- 15 janvier 2002
4. Un vent de fantaisie souffle sur larbre à jouer
Entre tradition et modernité, lindustriel développe une nouvelle génération de jouets en bois. Relookés, amusants, ils utilisent merveilleusement les qualités traditionnelles du bois et sa nature de matériau vivant.
Des petits chevaux à bascules, des girafes trottinettes et des chiens porteurs, " L’Arbre à jouer " ressemble plus à une petite ménagerie qu’à une pépinière. À la tête de cette PME, la famille Lorge cultive depuis quatre générations le goût du bois et une certaine idée de la tradition. Ce qui ne l’empêche pas de se remettre régulièrement en question.
Car si le jouet est l’activité première du Jura-sud en général et de cette entreprise de 50 salariés en particulier, il n’en a pas toujours été ainsi. Fondée en 1880, par l’arrière grand-père, les activités de la tournerie Lorge ont considérablement évolué au cours du dernier siècle. " Au début, le jouet n’était qu’une production très marginale, nous fabriquions essentiellement des ustensiles domestiques ", explique Stéphanie Lorge, l’arrière-petite-fille du fondateur.
" Cela ne fait que 25 ans que nous nous y sommes sérieusement mis et juste 5 à 6 ans que nous ne faisons plus que ça ", précise-t-elle.
Bref, de la tringle à rideau à la vache trottinette, le cheminement a été beaucoup plus long qu’on ne l’imagine.
Avec l’avènement du plastique dans les maisons, seul le marché des objets ludiques et éducatifs offrait au bois une poche de résistance. Et pour résister, le bois a bien résisté, au-delà même de toutes les espérances.
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Raoul Lorge
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La première bataille aura été celle du développement de l’outil de production. " Face aux grandes séries du plastique, il fallait améliorer la productivité ", explique Raoul Lorge, dans l’ancestral atelier de menuiserie perdu au fond de la reculée du village de Vouglans. Dans la vielle et longue bâtisse, l’automatisation et les commandes numériques sont sur toutes les machines. Aujourd’hui, les boules de bois se tournent toutes seules comme par enchantement au rythme des soupirs de la machinerie pneumatique qui actionne les outils des tours à bois. Du coup, l’essentiel du travail manuel se limite à la préparation des pièces de hêtre à usiner, au réglage des ordinateurs et à la manutention.
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La modernisation a non seulement permis d’augmenter les cadences mais aussi de gérer la multiplication des modèles. " Nous avons plus de 450 références ", note fièrement Stéphanie Lorge. " Tous les plans de découpe sont sur logiciels, il ne nous faut que quelques minutes pour changer les gabarits de la défonceuse ", précise Raoul Lorge en indiquant les gros plateaux métalliques où sont découpés les panneaux de fibres de moyenne densité (MDF).
Au-dessus, une fraise cachée par un gros carter de plexiglas effectue des arabesques. Elle laisse un trait de coupe gros comme un colimaçon. Mais la machine est d’une minutie diabolique. " Elle nous permet de découper des toutes petites formes, qu’on ne pouvait pas faire avant en grande série ". Bref, sans cette nouvelle machine, le château fort ou le garage à monter n’auraient jamais pu s’inscrire au catalogue de l’Arbre à jouer. " L’ajustage des encoches de montage n’aurait jamais pu être assuré avec autant de précision ", considère le maître de l’atelier.
Un vent de fantaisie
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Nicolas Marchal
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La nouvelle génération des dirigeants de l’Arbre à jouer a un autre défi à relever : le marketing et le design. " Certes, les modèles classiques constituent encore le gros des ventes. Ce sont bien souvent les grands-parents qui les achètent pour les offrir à leurs petits-enfants mais il nous faut séduire aussi des générations plus jeunes qui ont d’autres goûts esthétiques ", explique Stéphanie Lorge.
Du coup, L’Arbre à jouer vient de faire son entrée dans l’ère du design en embauchant un concepteur, Nicolas Marchal. Ce jeune diplômé de l’université de Besançon, titulaire d’un DESS design et qualité, fait souffler un vent de fantaisie dans les feuilles de dessin de l’Arbre à jouer. Sa nouvelle collection de trottinettes et autres jouets à traîner offre des figures animales rigolotes, bien en phase avec l’univers graphique des dessins animés dont s’abreuvent nos chérubins sur les écrans de télévision. " Pour créer de nouveaux jouets, il faut continuer à s’amuser ", lance ce joyeux hurluberlu.
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Reste que le travail de concepteur de produits bois ne se limite pas à dessiner des jouets rigolos, mais aussi à les concevoir en respectant les draconiennes normes de sécurité. " L’écart entre les roues et les corps des objets doit être supérieur à 12 mm afin que les enfants ne se pincent pas. Le diamètre des trous ne doit pas être compris entre 5 mm et 12 mm ", énumère -t-il pas exemple. Il y a aussi tous les calculs de résistance pour s’assurer que les jeux passeront avec succès les terribles tests que leur font subir les laboratoires d’essais avant d’autoriser la commercialisation des modèles.
Bref, s’il faut s’amuser pour créer, il faut être sérieux pour concevoir. " Le jeu en bois est fait pour durer. C’est un objet sentimental que l’on garde ", observe Nicolas Marchal. " Même vieux, il est encore beau et puis c’est aussi un objet qui relie les générations. Quand il est cassé, Papy peut le réparer. Ça c’est vraiment primordial pour qu’un enfant développe une vision optimiste de la vie ", estime le jeune designer, bien plus sage qu’on ne pourrait le croire.
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Vers d'autres sources
Le site de l'Arbre à jouer
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