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  - 16 juillet 2001

Le Massif du Grand Ventron, une forêt presque sauvage

À une cinquantaine de kilomètres au Nord-Ouest de Mulhouse, le massif du Grand Ventron, dans les Vosges du Sud présente, sur son versant alsacien, l’une des plus belles et des plus sauvages forêts de montagne de France.

Les sapins et les hêtres y atteignent des tailles impressionnantes et des âges canoniques. Une situation exceptionnelle qui doit plus aux caprices de la géopolitique qu’à la volonté des habitants.

1. Forêt du Ventron : une anomalie pas si naturelle
2. Sauvage et bien ordonnée
3. Attention Tétras, ne pas déranger !
4. L’accueil au Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges
5. Parc naturel et Réserve naturelle, une vocation complémentaire
6. Forêts naturelles en France : un terrain d’études à défricher

1. Forêt sauvage du Ventron : une anomalie pas si naturelle

À cheval sur la crête des Vosges, entre la Lorraine et l’Alsace, la réserve naturelle du Massif du Ventron présente l’une des plus vastes forêts naturelles de France. Le versant escarpé de la vallée de la Thur, n’a, pour ainsi dire, jamais connu la tronçonneuse et de mémoire d’homme, la hache et la scie s’y sont toujours faites extrêmement discrètes.

La forêt sauvage de Ventron apparaît donc comme une véritable anomalie dans cette région où l’exploitation de la forêt a toujours été une activité florissante. Les arbres y meurent debout et les grises silhouettes de géants ébranchés se dressent comme les gardiens de la forêt sauvage en conférant aux lieux une atmosphère quasi légendaire. " Il faut au moins vingt ans pour qu’ils s’effondrent sur eux même ", témoigne madame le maire de la commune de Wildenstein, amoureuse des lieux. Mais ce n’est pas par enchantement que les bûcherons ont épargné les hêtres et les sapins. Et il ne faudrait même pas croire que les escarpements et les éboulis suffisent à expliquer la retenue des bûcherons.

Damien Parmentier, directeur du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, livre la solution avec malice : " La forêt a surtout été protégée par la frontière Alsace-Lorraine ", explique cet historien. En effet, de tout temps, la Ligne Bleue des Vosges a été une zone de forte rivalité territoriale qu’il n’était pas toujours prudent ni aisé de franchir.

En clair, comme il était très difficile de passer par le bas du versant alsacien et interdit d’accéder par le haut depuis la Lorraine, la forêt du Ventron a bénéficié, depuis des siècles, d’une protection bien involontaire mais pourtant visible. En effet, le mur de pierre construit par les allemands pour marquer la frontière, après la guerre de 1870, est encore bien apparent. Témoin d’un passé belliqueux, il est aujourd’hui devenu celui d’une nature protégée.

2. Sauvage et bien ordonnée

Le Massif du Grand Ventron offre une grande diversité de paysages où prédomine la forêt. Il permet d’observer des milieux singuliers dont beaucoup ont conservé leur aspect originel. Par la nature de ses biotopes, la Réserve Naturelle créée en 1989 offre un magnifique terrain de découvertes aux naturalistes avertis et aux randonneurs. Traversée par de nombreux sentiers, elle se visite facilement.

Par les chemins de randonnée, on passe ainsi presque insensiblement de la hêtraie lorraine, encore exploitée il y a quelques dizaines d’années, à la sauvage forêt alsacienne. Beaucoup de randonneurs peuvent ne rien remarquer immédiatement.

"La forêt sauvage, du moins dans nos montagnes, n’a rien du fouillis végétal que certains imaginent. Bien au contraire, la nature s’y révèle très ordonnée. Les arbres s’étagent régulièrement par rang d’âge " précise Christian Schwoehrer. C’est vrai, les jeunes pousses croissent sans exubérance particulière à l’ombre des anciens, et attendent paisiblement de faire leur place au soleil.

Du coup, le regard porte bien plus loin que dans la plupart des boisements, pratiquement aussi loin que dans une futaie régulière.

En fait, il faut faire preuve d’une certaine attention pour s’apercevoir du caractère naturel marqué de la forêt du Ventron. " La forte présence de bois mort à terre et sur pied est l’indicateur le plus sûr ", explique Christian Schwoehrer.

Autre indice : la structure du boisement : " La forêt naturelle présente une architecture en plusieurs strates ", indique le conservateur.

Autre preuve : la présence des ifs. " Dans la plupart des forêts, ces arbustes ont été éliminés par les forestiers ", constate Christian Schwoehrer. Il faut dire que le feuillage de ce conifère est particulièrement toxique et, au moins depuis le Moyen Age, les hommes ont cherché à l’éradiquer pour éviter que leurs montures et autres bétails qui paissaient en forêt ne s’empoisonnent.

