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  - 17 avril 2002

Paul Champs agenceur de Paquebot

Héritière du savoir-faire français des métiers d’art du bois, l’entreprise brestoise d’agencement Paul Champs est un élément indissociable du renouveau de la construction navale des paquebots en France.

“ En 1981 n’y avait plus eu de paquebots construits à Saint-Nazaire depuis le “ France ”. Certes les constructeurs navals savaient encore fabriquer des coques, mais ils avaient perdu les savoirs-faire de l’aménagement. Les Chantiers de l’Atlantique ont donc dû s’appuyer sur tout un réseau de sous-traitants ”, entame Paul Champs, le PDG de l’entreprise d’agencement brestoise.

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Paul Champs
© F. Verrimst

Une aubaine pour cette PME bretonne de la filière bois créée par son père en 1936, qui décroche alors coup sur coup les marchés d’agencement de deux navires de la Holland-America line : le Nordam et le New Amsterdam.
Depuis, du “ Sovereign of the seas ” (1987) “ un navire mythique, qui a inspiré des centaines de bateaux, et donné son style au marché actuel de la croisière ” en passant par la série des Renaissance (8 navires entre 1998 et 2001), l’entreprise Paul Champs qui compte aujourd’hui 85 salariés a participé à la construction d’une trentaine de paquebots.
Au total plus de 60 000 m2 d’agencement auxquels s’ajoute aussi ceux de navires prestigieux comme le porte-avions “ Charles de Gaulle ”, par exemple.
La construction navale qui représente, à côté du secteur hôtelier, 50% de l’activité de l’entreprise, “ reste un marché très spécifique ” précise le PDG.
“ Le résultat doit ressembler au maximum à ce que l’on peut trouver à terre. Mais à bord, les contraintes techniques et les méthodes de travail n’ont rien à voir ", explique-t-il.

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Un palace pour la mer
© Paul Champs

D’abord, il y a les impératifs de la sécurité incendie.
Les normes internationales sont drastiques et ne tolèrent pas de matériaux combustibles en parties fixes. Ce qui n’empêche pas le bois d’être omniprésent. Pour commencer, il constitue l’essentiel du mobilier : des comptoirs, des milliers de chaises et de tables. " En cas de danger, il est toujours possible de les jeter par dessus-bord.
Mais pour habiller les cloisons de tôles d’acier du bateau, la difficulté est mettre en oeuvre le maximum de surface de bois, avec un minimum de matière ! "
, lance Paul Champs
“ Raison pour laquelle nous utilisons beaucoup de plaquage très minces, des panneaux nids d’abeilles, des petites moulures décoratives... voire des matériaux d’imitation ou des décors peints.
En volume, nos principaux matériaux ne se voient pas : ce sont les supports de plaquage en matériaux incombustibles comme des agglomérés de vermiculites (argile) "
poursuit le chef d'entreprise.

Le bois à la barre

Bref tout ceci nécessite de savants dosages, qui sont l’affaire du bureau d’études intégré qui emploie une vingtaine de techniciens issus de BTS bois et des matériaux associés. La majeure partie du travail de réalisation est effectuée en ateliers. Le maximum d’éléments devant être préfabriqués et posés avant que les tronçons du bateau ne soient assemblés.

Photo
Un mobilier fixé
© Paul Champs

Les menuisiers-agenceurs effectuent la pose et les travaux techniques les plus délicats. “ Nous disposons aussi d’un véritable know-how en matière de fixation ”, précise le chef d’entreprise.
Sur le chantier, Paul Champs dispose d’un encadrement spécialisé “ les chefs de bord ” qui sont l’équivalent des conducteurs de travaux à terre. Il y a aussi des “ superviseurs ” responsables de tout un chantier.
C’est que les métiers du bois jouent aussi le rôle du chef d’orchestre lors de l’armement des Paquebots.
Sur les lots de décoration, la société d’agencement joue le rôle d’entreprise générale et coordonne l’activité de sous-traitants (poseurs de moquettes…). Une spécialité qui nécessite une précision d’organisation infaillible.
Elle constitue aujourd’hui un savoir-faire spécifique des entreprises françaises qui n’a que peu d’équivalent dans le monde. C’est qu’en vingt ans, les méthodes et la productivité ont considérablement évolué : “ dans les années 1980, il fallait trois ans de la commande à la livraison, on s’oriente à présent vers un rythme de six navires par an... ", note Paul Champs

Bois de hauts grades

L’esthétique du bois est inséparable de l’univers maritime. Le choix de l’essence peut être riche en signification. “ Un exemple amusant est la hiérarchie instaurée pour l’agencement du “ Charles de Gaulle " : Poirier pour les appartements de l’Amiral et la cabine du Président de la République ; Erable pour le Chef d’Etat-Major; Hêtre pour les chambres et bureaux des officiers supérieurs, Sycomore pour les grades plus subalternes. Cette idée de distribuer des gallons aux essences de bois avait bien plu ” sourit Paul Champs.

Frédéric Verrimst



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