n’est qu’au cours de la première moitié du XX ème siècle, avec l’installation d’un câble funiculaire, que les troncs ont pu être débardés.
Aujourd’hui, il subsiste encore quelques dizaines d’hectares de forêt primaire. Ces parcelles se caractérisent par la présence de très vieux ifs et par des amas de bois morts.
Voir aussi la page consacrée à la forêt d’Iraty sur le site de l'ONF
Situation : 30 km à l’est de Saint-Jean Pied de Port.

La forêt de la Sainte Baume

En Provence, la forêt de la Sainte Baume fait figure d’exception. Située au pied du versant nord d’une falaise, elle profite d’un microclimat frais et humide qui lui a permis de se maintenir depuis la dernière glaciation. Elle est remarquable par la richesse de sa flore et ses paysages. C’est aussi un lieu mythique puisque la légende affirme que Marie-Madeleine s’y est retirée en ermitage dans une grotte (ou baume en vieux français).
Situation : 30 km à l’est d’Aix-en-Provence.

Les faux

Les faux, l’un des noms du hêtre en vieux français, présentent, avec leurs troncs et leurs branches tordues, un aspect monstrueux. Leurs branches partent dans tous les sens et se collent parfois entre elles. Ces arbres présentent une architecture anarchique très singulière dans le monde végétal. Les anciens n’ont pas manqué d’y voir la trace d’une malédiction, d’autant plus qu’ils semblaient ne pas être capable de se reproduire. En fait, il s’agit d’une variété peu répandue du hêtre commun : le hêtre tortillard.
Les faux se rencontrent dans la forêt de Verzy en Champagne et dans les forêts de Sionne et de Frébécourt dans les Vosges.
Voir aussi les pages consacrées aux arbres remarquables sur le site de l'ONF.

Le hêtre de Fraïsse-sur-Agout

Situé au flanc d’une colline sur la commune d’Agout, dans l’Héraut, le hêtre de Fraïsse est l’un des plus vieux et des plus impressionnants de France. Il atteint presque 9 mètres de circonférence et son âge est estimé à au moins 600 ans.
En 1875, il a échappé à un orage torrentiel extrêmement violent. Il en porte encore la trace. Ses racines ont été déchaussées et forment une cavité où un homme peut se cacher.





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