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  - 3 septembre 2001

Série : les arbres de vos vacances.

Le chêne-liège de méditerranée règne sur le monde du vin

Emblème de la Méditerranée et indispensable aux plaisirs du vin, le chêne-liège sent bon les vacances. Dur à cuire, il résiste incroyablement bien au feu, mais l’arbre exige des conditions de vie très spéciales qu’il ne trouve que dans la partie occidentale de la Méditerranée d’où proviennent tous les bouchons du monde.

1. Chêne - liège : le plus précieux des quercus
2 . Un dur à cuire délicat
3. Les rigidités de la récolte du liège
4. Les Maures veulent faire revivre le liège
5. Sabatée : champion du monde du bouchon
6. Où voir les chênes-lièges

1. Chêne-liège : le plus précieux des quercus

Avec son épaisse et caoutchouteuse écorce, le chêne - liège n’a pas besoin de carte d’identité pour être différencié des 6 autres espèces de chêne présentes en France. Légèreté, imperméabilité, les qualités du liège sont appréciées depuis l'Antiquité.

Mais les anciens ne savaient pas tirer tous les avantages de cette écorce. Ce n'est qu'au début du XVIIIe siècle, qu'un moine bénédictin français de l'abbaye de Hautvilliers, en Champagne, se serait aperçu qu’elle permettait de boucher les bouteilles de vin pétillant, bien plus efficacement que les " bondons de bois " utilisés jusqu’alors.

C’est donc à l’illustre Dom Pérignon, à son vin de fête et aussi à l’utilisation de la bouteille en verre que le chêne-liège doit depuis la fin du 18è siècle son fabuleux développement.

Depuis, les Français lui vouent une reconnaissance éternelle : sans lui, le plaisir de la bouteille n’aurait jamais été le même.

L’espèce a ainsi bénéficié de toutes les attentions des hommes. " À tel point que la plupart des peuplements sont d’origine domestique ", note le directeur de l’écomusée de la forêt méditerranéenne à Gardanne dans les Bouches-du-Rhône. Aujourd’hui, les plantations de chênes-liège, appelées suberaies, se sont raréfiées en France. La production de liège se concentre en effet en Espagne, au Portugal et aussi depuis quelques années au Maroc.

Le Portugal est même le champion du monde du liège. Les suberaies lusitaniennes s’étendent sur 725 000 hectares. La France en possède actuellement moins de 22 000 hectares répartis principalement sur la Côte d’Azur dans le massif de l’Estérel et des Maures, sur le massif des Albères dans les Pyrénées-Orientales et en Corse.

Fiche d’identité
Quercus suber
Cette essence méditerranéenne exige lumière et chaleur. Elle fuit les sols calcaires. À l’état spontané, elle est
toujours associée au chêne vert et souvent au pin maritime.
L'arbre ne dépasse guère les 10 mètres de haut et garde une silhouette trapue (de 1,30 m à 1 m 50 de diamètre).
Ses feuilles alternes, sub-persistantes tombent au printemps. Elles sont ovales, aux dents pointues et écartées d'un vert sombre luisant sur le dessus.
Les glands annuels sont gros et ovoïdes. Ils ont un pédoncule court et sont englobés dans une cupule conique à écailles saillantes.
L’aire de répartition naturelle du chêne-liège est limitée à la partie occidentale de la Méditerranée, à l’ouest de la Corse et de la Sicile, sur les rivages nord et sud : en Italie, en France, en Espagne, au Portugal, au Maroc et en Algérie.

2 . Un dur à cuire délicat

Le chêne-liège est aussi très précieux pour les forestiers. " Il résiste bien aux incendies ", explique un responsable de l'ONF du Var. Du coup, les forestiers aimeraient le planter dans les forêts méditerranéennes pour rendre les boisements moins vulnérables au feu. "Cela ne marche pas, l'arbre vient mal ", regrette un responsable de l'ONF du Var.

