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  - 2 mars 2001

Épicéa : un célèbre inconnu

L’épicéa est sans nul doute le résineux le plus représenté en Europe. Pourtant, en France, son faux-frère le sapin bénéficie d’une bien plus grande notoriété. L’épicéa est néanmoins l’un des bois les plus employés.




1) Un géant d’Europe
2) Epicéa commun : comment le reconnaître
3) Des violons, du lamellé-collé et du papier journal
4) Le sapin de Noël est un épicéa.

1. Un géant d’Europe

L’épicéa, en France comme en Europe, est à plus d’un titre l’arbre des sommets. Les plus grands dépassent couramment les 45 mètres de hauteur. Dans le Doubs, un spécimen a été mesuré à plus de 50 m dans la Forêt de Bonnétage, ce qui en ferait, après le sapin pectiné* de la forêt du Russey mesuré à 52 m, le plus grand arbre de France.

Mais ce n’est pas tant par sa taille que par l’étendue de son aire de répartition que l’épicéa doit être considéré comme un géant d’Europe. En effet, s’il se partage avec le sapin pectiné dans les forêts de montagne de l’arc alpin, l’épicéa est l’espèce dominante des immenses forêts de l’Europe du Nord : Scandinavie, Baltique et Russie où il couvre des millions d’hectares.

En France, l’aire de répartition naturelle de l’épicéa se limite au massif des Vosges, au Jura et aux Alpes du Nord, voire, ce qui est très discuté par les spécialistes, sur les hauteurs des monts du Forez dans le Massif Central. L’épicéa peut vivre jusqu’à 2000 m et il forme les plus hautes futaies de France.

C’est une essence relativement ubiquiste qui s’adapte à une grande variété de conditions écologiques (nature du sol, humidité). Pour cette raison, il a pu être largement diffusé en plaine depuis le XIX ème siècle.

L’épicéa est la principale essence plantée en France. Les boisements artificiels représentent près de 400 000 ha soit plus de la moitié des boisements de l’espèce qui sont évalués par l’Inventaire Forestier National (IFN) à 730 000 ha (3 ème rang des résineux derrière le pin maritime et le pin sylvestre) (lien http://www.ifn.fr). L’essentiel des boisements artificiels a été effectué durant les deux décennies qui ont suivi la deuxième guerre mondiale. Les sylviculteurs élargissent aujourd’hui leur choix vers d’autres espèces comme le Douglas, ou des feuillus.

L’épicéa est l’une des principales essences de bois utilisées en France. Aux 8,3 millions de m3 de récolte annuelle (2ème rang des résineux derrière le pin maritime), il faut en effet ajouter les 1,1 millions de m3 de sciages d’épicéa importé.

Lorsqu’il provient de Scandinavie, le bois d’épicéa est communément appelé sapin blanc du Nord. Les Allemands sont plus précis et le dénomment " Fichte vom norden " (épicéa du nord). Les Anglais l’appellent soit " spruce " (épicéa) soit tout simplement " northern white wood " (bois blanc du nord).

Entre production nationale et importation, l’épicéa est de très loin le résineux blanc le plus utilisé en France tant pour la construction que pour l’industrie papetière.

* La tempête de décembre 1999 a abattu deux des trois sapins géants de la forêt du Russey inscrits au livre des records. L’un d’eux mesurait 52 m et son cubage a été estimé à 36 m3.

L’épicéa commun en France représente :
- une surface totale de 730 000 ha dont 75% en futaie régulière, 14 % en futaie irrégulière et 11 % en mélange de résineux prépondérants ;
- un volume total de 141 millions de m3 dont 116 millions provenant de peuplements où l’épicéa commun est dominant ;
- une production totale de 7,3 millions de m3 dont 6,3 millions provenant de peuplements où l’épicéa commun est prépondérant.

Espèce reine des années 60, l’épicéa a été planté massivement en plaine et en moyenne montagne. Les surfaces plantées en épicéa ont très fortement diminué depuis 1965. Elles sont aujourd’hui très marginales.

2. Épicéa commun : comment le reconnaître ?

