- 15 juillet 2002
2. Des forêts bien plus accueillantes quau siècle dernier
Limplantation de la Cigogne noire en France est bien réelle, même si elle demeure encore très timide. Elle conserve aussi bien des mystères.
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Paul Brossault devant un leurre
© Blvdr
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Est-ce un retour après une longue interruption ou une colonisation nouvelle sur la route des migrations de l’Ouest par le détroit de Gibraltar ? Personne ne semble le savoir vraiment. " On n’a pas de trace avérée de la présence de Cigogne noire en Bourgogne au cours des siècles précédents ", explique Paul Brossault " mais je doute qu’elle ait pu y trouver un habitat favorable ", poursuit-il. " Au XIXè siècle, il n’y avait probablement plus un seul grand arbre susceptible d’accueillir son gros nid. Toute la forêt du Châtillonais était exploitée en taillis pour alimenter en charbon de bois les forges de la région. De plus, à l’époque, les forêts étaient remplies d’hommes. Il y avait au moins 50 familles de charbonniers qui y travaillaient. La cigogne noire qui est particulièrement farouche n’aurait jamais pu être tranquille ", explique le forestier.
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© Gérard Jadoul
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Sa disparition totale d’Europe occidentale se serait accélérée à partir de la moitié du XIXè siècle. Les causes sont encore obscures. On peut supposer que ses zones de gagnage se sont raréfiées avec les transformations agricoles. En tout cas, " le dernier couple de cigogne noire de Belgique a été abattu au nid en 1890 ", affirme Paul Brossault. L’espèce a eu aussi à souffrir, comme le Gypaète barbu, de son apparence. Son plumage noir, son œil et son bec rouge sang, avaient tout pour lui donner l’image diabolique d’un oiseau de mauvaise augure et entretenir bien des peurs haineuses. L’ignorance des hommes lui aura donc causé plus de dégâts que sa cupidité car la cigogne noire n’a jamais été un gibier. " La cigogne n’est pas bonne à manger, nous ont dit nos amis africains. D’ailleurs ils ne la chassent pas ", explique Philippe Martin qui a fait le voyage pour la suivre jusqu’en Mauritanie.
La dimension internationale du programme scientifique aura appris cela aux forestiers et aux scientifiques européens. Mais aussi bien d’autres enseignements : voir le site de Cigogne sans frontière. www.explorado.org/solon
Alors pourquoi après avoir disparu d’Europe Occidentale, la cigogne noire niche-t-elle maintenant en France ? Les explications sont multiples et bouleversent quelques idées reçues sur les relations complexes qu’entretiennent l’homme et la nature.
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© Gérard Jadoul
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Premièrement les populations d’Europe Orientale se sont fortement accrues à partir de la seconde moitié du XXè siècle. La raison en est assez surprenante : " Les forestiers lettons et russes ont drainé les forêts marécageuses, pour pouvoir atteindre les arbres à couper avec du matériel lourd. Ces milliers de kilomètres de drains et de fossés ont favorisé, grâce aux barrages des castors qui se sont multipliés, la création de mares et d’étangs constituant des sites de nourriture idéaux pour les cigognes noires ", explique Gérard Jadoul dans un hors-série spécial Cigogne Noire de Science et Nature. Le surplus de population a donc cherché à l’Ouest de nouvelles zones de nidification.
Au gré de leur migration de printemps, les forêts françaises qu’elles survolaient leur sont apparues suffisamment accueillantes pour s’y arrêter. Les massifs forestiers se sont en effet considérablement transformés depuis plus d’un siècle que le charbon de terre a remplacé le charbon de bois. La sylviculture, s’orientant vers la production de bois d’œuvre, a laissé vieillir et grandir les arbres. La forêt s’est aussi vidée de ses hommes. Les bûcherons y faisant des incursions bien moins fréquentes que les charbonniers.
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© P. Martin
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Bref, les cigognes noires trouvent dans les forêts de Bourgogne, et aussi de Champagne et des Ardennes, à la fois de grands arbres (chênes, pins sylvestres…) capables d’accueillir leur gros nids et d’immenses régions où elles risquent peu d’être dérangées.
Il faut dire que dans le Chatillonais, où la densité de population est parmi les plus faibles de France et où l’exploitation forestière représente une part prépondérante de l’économie, elles sont à l’abri des nuisances habituelles de la civilisation. D’ailleurs dans cette région reculée où les téléphones portables, faute de couverture de réseaux, restent muets, les cigognes noires sont les seules, avec leurs balises argos à être passées à l’âge de la télécommunication moderne…
François Delaunay
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