Le chêne-liège n’apprécie pas d’être transplanté. Derrière ses apparences de dur à cuire, c’est en fait un petit délicat. " L’espèce fuit les sols calcaires et ne s’accommode que de sols acides et cristallins ", explique Luc Langeron, de l’écomusée de la forêt méditerranéenne. Il a aussi besoin de beaucoup d’eau pour une espèce méditerranéenne. Une pluviométrie qu’il trouve bien plus facilement sur les hauteurs qu’en plaine. C’est pourquoi le chêne-liège se plait plus particulière vers 600 m d’altitude. Il ne peut cependant pas grimper beaucoup plus haut car il craint le froid. Un thermomètre qui descend régulièrement à moins 5 ° en hiver peut lui être fatal.

En fait les exigences du chêne-liège en chaleur et humidité limitent rapidement son aire d’extension au Nord du bassin méditerranéen.

La sylviculture du chêne-liège est elle aussi très exigeante. " Nous avons essayé de le planter, mais cela ne donne pas de beaux arbres ", explique-t-on à l’ONF. Des plantations ont également été tentées dans les nouvelles grandes régions viticoles du monde (Amérique Latine, Australie) mais si l’espèce accepte d’y pousser, elle ne fournit pas de liège de bonne qualité.

Le chêne-liège n’est pas seulement casanier, il est aussi très susceptible. Il ne supporte pas que d’autres arbres lui fassent de l’ombre. " Il dépérit rapidement si les plantations ne sont pas entretenues ", indique Alain Lesturgez, animateur de "l’association pour le renouveau de la suberaie varoise".

3. Les rigidités de la récolte du liège

La récolte du liège est aussi très délicate. Le leveur de liège doit attendre le bon moment, c'est-à-dire une montée de sève. La saison se limite aux périodes les plus chaudes de l’année du 15 juin au 15 août. La journée du leveur de liège commence donc à 4 heures du matin pour finir avant les grosses chaleurs vers midi.

Outre les rayons du soleil, le leveur doit aussi se prémunir contre les fourmis rouges qui affectionnent les galeries des vieilles écorces du chêne-liège.
Il doit enfin manier sa hache avec doigté pour ne pas entailler la mère, c’est-à-dire la matrice des cellules générant l’écorce : cela compromettrait la formation de la nouvelle écorce.
Une activité qui nécessite également beaucoup de force pour décoller le liège.
Le chêne-liège ne livre sa précieuse écorce qu'à qui sait attendre.
Il faut attendre au moins 30 ans pour que le jeune chêne-liège atteigne 60 cm de diamètre à une hauteur de 1,20 m. On lui enlève alors son écorce mâle. C'est le "démasclage". Cette première écorce est impropre à la fabrication de bouchons car elle contient trop de lignite qui donne un goût bouchonné au vin.
L'écorce va progressivement se reconstituer pour former l’écorce dite femelle.
Selon les régions, l'écorçage a lieu tous les 8 à 20 ans. Ce n'est que vers 45-50 ans que l’arbre commencera à donner une écorce de bonne qualité et sera de plus en plus riche en subérine.
L’arbre atteint son optimum de production vers 120 à 150 ans.

4. Les Maures veulent refaire revivre le liège

Le massif des Maures a longtemps été une terre de prédilection pour le liège et pour l’industrie du bouchon. Au début du siècle, les suberaies couvraient plus de 50 000 ha. Ce gisement de matière première avait donné naissance à une économie rurale originale qui connue ses heures de gloire au début du siècle.

Depuis un siècle, l’économie du liège a subi un lent déclin dû au développement d’autres activités rurales plus rémunératrices et par la concurrence des suberaies ibériques. Pour finir, le coup de grâce a été porté vers 1960 par l’épidémie du Matsucocus fétodil qui a décimé les pins maritimes. Ceux-ci composaient avec les châtaignes et le liège le trépied de l’économie forestière locale.

Aujourd’hui, les propriétaires forestiers privés et les collectivités locales souhaitent faire revivre l’économie du liège. " La production du liège n’a pas disparu dans les Maures. Il reste environ une cinquantaine de leveurs dont au moins deux jeunes qui se sont installés ces dernières années ", témoigne Alain Lesturgez animateur de l’Association Syndicale libre de la suberaie varoise.