Nom scientifique : Picea excelsa

Avec ses branches qui descendent jusqu’à la base de son tronc, la silhouette de l’épicéa évoque l’archétype des conifères. Tant et si bien qu’on le confond fréquemment avec son faux-frère le sapin pectiné dont le nom est communément associé, en France, à cet ordre.

Entre épicéa et sapin, la distinction n’a pas toujours été nette. D’ailleurs, le célèbre botaniste Linné lui-même le dénommait Pinus abies, c'est-à-dire dire le pin sapin. En fait l’épicéa n’est ni un pin, ni un sapin, mais appartient à un genre particulier de Picea qui compte une cinquantaine d’espèces différentes dont la plupart se trouvent en Amérique du Nord et en Asie.

Si l’épicéa et le sapin présentent des similitudes (grandes tailles, feuilles à aiguilles) il est cependant relativement aisé de les distinguer.

Du point de vue des sylviculteurs, la différence principale concerne leur tronc. Celui de l’épicéa est conique, son diamètre se réduit rapidement avec la hauteur alors que celui du sapin est plus cylindrique. Le sapin, dans le cas des vieux arbres, peut atteindre des diamètres plus importants.

La différence la plus immédiatement visible s’observe au niveau de la forme des branches. Celles des sapins sont droites. Celles des épicéas sont incurvées. Les rameaux tombent en panache, on dit qu’ils sont disposés en queue d’épagneul.

Le moyen infaillible pour différencier épicéa et sapin consiste à observer les cônes. Ils sont tombants et placés sous les rameaux pour l’épicéa alors qu’ils sont dressés pour le sapin. L’épicéa libère ses graines en une seule fois et ses cônes restent entiers lorsqu’ils tombent au sol. Dans le cas du sapin, les graines se libèrent progressivement à mesure que les écailles se détachent une à une. Ce qui explique que l’on ne trouve pas de cône entier sous un sapin.

Les aiguilles de l’épicéa sont disposées en spirale tout autour du rameau alors qu’elles sont implantées de manière rectiligne sur le sapin comme sur un peigne, d’où le nom de sapin pectiné.

Pour plus de détails (approche botanique : htttp://www.univers-nature.com/dossiers/epicea.html; approche horticole : http://les.arbres.free.fr/epicea.htm)

3) Des violons, du lamellé-collé et du papier journal

Le bois d’épicéa est aujourd’hui très largement utilisé. C’est l’essence de prédilection de l’industrie papetière. "C’est un résineux blanc avec peu de résine qu’il est possible de triturer par des procédés thermomécaniques ", explique Thierry Fauchon de l’AFOCEL (Association Forêt Cellulose). Technique moins consommatrice d’eau qui permet de produire 500 kg de pâte à papier pour une tonne de bois contre moitié moins avec les procédés chimiques utilisés pour les bois de feuillus et de résineux rouges (pin sylvestre et pin maritime). En France, trois papeteries utilisent de l’épicéa. Elles sont situées dans les Vosges et dans le Nord.

En fait, on peut être presque certain que les pages de nos journaux et de nos magazines sont en épicéa. En revanche, nos cahiers n’en contiennent pas.

Rappelons toutefois que la fabrication de papier-journal utilise plus de 50 % de papier recyclé et que le bois de trituration employé par les papeteries est issu des résidus d’exploitation (bois d’éclaircie, rondins, grosses branches) et des déchets de scierie, mais en aucun cas de troncs d’arbres. (lien avec le mini dossier papier )

Le bois de construction.

L’épicéa fournit un excellent bois d’œuvre d’une densité moyenne de 0,4 à 0,5. Il est relativement tendre. Ses fibres sont d’une exceptionnelle rectitude, ce qui en faisait un bois de choix pour les mâts de la marine à voile. Le bois d’épicéa est très blanc et lustré, parfois même brillant et nacré en surface rabotée. Les cernes, de couleur orangée, sont apparents bien que moins marqués que ceux du pin sylvestre par exemple.

