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ARTICLE N°972 - 7 janvier 2002
Deux ans après, les comptes de la tempête
Les propriétaires forestiers, l'ONF et le ministre de l'agriculture font le point, deux ans après les tempêtes de 1999.
Les propriétaires forestiers font les comptes
Deux ans après les tempêtes de 1999, les propriétaires forestiers tirent un bilan chiffré de cette catastrophe économique et s'inquiètent pour la reconstitution des forêts.
Sur les 138 millions de m3 de bois tombés lors des tempêtes de décembre 1999 sur l'ensemble du territoire français, la forêt privée en compte 91 millions. Aujourd'hui, 50 à 60 % de ces chablis ont été vendus. Au total, la perte des propriétaires forestiers s'élève à 30 milliards de francs dont 22 milliards de perte de valeur marchande auquel s'ajoute 4 millions de perte de valeur d'avenir (les arbres tombés qui ont été vendus trop tôt) et 4 milliards pour les frais de nettoyage des parcelles sinistrées et de reconstitution, selon les estimations de Jean-Luc Peyron, ingénieur forestier, spécialiste d'économie forestière. En compensation, les propriétaires qui étaient assurés contre la tempête ont perçu un milliard de francs. Le dispositif d'aides attribuées par le gouvernement aux différents acteurs de la filière bois a également apporté 8 milliards de francs.
Mais au-delà des pertes financières, la tempête aura également eu d'autres conséquences pour les propriétaires privés. " Véritable électrochoc pour l'ensemble du monde forestier" selon Henri Plauche - Gillon, Président de la Fédération Nationale des Syndicats de Propriétaires Forestiers Sylviculteurs (FNPFS), "la tempête a suscité une forte prise de conscience des propriétaires forestiers et des organismes de la forêt privée, notamment sur quatre points " précise-t-il : " Un large public a soudain réalisé que les propriétaires forestiers jouent un rôle essentiel dans la société en assurant l'entretien de 70 % de la forêt française."
D'autre part, la tempête a rendu encore plus crucial le problème du morcellement de la propriété forestière (10,7 millions d'hectares appartiennent à 4 millions de propriétaires). Les difficultés rencontrées pendant l'exploitation des chablis ont montré l'urgente nécessité pour les propriétaires forestiers de se regrouper pour la gestion de leur forêt, soit dans le cadre de restructuration foncière soit de gestion en commun.
Sur le plan de la sylviculture, la tempête a rappelé l'intérêt d'une gestion dynamique des forêts. Et les ingénieurs de l'IDF (Institut pour le Développement Forestier) travaillent désormais sur des questions plus spécifiques comme la résistance au vent, l'enracinement des arbres, etc
pour aider les propriétaires dans la reconstitution de leurs parcelles.
Enfin, cette catastrophe a mis en exergue le problème de l'assurabilité des forêts. Alors que moins de 8 % des forêts étaient assurés avant la tempête, tous les assureurs ont aujourd'hui dénoncé leurs contrats. "La FNSPFS travaille à trouver de nouveaux assureurs car la demande est forte " affirme Henri Plauche - Gillon "mais se pose sans aucun doute la question de l'intervention de l'Etat pour apporter un concours financier important aux propriétaires forestiers en cas de tempête, sous des formes qui restent à préciser".
Voir le dossier complet sur le site : www.foretpriveefrancaise.com/
Pour l'ONF, il faudra 15 ans aux forêts françaises pour se remettre des tempêtes
Le secrétaire général de l'Office national des forêts (ONF) Jacques Descargues estime aujourd'hui qu'il faudrait une quinzaine d'années pour ''retrouver un paysage forestier qui ressemble à une forêt''.
L'ONF a l'intention de replanter ''très, très peu'' mais de ''privilégier la régénération naturelle'', a expliqué Jacques Descargues sur RTL. ''On va laisser, à partir des arbres qui restent, les graines rentrer dans le sol, germer et produire elles-mêmes une nouvelle forêt''. Cette méthode devrait donner selon lui une forêt ''beaucoup plus diverse et beaucoup plus naturelle''.
''Dans tous les cas, que l'on replante ou qu'on laisse faire la nature, on ne pourra retrouver un paysage forestier qui ressemble à une forêt qu'au bout d'une quinzaine d'années'', note Jacques Descargues, qui a confirmé le bilan des dégâts forestiers fournis deux semaines après la tempête par l'ONF. ''Globalement, les dégâts chiffrés en mètres-cubes correspondaient à peu près à trois années de récolte de bois ", a-t-il dit, ajoutant: ''il y a pratiquement 30% du bois abattu qui ne pourra pas être récupéré et qui va donc pourrir sur place''. Selon lui, ''le marché du bois est encore aujourd'hui très perturbé''.
Mi-janvier 2000, l'ONF avait estimé que 350 millions d'arbres avaient été touchés et que la forêt française avait perdu plus 130 millions de mètres-cubes de bois, soit 6,5% du volume total de près de deux milliards de mètres-cubes.
Source : AP
Des résultats encourageants pour le ministère de l'Agriculture
" Les deux tempêtes exceptionnelles qui ont frappé la France fin décembre 1999 n'ont pas brisé la dynamique de réforme qui était alors en marche dans le secteur forestier. Elles ont au contraire souligné la pertinence de la recherche d'une compétitivité accrue de la filière forêt-bois et l'importance d'une gestion durable des forêts respectueuse des grands équilibres environnementaux ", a déclaré Jean Glavany dans un communiqué qui détaille les aides financières attribuées depuis la tempête.
Deux ans après les tempêtes, les résultats sont encourageants estime le ministre de l'agriculture et de la pêche. "Sans occulter les situations plus difficiles de certaines régions très sinistrées, entre deux-tiers et trois-quarts des 140 millions de m3 de chablis ont été mobilisés. Des aires de stockage d'une capacité de 7 millions de m3 ont été mis en place. Grâce au dispositif d'aide au transport, 180 millions d'euros ont été versés par l'Etat en deux ans, permettant le transport de près de 30 millions de m3 de bois de chablis sur des distances inhabituelles par route, par voie navigable ou par voie ferrée, évitant ainsi leur dépréciation."précise le communiqué.
"Les engagements financiers du gouvernement s'élèvent à près de 460 millions d'euros pour les années 2000 et 2001 auxquels s'ajoutent le montant des mesures fiscales et sociales, ainsi que celui de la bonification des prêts à 1,5 % dont l'enveloppe est de 1,82 milliards d'euros.
Des dispositions fiscales ont ainsi permis d'alléger les charges supportées par les propriétaires forestiers et sylviculteurs, telle que par exemple, l'application du taux réduit à 5,5 % de la T.V.A. pour l'ensemble des travaux forestiers.
Les 11 000 communes forestières ont fait l'objet de dispositions spéciales telles que des subventions exceptionnelles aux communes sinistrées dont les budgets ont été particulièrement déséquilibrés. 35 millions d'euros ont été programmés à cet effet pour 2000 et 2001. Elles ont également pu bénéficier de prêts bonifiés à 1,5% quand elles ont procédé à des gels de coupes de bois pour éviter d'offrir du bois non chablis sur le marché.
Enfin, une affectation de 915 millions d'euros sur dix ans pour aider les propriétaires à nettoyer leurs forêts et reconstituer les peuplements détruits a été également décidée. Cette phase de nettoyage et reconstitution a désormais bien démarré, et montera en puissance en 2002 et 2003."
Source : www.agriculture.gouv.fr
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