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  - 3 mai 2002

2. Gestionnaire durable : La forêt de génération en génération

Pour le propriétaire forestier Gilles Guespereau, la gestion durable des forêts coule de source. Depuis 6 générations que ses bois sont dans la famille, la préservation du patrimoine forestier est tout autant une culture qu’une nécessité.

À Branches, petite commune de l’Yonne, Gilles Guespereau parle de ses bois comme de ses petits-enfants : avec affection. " Regardez cette belle glandée, si je ne m’en occupe pas elle mourra étouffée par les charmes ", lance ce grand-père de 64 ans en sachant que l’avenir des jeunes pousses de chêne nécessitera encore bien des soins attentifs. " Ces arbres, je ne les verrai jamais adultes, il leur faudra au moins 150 ans pour arriver à maturité. Ce sont les petits-enfants de mes petits-enfants qui les couperont ", remarque-t-il avec ce détachement qu’il faut pour envisager l’avenir sereinement.
Décidément, la forêt est un monde à part et les forestiers sont des gens bien étranges. En effet, qui d’autre qu’eux agit aujourd’hui en pensant à l’année 2150 ?

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"Mon grand père avait
déjà la préoccupation
de la durabilité de ses forêts"
constate Gilles Guespereau

La gestion forestière durable, cela commence donc par prendre la mesure du temps de la forêt. Un rythme bien plus lent que celui de nos sociétés contemporaines. " Les arbres vivent plus vieux que nous ", résume Gilles Guespereau.
D’ailleurs, comme pour la majorité des propriétaires forestiers français, c’est un peu par le poids de l’histoire que ce bourguignon qui a vécu en région parisienne s’est retrouvé en charge de la gestion forestière d’un patrimoine boisé de 80 ha : " Je l’ai hérité de ma mère. C’est mon arrière grand-père qui l’a acheté en 1880 au Marquis de la Bourbonnais ", indique-t-il.
Durant longtemps, Gilles Guespereau n’a conservé que des relations affectives avec la forêt : le souvenir de ses promenades avec son grand-père. " Il avait déjà la préoccupation de la durabilité de la forêt pour faire en sorte que toutes les générations de la famille puissent en tirer profit ", explique cet ancien directeur d’usine d’un grand groupe cosmétique français. " C’est grâce à sa sagesse que la forêt est aujourd’hui aussi belle ", constate-t-il, 50 ans plus tard. " Jamais en effet, mon grand-père n’a cherché à tirer plus de revenus de la forêt que ce qu’elle pouvait produire ". Bref, la raison économique ne doit pas bousculer la pyramide des âges et encore moins briser le rythme de la nature.

Pourtant la chênaie charmaie de Gilles Guespereau n’est plus la même que celle de son grand-père. " Quand on regarde les cahiers de coupes de mes aïeux, on voit que le bois de chauffage représentait plus de 75 % des revenus. Aujourd’hui cela représente moins de 10 % ", note-t-il. Ainsi le bois d’œuvre a pris le relais du bois de chauffage. Les chênes dominent maintenant les bouleaux, trembles, charmes et autres " bois blancs ". La forêt a aussi grandi. La futaie irrégulière de Gilles Guespereau est au moins 10 mètres plus haute que les taillis-sous-futaie de ses ancêtres. Autant dire que la forêt n’est pas indépendante des évolutions économiques. Mais cela ne s’est pas fait tout seul. " Pour convertir un TSF en futaie, il faut couper les charmes afin d’éclairer les chênes. Mais, si on le fait trop brutalement, c’est la ronce qui envahit tout ", explique Gilles Guespereau en montrant son ouvrage taillé à la tronçonneuse.
Même les peuplements évoluent. " Nous avons retenu les leçons de la graphiose qui a fait disparaître tous les ormes ", indique, averti, Gilles Guesperau toujours sur les traces de son grand-Père. " Il aimait les merisiers. Nous en avons maintenant beaucoup. C’est bon pour les geais dont on dit qu’ils enterrent les glands et plantent ainsi les chênes ". Pour sa part Gilles Guespereau affectionne les alisiers ( Sorbus torminalis). " Cet arbre donne un bois au grain très fin qui était jadis employé pour faire les bobines de fil de soie. Les forestiers l’ont depuis souvent évincé au profit du chêne. Aujourd’hui, l’alisier est de plus en plus apprécié comme bois d’ornementation ", explique-t-il pour témoigner de sa contribution personnelle à la préservation de la biodiversité.

Les forestiers s’appuient sur une longue expérience

Pour Gilles Guespereau, la gestion forestière durable c’est simple " C’est une gestion de bon père de famille ", résume-t-il en remarquant que c’est aujourd’hui le modèle dominant. C’est que la forêt privée est depuis déjà longtemps encadré par les plans de gestion. " On ne fait pas ce qu’on veut. On doit dire ce qu’on va faire et faire ce qu’on dit ", insiste l’ancien industriel en notant qu’il n’y a sûrement que les forestiers qui acceptent de soumettre ainsi leur " business plan " à l’approbation des pouvoirs publics. " Chaque année, il y a au moins 20 % des plans de gestion qui sont repoussés. 10 % pour des raisons administratives et 10 % pour de mauvais choix de gestion forestière ", observe Gilles Guespereau.
Du coup, son engagement dans le processus de certification tombe sous le sens. " Avec le soin que j’apporte déjà à ma forêt, je n’aurai pas de difficultés à respecter les 15 engagements du cahier des charges de l’Association Bourguignonne de Certification Forestière (ABCF) ", assure-t-il.

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La certification, une gestion de
bon père de famille,
selon Gilles Guesperau

Est-ce à dire que la certification de la gestion forestière durable ne changera rien ? Sûrement pas. " D’abord cela évitera que nos bois soient mis au ban des circuits commerciaux ", affirme-t-il en rappelant qu’il y a aussi des enjeux économiques derrière la question de la certification de la gestion forestière. " Il serait quand même paradoxal que les propriétaires forestiers privés, qui dans leur grande majorité appliquent depuis longtemps une gestion patrimoniale prudente et durable, soient exclus de la certification parce qu’ils n’ont pas les mêmes moyens financiers que des grands groupes d’Amérique du Nord ", lance-t-il.
Reste que si Gilles Guespereau considère que pour l’essentiel, la durabilité de la forêt française est assurée de longue date, le processus de la certification de la gestion forestière durable devrait aussi contribuer à aller plus loin.
" Cela permettra de motiver les petits propriétaires forestiers et de les sensibiliser à des questions aussi complexes que la valorisation de la ressource forestière, la préservation de la biodiversité et de l’accessibilité au public ", estime-t-il.
Pour sa part, il est toujours disposé à apprendre. " La forêt, c’est devenu une passion. Je suis tout à fait prêt à écouter des naturalistes compétents et à prendre en considération ce qu’ils peuvent m’apprendre, mais j’entend qu’en même bien rester maître de ma gestion ", explique-t-il.
Bref, à la peur du gendarme, Gilles Guespereau préfère la logique de la responsabilité collective. " Comme les règles sont publiques et accessibles à tous, les forestiers qui ne respecteront pas leurs engagements ne passeront pas longtemps inaperçus. Ils perdront leur certification, sinon c’est toute la région qui sera disqualifiée ", assure-t-il. Assurément, la règle du jeu mérite d’être suivie.

Contact : C.R.P.F (Centre Régional de la Propriété Forestière)
4 r St Sauveur 89560 OUANNE
tél-fax : 03 86 47 68 46

François Delaunay



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