- 1 mars 2002
1. Tonnelier : laventure est au fond du tonneau.
La tonnellerie a pour Cyrille Royer et Didier Navarre un parfum daventure. Internationale pour le premier qui court le monde, humaine pour le second qui vient de fonder en Charente une toute nouvelle tonnellerie.
Cyrille Royer : La barrique c'est l'Amérique !
Pour Cyrille Royer, la tonnellerie est une histoire de passion qu’il a découverte sur le tard. Elle l'a conduit jusqu’en Amérique où il occupe aujourd’hui un poste à responsabilité dans l’une des plus importantes tonnelleries du monde.
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C’est à dix-huit ans alors qu’il travaillait durant ses vacances comme manœuvre dans une tonnellerie de Cognac que cet étudiant en gestion a attrapé le virus. BTS en poche, ce fils de pâtissier a vite jeté sa calculette aux orties pour reprendre à zéro et se faire embaucher comme apprenti dans l’une des grandes tonnelleries charentaises. Au bout de deux ans, il était capable de faire un fût tout à la main en respectant les cotes au décilitre près et était déjà le meilleur de sa promotion.
Mais Cyrille Royer n’était pas du genre à tourner en rond. C’est qu’au contact de ces maîtres de formations qui cumulaient les titres de meilleurs ouvriers de France, il avait pris le goût de l’excellence et voulait découvrir tous les secrets de ce métier passionnant. " J’ai changé plusieurs fois d’entreprises pour connaître toutes les méthodes de fabrication ", explique-t-il. Une curiosité et une boulimie d’expérience qui ne sont pas restées longtemps inaperçues dans le petit monde de la tonnellerie charentaise, considérée comme une référence au niveau mondial.
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Du coup, il a été envoyé en Californie comme formateur dans un atelier de réparation que la société Seguin-Moreau venait de monter dans la ville de Napa au Nord de San Francisco.
Après cette première expérience transatlantique, il est revenu en Charente étendre son champ de compétence et se familiariser avec la fabrication des cuves de grandes contenances. De petits en grands voyages, Cyrille Royer a accumulé en moins de dix ans une rare compétence pour un jeune de 28 ans. Une perle rare, qui n’a pas manqué d’attiser les convoitises.
" À ma grande surprise, j’ai été contacté par Tonnellerie du Monde, une filiale de la société Américaine World Cooperage ", explique-t-il par email depuis Lebadon dans le Missouri. La firme américaine l’a recruté pour améliorer la qualité de fabrication et développer une ligne de production de tonneaux à vin.
Et dans ce domaine la " french touch " est indispensable. C’est que le vin exige bien plus de soin que le whisky ou autres bourbons, son goût est indissociable de la qualité des tonneaux.
Du coup, World Cooperage n’a pas lésiné sur les moyens pour débaucher le jeune charentais. " Maison, voiture, salaire multiplié par trois ", précise sans fausse pudeur Cyrille Royer. C’est que depuis une dizaine d’années, le vin est devenu un marché mondial. Les enjeux économiques sont énormes et planétaires. De fait, Cyrille Royer n’en finit pas de bouger. " Grâce à mon métier, je suis déjà allé en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Chili notamment ", se réjouit-il. Et s’il devrait bientôt revenir en France lancer la production de la nouvelle tonnellerie que World Cooperage vient d’ouvrir dans le Bordelais, il est fort probable que ce ne soit pas avec un aller simple.
Didier Navarre : pour la noblesse des tonneliers
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© Didier Navarre
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Fort en bras et fort en gueule, Didier Navarre l’est assurément. La tonnellerie est, à croire ce solide gaillard qui abat ses 12 barriques par jour, un métier de tempérament. C’est qu’on y manie le feu et le marteau sans modération. On y cultive aussi l’intransigeance des méthodes de fabrication ancestrales.
" Pour être bon, un tonneau doit être fait de A à Z par le même tonnelier ", s’empresse-t-il d’affirmer. C’est qu’il ne suffit pas que la barrique ne perde pas son vin pour être digne d’accueillir les meilleurs crus. Point crucial de la fabrication, le chauffage de la carcasse : " Pas de cloques au bousinage ", assène Didier Navarre avec la force d’un coup à fendre un merrain.
Le moindre décollement des fibres de bois à l’intérieur du fût est à coup sûr un nid à bactéries qui gâteront le goût du vin. " Comme ce n’est pas facilement visible, il n’y a que la conscience professionnelle des hommes qui peut prévenir ce défaut ", assure le tonnelier charentais.
La qualité du tonneau dépend donc de celle du tonnelier. Et comme il ne peut y avoir de bon tonnelier qui ne maîtrise toutes les opérations de fabrication d’une barrique, Didier Navarre ne jure que par la défense de l’intégrité du métier.
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© Didier Navarre
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Du coup, la tendance actuelle à l’industrialisation de la tonnellerie l’a incité, après 21 ans de métier, à prendre son indépendance.
À l’approche de la quarantaine, il vient de fonder sa propre fabrique artisanale où les tonneaux sont faits par de véritables tonneliers. Une aventure d’hommes qui l’enthousiasme car elle lui permet de retrouver l’esprit de compagnonnage du métier. " Nous travaillons dans une ambiance de copains, chacun est responsable de la qualité de son travail et signe ses tonneaux de ses initiales ", explique le jeune entrepreneur.
Le succès va pour le moment au-delà de toutes ses espérances. " Nous avons fait deux fois et demie la production prévue et des grands châteaux du Bordelais ont pris nos tonneaux ", lâche-t-il avec satisfaction.
L’organisation artisanale du travail permet aussi de conserver le principe de la rémunération à la tâche, bien plus avantageuse que la paye au salaire horaire. " Plus tu fais de tonneaux, plus tu gagnes ! ". La noblesse du métier passe aussi par là. Et puis cela entretient la motivation dans un métier qui exige un gros engagement physique.
En tout cas, Didier Navarre apporte la preuve que dans un marché du vin et des tonneaux qui se mondialise, il y a encore de la place pour les hommes de métier.
Où apprendre le métier de tonnelier ?
Centre de Formation Professionnelle
Chambre des Métiers
45 r Repos 16100 Cognac
05 45 82 40 31
mail : [email protected]
Formation en deux ans en alternance dans lentreprise.
Recrutement : niveau 3 ème de 16 à 25 ans.
Lycée viticole de Beaune
16 avenue Charles Jaffelin
21200 Beaune
Tel : 03 80 26 35 80
Mail : [email protected]
François Delaunay
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