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ARTICLE N°1292 - 6 juin 2002

Bernard Michaud, bûcheron Polyphonique

Bernard Michaud n'est pas musicien pour un sou. Ce bûcheron du Haut-Jura baigne pourtant, depuis dix ans, dans le monde des instruments de musique, "de quatuor essentiellement " précise-t-il en spécialiste.

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Bernard Michaud
Le Bois de Lutherie

Responsable de la société le " Bois de Lutherie ", il parcourt les forêts à la recherche des bois les plus beaux pour les artisans luthiers, les transforme dans sa scierie, organise des stages de lutherie réputés dans le monde entier, et même des concerts dans son petit village de Fertans, au cœur du Doubs.
De l'arbre à la musique, la boucle est ainsi bouclée, sourit ce passionné de 41 ans. " Mais tout cela ", ajoute-il modestement, " n'est que le résultat de rencontres et d'idées toute simples ". Il y a dix ans, c'est en discutant avec deux luthiers Philippe Bodart et Jean Christophe Graff qu'il décide de créer en commun " le Bois de Lutherie ".
A partir d'une idée basique : pour se fournir en bois, les luthiers devaient souvent se rendre en Allemagne. Or la France possède de grandes ressources et les allemands viennent d'ailleurs se fournir en France. " Nous avons simplement simplifié les choses " constate Bernard Michaud.
Aujourd'hui, il sillone donc les forêts à la recherche des essences indispensables pour fabriquer un violon ou un violoncelle. De l'épicéa de Franche-Comté surtout, ou de l'érable qu'il va parfois chercher jusqu'en Bosnie. C'est qu'il faut souvent de gros diamètre pour les violoncelles mais, surtout, les luthiers utilisent beaucoup de bois ondé, une particularité que ne possède qu'un arbre sur mille.
Avec son réseau de bûcherons, Bernard Michaud déniche les plus beaux bois, mais son regard a aujourd'huichangé, " je ne juge plus les arbres par leur taille ou leur grosseur, j'essaie d'en imaginer l'intérieur " remarque-t-il.

Diversification et internationalisation

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Le stock de débits
aux essences des plus originales

Le Bois de Lutherie ne travaille qu'avec de petits artisans aux demandes parfois particulières. Et dans sa scierie où il ne traite que 100 m3 de bois par an, on peut découvrir du lilas, du saule et de l'épine-vinette, ou toute autre essence de bois que les scieries traditionnelles rejettent systématiquement. " Je ramasse tout ce qui est bizarre " avoue-t-il en rigolant. " Cela peut toujours intéresser un passionné qui veut reconstruire un instrument du 18 e à l'identique, un sculpteur ".
Du coup, Bernard Michaud fournit aussi tous ceux qui souhaitent réaliser arcs, battes de cricket ou longes d'aviron. Une diversification indispensable tout autant que l'internationalisation de sa clientèle. " En France, la communauté des luthiers est très peu nombreuse et l'ensemble des artisans fabrique environ 400 instruments par an " explique le bûcheron scieur. " Or, en bois nous avons une capacité de production de 2500 à 3000 pièces par an. Notre marché s'est donc élargi à l'Angleterre, l'Italie, nous avons aussi des clients aux Etats Unis ou au Japon. "

Des stagiaires heureux

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Un stagiaire ferme
son violon

Autre activité internationale du Bois de Lutherie, les stages que Bernard Michaud organise depuis trois ans. Les amateurs viennent du monde entier : du Japon, d'Iran ou des Etats Unis.
" En France, c'est le seul endroit où l'on puisse, pendant quinze jours d'affilée, apprendre à construire son violon ou son violoncelle " constate Bernard Michaud .
Son public : des amateurs, des passionnés comme ce retraité de la SNCF qui après avoir fabriqué chez lui 22 violons défectueux, a enfin réalisé son rêve après quelques jours à Fertans.
Pour Bernard Michaud, le succès de ces stages s'explique aisément :  " Imaginez, ils ne sont que huit par session. Ils passent 10 à 12 heures dans l'atelier, pendant quinze jours avec deux luthiers professionnels entièrement dévoués à leur enseigner leur art et leur passion. À la fin, les stagiaires sont sur les rotules, mais heureux " s'enflamme le maître des lieux.
Inutile de s'inscrire pour cette année, les six stages sont pleins, et le " Bois de lutherie " prend déjà les inscriptions pour 2003. Année qui devrait offrir plusieurs nouveautés : un stage de guitare électrique et un stage de vielle à roues.

Les concerts de Fertans

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Fond de violon
en érable

Et parce que l'échange est véritablement le maître mot de Bernard Michaud, il a mis en place cette année un stage gratuit autour de l'arc. Ceux qui le souhaitent peuvent venir apprendre à se construire un arc. En échange, ils aideront à mettre le couvert, préparer les repas pour l'ensemble des stagiaires.
Bernard Michaud a décidemment bien des cordes à son violon.
La dernière, pour l'instant, est l'organisation de concerts dans son petit village de 100 habitants. " Ce sont des musiciens que je connais à travers les luthiers, souvent rencontrés " au bistrot ", qui viennent par amitié jouer chez nous. "
Prochain rendez-vous, le 20 juillet : le groupe hongrois Kalandos, qui en tournée en Suisse, fait un crochet par l'église de Fertans pour une représentation exceptionnelle. Preuve que la lutherie, comme la musique, est un langage universel !





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