3. Attention Tétras, ne pas déranger !

"Y penser toujours, n’en parler jamais. La devise qui valait pour l’Alsace-Lorraine occupée s’applique désormais au Grand Tétras, l’oiseau quasi-mythique qui fait la fierté de la réserve du Grand Ventron.

Il est vrai qu’en Europe, ce gros oiseau a déjà payé un lourd tribut à la modification des forêts de montagne, son habitat naturel. Disparu des Ardennes et de l’Allemagne du nord au début du XIXe, évincé du massif Central et très menacé dans les Alpes et dans le Jura, le Grand Tétras trouve aujourd’hui dans les Vosges sa principale zone d’accueil en France. On en en dénombre environ 200 dans le massif.

Le Tétras y trouve en effet des conditions propices. Pour vivre et se reproduire, il a besoin de milieux riches et diversifiés, de landes couvertes de myrtilles dont il consomme les fleurs, les baies et les feuilles. Il a besoin également de clairière où, à la belle saison, il effectue des parades nuptiales spectaculaires. Le Massif du Grand Ventron lui offre toutes ces conditions.

Pourtant malgré les mesures de protection dont il bénéficie, la population du Grand Coq se maintient très difficilement. C’est qu’en plus de la modification de son habitat, le Tétras est victime du dérangement involontaire des randonneurs, skieurs et autres amoureux de la nature. En effet durant la mauvaise saison, le Tétras est très affaibli par une sévère disette. Il ne trouve plus que des aiguilles de sapin pour se nourrir, mais celles-ci lui procurent un apport énergétique bien inférieur aux myrtilles. Il suffit donc que le Tétras s’enfuie deux ou trois fois dans une journée pour qu’il brûle ses pauvres réserves énergétiques et qu’il meure d’inanition dans la neige.

Une menace qui, malgré les mesures de protection, est en constante augmentation. "Avant, en hiver, les gens restaient au chaud chez eux. Aujourd’hui ils pratiquent de plus en plus d’activités de plein air ", note Christian Schwoehrer.

C’est pourquoi une partie de la Réserve du Massif du Ventron est totalement interdite au public durant l’hiver. D’autant que cette Réserve naturelle fait partie du réseau des sites prioritaires mis en place par la " directive-Tétras " pour préserver ses lieux de vie. La chose est entendue : la meilleure manière de le protéger est encore de ne jamais le déranger.

4. L’accueil au Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges

Le massif du Grand Ventron est situé au cœur des Hautes Vosges, entité géographique qui regroupe les sommets les plus élevés du massif vosgien (altitude supérieure à 900 mètres) et les milieux naturels remarquables du territoire du Parc naturel régional des Ballons des Vosges.

Parmi ses principaux objectifs, le Parc s'est engagé à préserver et mettre en valeur les Hautes-Vosges et leurs versants boisés.

Créée le 22 mai 1989 par décret ministériel, la Réserve naturelle du Massif du Grand Ventron couvre une superficie de 1647 ha.

Située sur les communes de Wildenstein, Kruth, Fellering (Haut-Rhin) et Cornimont et Ventron (Vosges), elle est gérée par le PNR des Ballons des Vosges en collaboration avec l’ONF et des Conservatoires des sites Lorrains et Alsaciens.

Contact : Maison du Parc - 1, cour de l’Abbaye 68140 Munster
Téléphone : 03 89 77 90 20 - Fax : 03 89 77 90 30 - e.mail : secretariat @parc-ballons-vosges.fr
http://www.parc-ballons-vosges.fr/

"Navette des crêtes": ce service d´autocar gratuit mis en place par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges permet de découvrir différemment la crête des Vosges en laissant sa voiture sur un parking pour combiner marche à pied et bus. On peut l’emprunter à l´une des 15 stations entre le Col du Calvaire et le Grand Ballon. Il y a un bus environ toutes les heures de 10 h à 18 h.

Découverte

Randonnée pédestre : Le Parc compte près de 7 000 km de sentiers balisés par le Club Vosgien et 6 sentiers de Grande Randonnée dont le GR 531, doté de nombreuses possibilités d’hébergement.

Contact : CPIE des Hautes Vosges G6
Thèmes : Hautes-chaumes, tourbières, cirques, glaciaires, forêts d’altitude.
Activités : sorties-nature, expositions, accueil de classes, publications.
Rothenbach - Route des Crêtes
68820 Wildenstein
Tél. : 03 89 82 23 70 ou 03 89 82 20 12 (hors saison estivale)

Patrimoine :

Sur le territoire du Parc, il existe plusieurs musées sur des thématiques les plus diverses : musées d'art, d'histoire, de traditions, artisanat, géologie... Autour de la forêt et du bois, notons :
Ban-sur-Meurthe, Clefcy (88)
Scierie du Lançoir
Tél : 03 29 50 45 54

Labaroche (88)
Espace des métiers du bois et du patrimoine
Tél : 03 89 78 94 18

Muhlbach-sur-Munster (68)
Musée de la Schlitte et des métiers du bois
Tél : 03 89 77 61 08 / 03 89 77 67 81

Sainte-Croix-aux-Mines (68)
Scierie Vincent
Tél : 03 89 58 78 18

Saulxures-sur-Moselotte (88)
Scierie du Rupt-de-Bâmont
Tél : 03 29 24 52 13

Hébergement :

- 11 gîtes Panda sont situés sur le territoire du Parc. Idéal pour s'immerger en pleine nature, ils disposent d'une malle avec jumelles, guides, cartes, etc. Liste complète à la Maison du Parc.

