Magazine Découverte Espace Pro
Logo CNDB
bandeau magazine

 
OK Recherche approfondie Liens utiles Abonnement Contacts

Architecture & Habitat

Consommation

Economie & Politique

Education & Formation

Environnement & Nature

Gestion durable

International

Sciences & Techniques

Tourisme & Loisirs

 

Toutes les brèves

Tous les dossiers

Toutes les infos

Toutes les interviews

Toutes les nouveautés

 

Inscription Espace Pro



A la une

  - 5 février 2002

2. Souvent un nom de lieu ou de métier

Nom, prénom, profession… C’est par ces mots que commence toujours une déposition.

Photo

Une pratique qui justifie l’usage d’un patronyme héréditaire dès la fin du XIe siècle. Soit près de quatre siècles avant que François 1er ne l’impose officiellement dans l'Ordonnance de Villers-Cotterêts. Une longue période que scrutent attentivement les spécialistes de l’anthroponymie, branche de l’onomastique (l ‘étude des noms propres) qui s’intéresse plus particulièrement au nom des individus.
" Au cœur du Moyen-Àge, dans la société qui émerge lentement de la nuit barbare, doubler le nom de baptême d’un patronyme c’est inventer la carte d’identité. C’est-à-dire un moyen utile au seigneur ou à son mandataire pour faire la police, juger ou lever des impôts, " explique Jean-Pierre Brunterc'h du Centre d'onomastique des archives nationales. En la matière comme dans d’autres, nécessité fait loi. Le vieux fond germanique s’épuise. Et parmi les saints, seuls les grands patrons ont du succès. Résultat : le stock de noms traditionnels commence à se réduire ; 47 noms pour 100 personnes au Xe siècle en Bourgogne, 29 au Xie siècle et 18 seulement au XIIIe.

Photo

Une telle pénurie menait droit à la confusion en matière judiciaire et fiscale. Impensable dans une période où la croissance semble décoller durablement.
Dans un premier temps, on s’est contenté de diminutifs. De Jeannin ou Janet au lieu de Jean. Mais rapidement, c’est le surnom qui s’est imposé. De quatre manières différentes.
La première, fréquente en Normandie ou en Occitanie, consiste à accoler le nom du père à celui du fils. Mais cela ne résout pas vraiment le problème de l’homonymie. La seconde, le sobriquet, est plus commode car par définition plus personnalisé. Défaut physique, avec Legros ou Lebègue, travers moral, avec Boivin ou Sauvage… La malveillance stimule toujours et partout l’inventivité. À tout prendre, mieux valait donc être désigné selon les deux autres manières : par son métier ou son lieu d’origine.

Photo

Sur ce registre, le domaine de la forêt et du bois a abondamment inspiré notre État-Civil. " Assez naturellement, dans la France médiévale, les métiers liés à la forêt et au bois étaient nombreux et diversifiés et justifient de nombreux noms de métiers, sous leur forme "française" ou sous une forme dialectale ou du moins régionale, " déclare Jean Germain, responsable de l’édition du Dictionnaire historique de l'anthroponymie romane à l’Université Catholique de Louvain.
Pour Monique Bourin qui dirige le Laboratoire de Médiévistique Occidentale à la Sorbonne, ce phénomène pourrait même être un indicateur de la culture matérielle. " Il faudrait vérifier si la force marquante du bois dans l'anthroponymie est identique dans diverses régions et si elle traduit de fait une présence ou une rareté du bois comme matériau ou forme végétale. Les deux mécanismes existent dans la création anthroponymique, " propose-t-elle.
Si l’on sait pourquoi, reste donc à comprendre comment le charpentier a inspiré des Chapuis, issu de l’ancien français chapuisier, des Carpentier et des Decarpenterie, au Nord ainsi que des Calvez bretons. Sans oublier les Timmermans , flamand.

Des noms issus des arbres

Parmi les métiers liés directement à la forêt, le charbonnier, qu’il fabrique ou vende du charbon de bois, est également en bonne place avec ses variantes Carbonnel au sud et Carbonier au nord. Bien placés également les Sabatier, dérivé de sabotier ainsi que les Charon, Caron et autre Cartier tous descendus du char gaulois (carruca). Autant de preuves de la lointaine parenté entre la carrosserie automobile et la charpente qui est issue de la même racine.

Photo

Parfois c’est l’outil ou le produit qui vaut pour le métier et inspire des patronymes. À cet égard, le bûcheron constitue une exception puisqu’il n’a produit que des noms de ce type hormis en Flandre où bosscher a donné des Debusschere. Ailleurs on trouve plutôt des noms comme Billon et sa variante occitane Bilhou, Coignet et Cogneau, Bloquet en Picardie, Lahache ou Lahaxe dans l’Est ou encore Piaud en Charente, du mot pial qui désigne la hache en ancien français. Parmi les patronymes liés à la charpente, on notera également Boulin, qui rappelle une grande pièce de bois, ou moins courant des Trabis, Traby dérivés du mot trabe désignant une poutre.
Si les noms de métiers sont bien représentés, les noms de lieux ont connu une plus grande diffusion encore. " Il va de soi que les noms "détoponymiques", issus de toponymes figés ou "détopographiques" liés à la topographie d'une localité, d'une communauté, sont nombreux, qu'ils fassent référence à un bois en particulier mais aussi à des noms de lieux collectifs du type chênaie, hêtraie, également sous des formes linguistiques diverses," note Jean Germain.

Ainsi la référence à un arbre particulier ou à un type de peuplement se retrouve dans bien des noms de famille. C’est le hêtre, du latin fagus, des Fage, Fayolle, Fageolle, Faye et Duffaut… Le chêne est l’arbre tutélaire des Duchêne, Chesnais mais aussi des Garrigue, "garric" désignant le "chêne kermès" en provençal. Quant aux Fraissinet, Castaing ils peuvent revendiquer le frêne, le châtaigner comme les Delaunay et Duvernet l’aulne. Tandis que les Bellay et les Bouillet partagent avec nombre de patronymes plus rares une lointaine référence au bouleau.

Gilles Vilain



article précédent


Sommaire du dossier


article suivant

envoyer cette page à un ami

accueil magazine

imprimer cette page

Droits de reproduction et de diffusion réservés
© www.bois-foret.info © Belvédère ©a2sc web design ©Algodia
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage et d'en respecter les dispositions.

retour en haut de page