Les propriétaires forestiers comme les collectivités locales dont en premier lieu le SIVOM du Pays des Maures aimeraient que la forêt puisse produire un peu de richesse pour participer au financement de la lutte contre les feux de forêts. " La protection incendie s’élève à près de 10 millions de francs, pour à peine quelques milliers de francs de recette ", note le président du SIVOM. Il y a en effet 250 km de coupe feu à entretenir dans ce massif qui accueille pourtant la plus grande course de VTT du monde : le ROC d’Azur.

Contact :
Alain Lesturgez
Association Syndicale libre de la suberaie varoise.
Le grand Sud
rue Blaise Pascal BP 82
83312 Cogolin .

5. Sabatée : champion du monde du bouchon

La France ne possède pas les plus grandes suberaies, elle excelle en revanche dans l’industrie du bouchon avec la société Sabatée qui occupe le deuxième rang mondial et exporte ses milliards de bouchons dans le monde entier. Fondée en 1939 à Céret par Modest Sabatée, un journaliste économique catalan réfugié durant la guerre d’Espagne, l’entreprise fait figure d’exception dans une filière liège française où prédominent les petites entreprises artisanales.

Avec 1600 salariés et 1,5 milliard de chiffres d’affaires, Sabatée a su prendre une dimension industrielle et acquérir la surface suffisante pour suivre le faramineux développement de la viticulture dans le monde.

La première clé de la réussite de cette entreprise est l’innovation : nouveau procédé de nettoyage du liège à l’eau oxygénée en remplacement des dérivés chlorés, mise au point de nouveaux bouchons à base de farine de liège et de produits de synthèse.

La deuxième clé est le développement de la logique de qualité et de la traçabilité. " Toutes nos productions sont certifiées ISO 9000 ", explique Nicolas Serpette, le directeur de la communication et " l’on peut déterminer précisément de quelle forêt provient chaque lot de bouchon".

C’est qu’il en va des bouchons comme du vin, ils ont leurs crus. " Les suberaies catalanes donnent le meilleur liège car il y croît lentement ", note Nicolas Serpette.

Contact : www.sabatée.com

6. Où voir les chênes-lièges

Suberaies
Les plus belles plantations se situent dans les Pyrénées-Orientales sur le Massif des Albères dans les environs du Boulou.
Les suberaies du Var méritent également le détour. Elles sont visibles dans le massif des Maures depuis Pierrefeu-du-Var jusqu’à Fréjus.

Randonnées - démonstrations
- Dans le Var, la commune de Collobrières propose des sorties nature intitulées
"Sur les chemins du chêne-liège" : Lors de ces balades accompagnées de 3 km, le guide vous conduira sur les traces ancestrales des leveurs de liège, pour découvrir la biologie de l’arbre et assister, en saison, à une démonstration de levée de liège.
- Dans les Pyrénées-Orientales, l’Institut Méditerranéen du Liège organise durant la saison des démonstrations de levée de liège. Téléphoner à l’avance. Voir ci-dessus.

Visites :
Écomusée du Liège à Gonfaron
Rue de la république
83590 Gonfaron
tel : 04 94 78 25 65.

Pour en savoir plus :
Institut Méditerranéen du Liège
Route du Liège
66490 VIVES
Tel : 04 68 83 39 83
Fax : 04 68 83 40 83
-[email protected]

À lire
"Le Chêne-liège et le liège dans les pays de la Méditerranée occidentale".
Ouvrage de synthèse sur la subériculture moderne, conditions de repeuplement et mise en valeur des terrains à vocation subéricole.
Format 154 x 224, 192 pages couleurs 28 photos. 10 graphiques - 8 tableaux.
Sid Ahmed Yessad. Disponible auprès de l’éditeur 24 Euros + 5 Euros frais de port
Editeur : Forêt Wallonne asbl Place Croix-du-Sud, 2 boîte 9 1348 Louvain-la Neuve Belgique.
Tel : 32 (0) 10 47 49 95
Fax : 32 (0) 10 47 36 97
Mail : [email protected]

Mis en ligne le 7 juillet 2001





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