Les bois de sapin et d’épicéa sont très ressemblants. La différence n’est observable que par des yeux aguerris et bien souvent grâce à une loupe.
En effet, contrairement au sapin, l’épicéa présente des canaux résinifères longitudinaux. Mais ils sont fins et peu apparents et ne peuvent s’observer qu’après rabotage.

L’épicéa offre, eu égard à sa légèreté, une très bonne résistance mécanique. Celle-ci est surtout appréciable pour les bois à croissance lente, présentant des cernes d’accroissement serrés.
Ils sont généralement bien circulaires. Leur épaisseur varie selon la provenance et la rapidité de croissance des bois. Pour les bois de montagne ou les bois du nord à croissance très lente, qui donne les bois à grains les plus fins, la largeur moyenne des cernes se situe entre 1 et 3 mm. En plaine, elle peut atteindre 10 mm.

Les utilisations de l’épicéa varient en fonction de sa qualité et de sa provenance. Les bonnes qualités d’épicéa (bois de montagne et bois du nord) sont employées pour la construction : ossature bois, charpente industrielle (fermette), lamellé-collé.
L’épicéa est ainsi l’essence principalement employée pour les charpentes en lamellé-collé. Toutefois, il s’agit très souvent de bois du nord importé de Scandinavie.

L’épicéa est employé en lutherie comme bois de résonance pour la fabrication des tables d’harmonie des violons et guitares. Il s’agit alors de bois très serrés qui ont poussé lentement dans des forêts d’altitude (entre 800 et 1000 m) où la période végétative est courte. L’épicéa sert également à diverses utilisations traditionnelles comme les tavaillons (cf. article BFI) ou la fabrication de boîtes de fromage.

Les bois de moins bonne qualité sont utilisés pour la fabrication de palettes ou de bois d’industrie (panneaux, papeterie). Les épicéas de plaine fournissent également la majorité des sapins de Noël et sont spécialement plantés à cette fin.

(1) Bois commerciaux. Collard et Besset. Editions Vial et CTBA.

4) Le sapin de Noël est un épicéa

Aujourd’hui, ce n’est plus un scoop, tout le monde sait que le sapin de Noël est un épicéa.
La tradition du sapin de Noël viendrait d’Alsace et aurait été introduite en France vers 1870. Elle aurait toutefois des racines beaucoup plus anciennes. En effet, dans la mythologie grecque, l’épicéa est dédié à Artémis, déesse de la Lune et de la vie sauvage, protectrice des femmes qu’elle assiste durant les accouchements.
L’épicéa serait donc devenu l’arbre symbole de la naissance, d’où l’association à la fête chrétienne de la naissance du Christ. Le 25 décembre correspondant également à la date du solstice qui marque la " renaissance du soleil ", avec le début du rallongement des jours.

Le truc : Connaître l’âge de votre " Sapin de Noël ".
C’est facile. Il suffit de compter les verticilles, c'est-à-dire les étages de départ de branches. C’est une des particularités morphologiques de l’épicéa, les branches sont implantées sur un même plan tout autour du tronc à intervalle régulier. Les botanistes disent que c’est une espèce verticillée. Chaque année, un verticille nouveau démarre à la cime de l’arbre à partir du bourgeon terminal.

L’étymologie.
D’après le Larousse des arbres et des arbustes (2), le nom d’épicéa remonte au milieu du XIXe siècle et est une altération du latin Pisa, qui veut dire arbre à résine, provenant de pix désignant la poix. Auparavant, on l’appelait sapinette, épinette, gentil sapin, faux sapin, ou pesse. Ce dernier terme a donné son nom aux futaies d’épicéa : les pessières.

Les plus belles pessières.
C’est dans le Doubs que l’on trouve les plus grands épicéas. Dans cette partie sud du Jura, les stations forestières de bas de pente sont, en effet particulièrement fertiles.
En revanche, les pessières les plus renommées se situent dans le Jura. Il s’agit notamment des forêts d’altitude du Massacre et du Risoux.

Lien utile : www.jura-france.com/mag/foret/default.htm

(2) Larousse des Arbres et des Arbustes. Jacques Brosse. Préface de Jean-Marie Pelt Larousse. Mars 2000. Paris.





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