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  - 12 février 2002

4. Niger : La gestion durable s’installe en brousse

Le Niger s’appuie sur les communautés villageoises pour mieux gérer ses forêts. Un programme qui donne des résultats intéressants et fait aujourd’hui école dans toute l’Afrique sahélienne.

Photo
©ATIBT

Au Niger, pour conserver un couvert végétal menacé par la surexploitation des coupeurs de bois de feu qui approvisionnent les villes, le ministère des eaux et forêts a transféré aux communautés villageoise la responsabilité de superviser l’exploitation des forêts et d’organiser des marchés ruraux de bois de feu. La démarche de ce projet " bois énergie domestique " pourra paraître paradoxale. Elle repose pourtant sur un principe simple : en permettant aux populations de tirer un revenu de la forêt, on les incite à préserver la ressource. En fait, l’affaire ne date pas d’hier, elle a débuté il y a déjà plus de 25 ans.

Après la grande sécheresse qui a frappé le Sahel durant les années 70, la communauté internationale avait cherché à combattre l’avancée du désert et à freiner la déforestation. Pour cela, des programmes de plantations d’eucalyptus avaient notamment été lancés pour approvisionner les villes en bois de feu. " Ce furent des échecs cuisants, les arbres n’ont pas résisté à la sécheresse ", constate aujourd’hui Martine Antona, économiste du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) en charge de l’évaluation des mécanismes économiques du système.
Mais avant d’imaginer une autre solution, les promoteurs des programmes de développement ont dû réviser totalement leur vision de la forêt sahélienne.

Corriger les idées préconçues du Nord

" Initialement, en raison de leur aspect irrégulier, on pensait que les formations arborées de la brousse nigérienne étaient menacées par la désertification ", rappelle la scientifique française. En effet, ces forêts basses et claires de Guira ou de Combretum se présentaient en bandes alternées avec des terres pelées sans aucun arbre. Quelle ne fut pas la surprise des aménageurs quand Jean-Marie Karimou Ambouta, un agronome nigérien, a mis en évidence que cette formation végétale qui porte le nom de " brousse tigrée " était en parfaite santé et qu’elle ne devait son aspect hachuré qu’aux conditions particulières de l’écoulement des eaux de cette région aride. En effet, en captant le ruissellement des eaux, la forêt se développe en bandes perpendiculaires au sens de la pente.
Une fois cette erreur d’appréciation corrigée, des inventaires ont permis de constater qu’il existait une dynamique forestière et que la ressource pouvait être exploitée sans mettre en danger les chances de renouvellement de la forêt. À condition toutefois de suivre des règles d’exploitation et de mieux répartir les prélèvements afin d’éviter les surexploitations ponctuelles.

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Photo G.Silande
© ATIBT

Restait à trouver le moyen de faire respecter ces principes d’une gestion durable de la forêt intertropicale sèche.
L’administration du ministère nigérien des eaux et forêts n’avait pas les moyens de surveiller ces vastes étendues de forêts claires.
Du coup, l’idée est venue de transférer les droits de l’Etat sur la forêt aux communautés villageoises.
Celles-ci se sont d’ailleurs arrangées entre elles pour délimiter les territoires forestiers en se basant sur les usages des droits de pacage. " Ça a permis d’éviter bien des conflits qui n’auraient pas manqué d’apparaître si nous avions voulu imposer des frontières ", reconnaît Martine Antona. L’administration se contente de définir les quotas de coupe et de préciser les règles locales d’exploitations : collecte limitée au bois mort, interdiction de couper des arbustes d’un diamètre inférieur à 4 cm ...
Le village désigne les bûcherons autorisés à aller couper du bois. Ceux-ci doivent respecter les règles faute de quoi ils pourraient être exclus du système. Le bois est ensuite regroupé au village où il est acheté par des négociants qui le revendront dans les grandes villes du Niger : Niamey, Zinder, Maradi. Le prix du stère de bois peut aller jusqu’à 2200 Francs CFA qui se répartissent ainsi : 2000 FCFA pour le bûcheron, 100 FCFA pour le village et 100 FCFA pour la région et l’État.

Une population financièrement intéressée à la gestion durable

La forêt apporte des ressources aux communautés locales et leur permet ainsi, comme le village de Mossipaga par exemple, de s’équiper d’une case de santé
Du coup, la population locale a un intérêt direct à préserver la forêt contre les saccages.
Le dispositif serait simple, s’il couvrait l’ensemble du territoire. Ce n’est malheureusement pas encore le cas. En effet, la collecte de bois est une activité traditionnellement mal considérée en Afrique Sahélienne. Elle était jusque là réservée aux femmes. "Pour le moment le dispositif ne couvre que 15 % du territoire ", confirme Martine Antona.
Du coup, l’Etat nigérien a mis en place un système dissuasif de fiscalité pour limiter les prélèvements en zone non contrôlée. Dans ce cas, les camions chargés de bois doivent s’acquitter de taxes aux postes de péage installés à l’entrée des villes.
Reste que le système commence à faire des émules. " Même en l’absence d’aide et d’assistance, des villages mettent eux-même en place des marchés locaux de bois de feu ", constate avec satisfaction Martine Antona. " Le bilan est loin d’être parfait, mais il y a une dynamique qui s’est enclenchée ", assure l’économiste en précisant que la deuxième phase du programme financé par la banque africaine de développement devrait contribuer à accélérer le processus. Il permettra de financer les inventaires de la ressource et la formation des responsables des marchés villageois notamment. Autre motif de satisfaction, la méthode fait école : " Le Mali et le Burkina-Faso sont en train de reprendre le système ".

À lire

Les forêts tropicales
J.C. Bergonzini, J.P Lanly.
Cirad Karthala, 2000.
164 pages, prix 14,94 €.
Une mise au point sur la situation actuelle des forêts tropicales, une approche écologique, politique sociologique et économique par deux chercheurs du CIRAD qui permet de se faire une idée globale de la question.

Arbres, arbustes et lianes des zones sèches d’Afrique de l’Ouest.
M. Arbonnier.
Un guide de terrain à vocation scientifique qui présente dans le détail 360 espèces des forêts tropicales sèches.
Cirad, Muséum national d’histoire naturelle, UICN. 544 pages, 1300 illustrations. Prix : 76,22 €.

La forêt dans le Monde.
Noël Decourt,
192 pages. 2001. L’harmattan.
Un tour de la question par un chercheur de l’INRA qui rappelle les notions de base indispensable à la compréhension des grandes évolutions actuelles des forêts du monde.

François Delaunay



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