- Un "hôtel nature" à Lapoutroie offre des prestations adaptées au tourisme de nature et de découverte (documentations, visites...) avec le souci de l'environnement (produits locaux, gestion des déchets, économies d'énergie...).
Contact : Les Alisiers (03 89 47 52 82).

Documentation :

Soucieux de l’intérêt pédagogique de son patrimoine naturel et humain, le PNR a réalisé récemment un CD-ROM qui permet une transmission des savoirs accumulés par les études entreprises dans le cadre de la Réserve Naturelle et devient un outil pédagogique privilégié. Composé de 5 parties, il propose de nombreuses animations et notamment un excellent diaporama animé sur la formation du massif vosgien.

À lire :

- Topo-guides " Crêtes des Vosges "
GR 5.53, FFRP, réf. 502. G. Lacoumette, M. Schneider, G. Leser. Ed. du Rhin.

- Ballons et plateaux des Vosges - GR 7 Ballon d’Alsace - Serqueux
Ed. Fédération française randonnée pédestre, Paris, 1990

- 36 randonnées pédestres autour de Thann
Ed. OTSI Thann - 40 FF

- 17 balades au coeur des Hautes-Vosges
Ed. Vosges Evasion - 40 FF

5. Parc naturel et Réserve naturelle, une vocation complémentaire

Les Parc naturels régionaux : En France, il existe un réseau d’espaces naturels protégés selon différents statuts. À côté des Parcs Naturels Nationaux, au nombre de 7, dont l’objectif est la protection globale de l’environnement dans toutes ses composantes, on distingue également le réseau des Parcs naturels régionaux (PNR) au nombre de 40, détenteurs du label " parc " décerné par l’État.
Institués par la loi du 24 octobre 1975, les PNR sont créés à l’initiative des régions. À la différence des Parcs nationaux, leur vocation n’est pas seulement la protection du patrimoine naturel. Ils doivent également contribuer au développement économique local et promouvoir l’accueil, l’information et l’éducation du public.

Les réserves naturelles : Ce statut à vocation conservatoire, institué par les lois du 1er juillet 1957 et du 10 juillet 1976, concerne 126 espaces naturels de taille variable couvrant une surface totale de plus de 140000 hectares en France.
Créée par un décret interministériel après instruction administrative, enquête publique et consultation des collectivités concernées, chacune de ces réserves fait l’objet d’une réglementation spécifique portant soit sur la globalité du milieu naturel soit plus spécialement sur une ou plusieurs de ses composantes (faune, flore, eaux, gisements de minéraux ou de fossiles). Elles sont gérées par des organismes divers.

5. Forêts naturelles en France : un terrain d’études à défricher

Jamais vous ne ferez dire au conservateur de la réserve naturelle du massif du Grand Ventron que la forêt de Wildenstein, (malgré son nom alsacien : " pierre sauvage "), est une forêt vierge. Reste qu’il y a sûrement peu de boisements en France où l’emprise de l’homme soit aussi discrète que dans cette magnifique hêtraie sapinière des Vosges du Sud.

Mais les scientifiques et les naturalistes sont extrêmement sourcilleux sur ce point : ils ne se permettront jamais de qualifier de " naturelle " une forêt française car " l’homme, depuis des millénaires a partout, d’une manière ou d’une autre, laissé des traces ", explique le gestionnaire des lieux. "C’est pourquoi, nous préférons parler de forêt à caractère naturel ", précise, scrupuleux Christian Schwoehrer, responsable du réseau forêt des Réserves Naturelles de France.

Mais si la France ne possède pas de forêt naturelle, elle n’est pas démunie de forêts dont l’état est plus ou moins naturel. " La définition du degré de naturalité des milieux forestiers est l’un de nos principaux axes de recherche ", constate le conservateur.

Les scientifiques ne sont encore qu’au début de ce travail qui présente un intérêt évident en matière de conduite de politique de gestion des milieux. " Notre réseau d’études et d’échange d’expériences n’a que trois ans ", précise Christian Schwoehrer.
Bref, s’il y a bien un terrain vierge à défricher dans les forêts françaises, c’est bien celui de la connaissance de leur état naturel.





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