- 24 janvier 2002
1. Un art éphémère fait pour durer
Du haut de la passerelle qui domine l’aire de montage, on a peine à croire que la scène de l’opéra Bastille est à quelques encablures. La salle, par ses dimensions, évoque plus la construction aéronautique que l’art lyrique. Les deux coupoles dorées posées au sol ont bien une vague allure moscovite. Mais de là à imaginer le Kremlin de la Khovantchina, il y a loin. Quant à l’assemblage en cours de panneaux contreplaqués, il n’a rien de modeste… Si ce n’est le souvenir de Moussorsky.
"C’est ici que chaque décor prend sa forme définitive ", indique Michel Hamon, le directeur technique. " Là-bas ", dit-il en désignant une vaste antichambre au fond d’un couloir d’une trentaine de mètres, " c’est la salle d’attente, dernière étape avant le plateau. "
Pour cet architecte, entré dans le décor par hasard, les productions des grandes scènes lyriques rivalisent aisément avec les projets auxquels travaillent beaucoup de ses anciens collègues.
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Michel Hamon
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"Une fois la conception et la maquette terminées, il faut environ trois mois pour réaliser un tel décor. Autant que pour un bâtiment de taille comparable. " Avec des budgets du même ordre ; " La réalisation d’un décor coûte souvent plus d’un million de francs et peut aller jusqu’à trois millions" estime Michel Hamon qui précise que le service qu’il dirige s’apparente par bien des aspects à une entreprise de construction. " Notre bureau d’études utilise les mêmes outils logiciels, la conception des structures et le choix des matériaux obéissent à des contraintes techniques et de sécurité tout aussi sévères, avec cependant des spécificités liées à la recherche de légèreté et aux besoins de mobilité. "
Ces constructions qui relèvent par bien des aspects, de ce que les historiens de l’Art classent dans " l’architecture éphémère ", liée aux fêtes publiques ou aux divertissements, sont cependant destinées à durer. " Comme tous les théâtres, nous avons une collection de décors. Une fois démontés, ils sont remis en état dans notre ancien entrepôt-atelier du boulevard Berthier ou stockés sur une barge du port de Gennevilliers dans l’attente d’une éventuelle représentation. " précise Michel Hamon.
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La constitution et l’entretien de ce patrimoine artistique occupent six ateliers sur le site de l’Opéra Bastille, répartis sur plus de 10000 m2.
Le travail du bois y occupe un rôle prépondérant si l’on en juge par la taille des deux ateliers de menuiserie et l’effectif qui y travaille. Ses attributions sont multiples.
D’abord le façonnage et l’assemblage de panneaux des façades des décors mobiles, le plus souvent en contreplaqué.
L’emploi du bois en structure est également fréquent, notamment pour réaliser les fermettes à treillis qui supportent les panneaux. Enfin, à ces activités qui font appel aux techniques de la charpente et de la menuiserie, il faut ajouter la réalisation d’édicules ou de mobilier en bois où le savoir-faire de l’ébéniste est mis à contribution.
Ces professionnels doivent cependant souvent déroger aux règles de leur métier. Dans les formes comme dans les finitions, tout est illusion.
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" Dans la scénographie, les règles communes de la réalité n’ont pas cours. Les décors doivent avoir l’apparence du monumental sans l’être, le mobilier, au contraire, est souvent surdimensionné ", prévient Michel Hamon. Et de montrer en exemple, un décor de la Bohème prêt à rejoindre le plateau.
" Cette place du vieux Paris, avec ses façades et ses échoppes, est presque entièrement construite en bois. Pourtant personne n’est dupe, même dans le public : chacun veut y voir des maçonneries. " Le principal mérite du bois est de se prêter facilement, par ces qualités plastiques et techniques, à ces artifices.
Comme un acteur qui compose son personnage dans un costume et sous un maquillage qui, en coulisses, apparaît outrancier.
Gilles Vilain
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