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ARTICLE N°1551 - 26 septembre 2002

Refuge de la Cougourde : le bois atteint des sommets

Est-ce l'ivresse des sommets ou la fierté du travail bien fait ? En tout cas les bâtisseurs du refuge de la Cougourde débordent d’un enthousiasme communicatif en parlant de cette superbe construction ossature bois qu’ils ont achevée en un été.

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Posé à 2200 m d’altitude sur un verrou glaciaire au pied d’un des plus célèbres massifs des Alpes du Sud, le nouveau refuge du Club Alpin Français, situé dans le Parc National du Mercantour, a belle allure avec sa vêture flamboyante de mélèze, ses balcons de bois et ses pignons pointus. " Le bois a une noblesse que les autres matériaux n’ont pas et qui correspond parfaitement à la grandeur des paysages montagnards ", livre immédiatement Jean-Marie Maria, le responsable de la commission refuge de la Section alpes maritimes du Club Alpin Français (CAF) et maître d’ouvrage.
" La Cougourde ressemble plus à un petit hôtel qu’à un refuge ", confirme Guy Sardinoux son architecte. Avec ses 500 m2 habitables sur deux étages, il offre en effet un confort douillet aux 40 montagnards et randonneurs qui viendront y passer la nuit avant de s’engager dans ce paradis de l’escalade et du ski de randonnée. " Rien à voir avec le caractère spartiate des bâtiments militaires en tôle qui faisaient office d’abri depuis 35 ans " se réjouit déjà Jean-Marie Maria. " Le confort est devenu une nouvelle exigence pour les randonneurs qui n’acceptent plus les rudes conditions d’hébergement dont se satisfaisaient précédemment les alpinistes chevronnés ", constate Jean-Marie Maria. " Rien de tel que le bois pour créer une ambiance chaleureuse et rassurante ", estime Guy Sardinoux.

Une chaleur de vivre rassurante

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Du coup, à la Cougourde, la montagne prend des airs de coquette. " Avec le bois, le bâtiment s’intègre parfaitement dans le site ", confirme Jean-Marie Maria. Le temps sera même un allié prévenant puisque le mélèze prendra naturellement et progressivement une couleur grise argentée qui se fondra merveilleusement dans le paysage de pierre. Et si certains étaient inquiets, Gérard Boulot, le maître charpentier a eu tôt fait de les rassurer. " Nous avons appris à dompter le caractère nerveux du mélèze. Les progrès de la technique du classement des bois permet dorénavant d’éviter les morceaux qui peuvent fendre ou travailler ", explique ce spécialiste de la construction bois en haute-montagne.
Mais son élégance ne doit pas faire oublier la robustesse de la construction car le refuge de la Cougourde sera soumis à des vents pouvant aller bien au-delà de 100km/h. Le bâtiment répond aussi à des normes incendies extrêmement exigeantes et à tous les critères de sécurité des établissements recevant du public (ERP).
" Avec toutes ces contraintes, ce sont des bâtiments complexes à concevoir ", constate Guy Sardinoux qui entend bien profiter de l’expérience accumulée en Montagne pour améliorer les constructions de plaine.

Un chantier éclair

Mais l’esthétique et le confort sont loin d’être les seules considérations qui ont présidé au choix de construction en ossature bois. " La rapidité d’exécution est pour nous un atout essentiel. Une fois la plate-forme en pierre réalisée, seuls les constructeurs bois pouvaient nous garantir de construire le refuge en un seul été ", explique Jean-Marie Maria. " Logique, explique Gérard Boulot, tous les éléments sont préfabriqués à l’atelier durant l’hiver ". C’est là en effet, le secret des constructions bois qui lui permet d’optimiser au maximum la courte période des beaux jours.

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" Un chantier construction bois, c’est fantastique, il n’y a pas de temps morts, pas de temps de séchage comme avec le béton ", s’émerveille Guy Sardinoux encore bluffé par le spectacle de son bébé qui s’est mis debout en un temps record. Débuté dans la neige le 13 mai, le bâtiment était hors d’eau dès la fin juin. L’été aura été consacré aux travaux de second œuvre et de finition.
Reste qu’un tel chantier qui a mobilisé plus de 250 m3 de bois et 200 rotations d’hélicoptère nécessite une organisation sans faille. " Pas question d’acheminer les éléments dans le désordre ", confirme Gérard Boulot. D’autant qu’il faut aussi compter avec les paramètres de vols de l’hélico et attendre que les réservoirs de kérosène se soient allégés pour emporter les charges les plus lourdes.

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Depuis une quinzaine d’années, l’entreprise Boulot SARL a acquis une solide compétence dans ce domaine particulier de la construction en haute montagne. " Nous avons déjà construit une quinzaine de refuges en bois et aussi le centre européen de recherche d’Isra en Italie qui est situé en altitude ", précise cet ancien technicien du génie civil dégoûté du béton qui s’est réorienté vers le bois en passant par le compagnonnage. Depuis, avec ses 18 compagnons, Gérard Boulot est très demandé. " On se paie même le luxe de choisir nos clients ", note cet entrepreneur heureux…

Le bois activateur de matière grise

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Gérard Boulot, Jean Marie Maria,
et Guy Sardinoux

De son côté, Guy Sardinoux trouve d’autres mérites au matériau :
" Le bois, ça fait réfléchir ", lance enthousiaste l’architecte. " Comme nous préparons tout à l’avance, nous accordons naturellement beaucoup plus d’importance à la phase de conception et à la définition méticuleuse des plans d’exécution ", argumente-t-il. De là à affirmer que les constructions bois sont mieux pensées que d’autres, il y a un pas que cet architecte qui s’est nourri durant une dizaine d’années à la culture de la construction bois en Norvège, n’hésite pas à franchir. " Le bois ne tolère pas l'à peu près. Alors une fois que la machine intellectuelle est en route, on devient tout de suite beaucoup plus réceptif aux notions de construction bioclimatique, d’intégration des énergies renouvelables ou de haute qualité environnementale ", justifie-t-il.
Dans ces conditions, le métier de la construction prend une tout autre dimension. " La construction bois, c’est beaucoup plus noble, c’est assurément un métier du XXIè siècle ", s’enflamme Guy Sardinoux.
Pour Jean-Marie Maria, il n’y a d’ailleurs aucun doute : " Nos prochains refuges de haute montagne seront en bois ", assure déjà le responsable niçois du Club Alpin Français.


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Fiche :
Refuge de montagne de la Cougourde
500 m2
40 lits en petits dortoirs de 4 à 8 lits
Salle commune, locaux techniques, sanitaires, cuisines, appartement de gardien.
Situation : Commune de Saint-Martin de Vésubie 2200 m d’altitude

Technique : ossature bois sur plate-forme pierre, bardage mélèze, couverture bardeaux mélèze.

Contact

Maître d’ouvrage : Club Alpin Français, comité Nice
Club Alpin Français
14 av Mirabeau 06000 NICE
Tel : 04 93 62 59 99
Fax : 04 93 92 09 55

Maître d’œuvre : Guy Sardinoux architecte DPLG
25, avenue de France
06400 Cannes
[email protected]

Entreprise :
SARL Boulot
Le Vernot
05120 L’Argentière
04 92 23 13 59
[email protected]

Budget : 0,9 million d’Euros (6 millions de francs)
Dont environ 30 % pour les coûts d’héliportage

Financement :
20 % État
20 % Conseil Régional
20 % Conseil général
5 % Parc National du Mercantour
35 % Club Alpin Français

François Delaunay



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