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ARTICLE N°4 - 26 mars 2000

Deux mois après la tempête,où en est-on ?

Après la stupeur et l’émotion, l’heure est aux bilans et à la préparation de l’avenir

Selon le ministère de l’Agriculture, 140 millions de m3 de bois sont tombés durant les tempêtes des 26, 27 et 28 décembre. Ce qui, une fois rassemblé, constituerait un énorme cube de 520m de côté, presque deux fois plus haut que la Tour Eiffel.
Pour autant, seuls 300 millions d’arbres sur les 8 milliards que compte la forêt française sont tombés. Ce sont souvent les plus hauts et les plus vieux, ceux qui présentent le plus de prise au vent, qui ont été les plus vulnérables. Au total, 7% des 2 milliards de m3 du stock national de bois sur pied sont à terre, soit environ l’équivalent de trois années de récolte. Toutefois, ce volume représente moins de deux ans de la production biologique de la forêt, accroissement naturel qui est estimé à 85 millions de m3 par an. La tempête est donc loin de menacer la pérennité de la forêt française, même si, là où elle a soufflé le plus violemment, elle a causé des dégâts parfois considérables (voir encadré plus bas).
L’ensemble des terrains touchés conserveront leur vocation forestière. Les travaux de dégagement devraient prendre encore de longs mois. Néanmoins, selon les situations locales, les opérations de régénération et de replantation commenceront dès cet automne et s’étaleront sur plusieurs années. Les séquelles de la tempête ne devraient pas ralentir la progression actuelle de la forêt française. Elle s’accroît chaque année d’environ 30 000 ha, pris pour l’essentiel sur des terres abandonnées par l’agriculture.

Un grand mouvement de solidarité nationale et professionnelle

La solidarité nationale s’est rapidement exprimée. Le gouvernement a défini un vaste programme de soutien à la filière bois : 2 milliards de francs d’aide pour l’année 2000, 12 milliards de francs de prêts bonifiés (8 milliards pour le préfinancement des coûts de sortie des bois et 4 milliards pour le financement du stockage). De plus, durant dix ans, 600 millions de francs d’aide annuelle à la reconstitution des forêts sont prévus.
Le ministère de l’Agriculture devrait annoncer vers le 15 mars le nom du réseau bancaire qui aura été choisi par appel d’offre pour assurer la gestion des 10 milliards de francs de prêts. Les professionnels de la filière pourront déposer leur dossier à la fin mars.
Les partenaires de la filière bois se sont également organisés pour faire face à la tourmente. Certaines industries du bois, dont celle de la pâte à papier (FFPPC), ont annoncé que, dans la mesure du possible, elles donneraient la priorité pour leurs approvisionnements aux bois de chablis. Dans le même esprit, les organisations professionnelles ont demandé aux propriétaires forestiers qui ont été épargnés par la tempête de différer, dans la mesure du possible, leurs coupes de bois prévues pour cette année.

Coûts d'exploitation en hausse

Dès le 14 janvier, un accord national a été signé entre vendeurs (publics et privés) et acheteurs. Ainsi, l’Office National des Forêts, les communes forestières (FNCOFOR) et la forêt privée (FNSPFS) ont établi avec les industries de la première transformation (scieries) regroupées au sein de la Fédération Nationale du Bois (FNB), un barème homogène de décote pour le bois d’œuvre. Selon les essences et les catégories de bois, la décote s’établit entre 20 et 60%. Les premières ventes de bois de chablis organisées par l’ONF montrent que l’esprit de cet accord volontaire est globalement respecté.
Reste que les consommateurs ne doivent pas attendre une baisse significative des prix des matériaux et des produits en bois. Les coûts d’exploitation des bois de chablis sont plus importants en raison de la difficulté d’accès, de la dangerosité du travail et de la pénurie de main d’œuvre. Du coup, les prix des bois sont pratiquement identiques à ce qu’ils étaient avant la tempête. Les professionnels de la construction bois, qui sont les plus grands consommateurs de bois d’œuvre, peuvent être raisonnablement optimistes. Tant en terme de quantité que de qualité, ils ne devraient pas souffrir de problèmes d’approvisionnement.

La filière bois tournée vers l’avenir

Les perspectives du marché du bois sont plutôt encourageantes. La demande mondiale de bois est à la hausse. En France, la bonne conjoncture économique et les travaux de réparation des dégâts causés par la tempête sur les bâtiments contribuent aussi à assurer des débouchés aux bois de chablis.
De nouvelles mesures devraient aussi accroître l’utilisation du bois en France. La signature attendue du décret d’application de la loi sur l’air contribuera à augmenter l'utilisation du bois dans le secteur de la construction. Les volumes ainsi immobilisés stockeront une masse importante de gaz carbonique et contribueront à lutter contre l’effet de serre.
C’est toutefois dans le domaine de l’énergie que l’utilisation du bois peut se développer le plus rapidement. L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME) a décidé, suite à la tempête, de doper son plan bois-énergie. Les moyens prévus initialement sur une durée de 6 ans seront concentrés sur la seule année 2000 pour transformer en bois déchiqueté les chablis qui n’auront pas pu être transformés en bois d’œuvre. Les perspectives sont très importantes et pourraient permettre d’économiser environ 5 millions de tonnes équivalent pétrole. A terme, le bois pourrait représenter jusqu’à 20% de l’énergie utilisée dans l’habitat et le tertiaire et créer plusieurs dizaines de milliers d’emplois. La tempête donne ainsi un coup de fouet à un programme, engagé depuis 1995, et qui s’est déjà concrétisé par la construction, dans certaines communes, de nombreuses chaudières au bois ultra-modernes et automatiques.
Bref, si les conséquences de la tempête sont encore aujourd’hui durement ressenties par de nombreux propriétaires et professionnels, elles pourraient représenter à moyen terme une véritable chance pour la forêt française et la filière bois. C’est d’ailleurs dans cette perspective que se place la prochaine loi forestière qui devrait être discutée au Parlement dès ce printemps.





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