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ARTICLE N°1627 - 29 octobre 2002
Effet de serre, vers un modèle durable des puits de carbone ?
La convention climat poursuit sa marche à New Delhi. Elle est appelée à revoir sa conception des puits de carbone et à repenser ses mécanismes déchanges de droits démission.
La 8ème conférence des parties (COP8) s’est ouverte le 23 novembre à New Delhi sous la présidence de Thalikottai Rajuthevar Baalu, ministre indien de l’environnement et des forêts. Elle s'achèvera le 1er novembre. Le gouvernement français y est représenté par Roselyne Bachelot, ministre de l’écologie et du développement durable.
Cette conférence fait suite à celle organisée l’an passé à Marrakech (COP7). ( Voir le récent dossier de BFI)
Le but de cette 8ème conférence des parties de la convention climat est de faire avancer les modalités d’application de l’accord de Kyoto.
Entre autres sujets techniques, la forêt est au menu à la rubrique des UTCF (utilisation des terres, changement d’utilisation des terres et foresterie), plus connus sous le pittoresque vocable anglais de LULUCF, pour Land Use, Land-Use Change and Forestry.
En clair, il s’agit de préciser la notion des puits de carbone dont certains pays voudraient qu’ils soient pris en compte dans leur bilan d’émission de carbone et qu’ils servent de monnaie d’échange contre des permis d’émission de CO2.
Rappelons qu’un puit de carbone désigne uniquement l’accroissement du stock de biomasse d’un écosystème et non le stock déjà existant. Le terme de piège à carbone serait plus compréhensible car plus proche de la réalité. Une tonne de biomasse piège à peu près à 0,5 tonne de CO2.
La conférence abordera notamment la question de la définition des puits de carbone.
Cette question est déterminante. Il faut savoir en effet qu’en l’état de la rédaction de l’accord de Kyoto seules les plantations forestières artificielles sont retenues comme des puits de carbone.
Un choix discutable à plus d’un titre qui exclut entre autre l’accroissement naturel de la biomasse des forêts existantes et aussi les progressions forestières sur d’anciennes terres agricoles. Un phénomène qui est particulièrement actif dans l’hémisphère nord où les forêts tempérées s’accroissent d’environ 1,5 millions d’hectares chaque année (+ 3,8 millions d’ha en Amérique du Nord entre 1990 et 1995, + 1,8 million d’ha Europe de l’Ouest et 0,8 millions d’ha en Europe de l’Est et en Russie durant la même période selon la FAO).
Du coup, cette lacune n’en finit pas de brouiller les cartes et certains pays, USA notamment, l’utilisent comme prétexte pour refuser de ratifier l’accord de Kyoto.
Des puits de carbone pas très clairs
Dans les pays de la zone intertropicale, où la déforestation sévit et contribue pour environ 20 % des émissions mondiales de CO2 (la combustion d’énergie fossile représentant les 80 autres pour-cents), cette définition restrictive des puits de carbone aboutit par exemple à favoriser la déforestation pour ensuite replanter. Pratique qui permet de présenter des actions spectaculaires qui sont ensuite largement médiatisées et qui sont présentées, avec l’onction d’ONGs environnementales, comme des contributions environnementales par certaines compagnies de l’hémisphère Nord … Reste que ces méthodes ne contribuent guère à sauvegarder la biodiversité et sont loin d’être toujours bien acceptées par les populations du Sud qui, comme au Brésil, dénoncent la création de " désert vert " qui les prive de terres agricoles… Certaines organisations, telle par exemple World rain Forest mouvement (http://www.wrm.org.uy/inicio.html), demandent à ce que ces plantations n’entrent pas dans le calcul des bilans carbone.
Favoriser l’agroforesterie et la sylviculture
C’est dans ce contexte que CGIAR (Groupe consultatif sur la recherche agricole internationale ) qui regroupe notamment 16 centres de recherche de par le monde et dont notamment le CIFOR (Center for International Forestry Research) a rendu public le 18 octobre un rapport considérant que dans leur conception actuelle les droits d’échanges de carbones pouvaient avoir des conséquences sociales et environnementales négatives. Lire le rapport.
Le rapport préconise l’amélioration des techniques sylvicoles pour accroître la production biologique des forêts existantes et aussi promouvoir l’agroforesterie, associant production de bois et de denrée agricoles. Les auteurs estiment ainsi que la réhabilitation de la forêt tropicale sèche Indienne permettrait de doubler sa capacité actuelle de stockage de carbone. " Elle pourrait passer de 27 à 55 tonnes de carbone piégé par an et par hectare ", lit-on dans le rapport.
Du coup, les auteurs préconisent de réorienter les aides et contributions des pays du nord vers des projets de ce modèle de d’échange de droits d’émission. " Ils seront tout aussi efficaces en termes de stockage du carbone mais bien plus bénéfiques pour les populations locales ", estiment les auteurs qui considèrent également ces mesures même plus avantageuses pour les investisseurs : les coûts et les risques seraient en effet réduits.
http://www.cifor.cgiar.org/
François Delaunay
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