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ARTICLE N°1171 - 29 mars 2002
Jacques Le Père de Graveron, premier propriétaire privé PEFC
Le mouvement de certification des forêts françaises est entrée dans sa phase opérationnelle. Les petits propriétaires forestiers privés sont aussi de la partie.
Avec ses quinze hectares, Jacques Le Père de Graveron est sans complexe. Ce petit propriétaire forestier Normand tenait absolument à faire partie des précurseurs de la certification forestière en France à côté de l’ONF et des propriétaires institutionnels. C’est que Jacques Le Père de Graveron en est intimement convaincu : " La certification de la gestion durable ne doit pas être réservée aux seules grandes forêts ", estime-t-il. " C’est d’ailleurs là, tout l’intérêt de la démarche de PEFC France ", considère ce jeune retraité qui a repris en main la gestion de ses bois depuis une dizaine d’années. Du coup, dès le 25 octobre 2001, Jacques Le Père de Graveron a été parmi les premiers à adhérer à l’Association PEFC Normandie.
Une démarche engagée depuis longtemps
" Dans mon cas, la certification forestière, c’est avant tout une reconnaissance ", explique-t-il. Autrement-dit, pour Jacques Le Père de Graveron, c’est plus une confirmation qu’un baptême. C’est que cet héritier du domaine familial n’a pas attendu que la gestion forestière durable arrive sur le devant de la scène pour la mettre en œuvre. " Dès que j’ai eu à m’occuper des bois, j’ai établi un Plan de Gestion Volontaire ". " Une démarche qui amène à réfléchir et à savoir ce que l’on fait ", explique-t-il en précisant que ce document contractuel signé avec la Direction Départementale de l’Agriculture oblige aussi à respecter les engagements pris. Dans son cas, il s’est engagé à poursuivre une démarche d’amélioration progressive de ses peuplements en convertissant ses taillis sous futaie en futaie irrégulière. " Ce mode de traitement permet de produire de meilleurs bois d’œuvre tout en préservant la qualité esthétique des paysages ", assure-t-il.
À l'écoute des associations
Jacques Le Père de Graveron entend bien par conséquent " dégager quelques revenus de ses bois ". Pour cela il a entrepris des plantations de pins laricio sur 3 hectares de terres agricoles de mauvaise qualité et planté des essences de feuillus précieux, merisiers, frênes, noyers, érables, en lieu et place de quelques hectares de médiocres peuplements de charmes en taillis sous futaie. Mais si Jacques Le Père de Graveron se montre sensible à la préservation de la flore et de la faune, il estime aussi que ses forêts " ne recèlent vraiment rien d’exceptionnel dans ce domaine ". Néanmoins, l’ingénieur agronome se dit prêt à écouter les associations de naturalistes, qui comme le Groupement Ornithologique de Normandie sont membres à part entière de l’Association PEFC Normandie. Mais dans l’immédiat, c’est le gros gibier qui lui cause bien des tracas. " Il a fallu installer une clôture en grillage de 2 m de haut pour protéger mes plantations de feuillus ", fait-il remarquer.
Eclairer les consommateurs
Jacques Le Père de Graveron estime que la démarche de certification est nécessaire pour éclairer les consommateurs. " Ils sont en droit de savoir que le bois qu’ils achètent provient de forêts qui ont été gérées dans de bonnes conditions ", considère cet ancien cadre de l’industrie agroalimentaire qui sait bien que l’information du public est devenu une donnée essentielle de l’économie moderne. Le sujet est devenu brûlant. " L’opinion fait peut-être quelquefois une extrapolation un peu rapide entre la situation des forêts amazoniennes et celles de nos forêts françaises ", considère-t-il en soulignant qu’en France la durabilité du couvert forestier est parfaitement assuré. Une vérité qui n’apparaît pas toujours évidente à l’intérieur comme à l’extérieur de l’hexagone. Jacques Le Père de Graveron estime ainsi que " les propriétaires qui ne s’engageront pas sur la voie de la certification pourraient risquer à terme de se faire écarter des circuits de commercialisation ". L’enjeu, du coup, prend une tournure économique. " Il ne faudrait pas que la forêt française, compte tenu de sa forte dispersion entre une multitude de propriétaires, puisse se trouver écartée des marchés internationaux du bois ", s’inquiète le forestier normand.
François Delaunay
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