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  - 9 septembre 2002

1. La forêt n'a pas fait le spectacle à Johannesburg

La forêt n’a pas fait le spectacle à Johannesburg. Mais sa cause a bien progressé. Les états et les acteurs, du Sud comme du Nord, ont préféré adopter des mesures réalistes et pratiques plutôt que des mesures symboliques et spectaculaires.

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Annoncé par certains comme " la dernière chance de sauver les forêts tropicales ", le Sommet de la Terre à Johannesburg n’aura pas placé les milieux forestiers sous les feux médiatiques. L’eau y a tenu un rôle plus important. Mais peut-on le regretter quand on sait qu’un quart de l’humanité ne bénéficie pas d’eau potable et la moitié d’assainissement…
Certains ne manqueront pas néanmoins de parler " d’occasion manquée ", de " sommet pour rien ". D’autant que dans le grand capharnaüm de Jo’burg, l’arbre des regrets y cache facilement le semis des espoirs en germe.
Reste qu’il serait dangereux de jeter le bébé avec l’eau du bain, car la cause de la forêt semble avoir avancé à Johannesburg, à condition toutefois de savoir y prêter l’attention nécessaire et de comprendre que le problème ne se règlera pas en un jour.

Le réalisme plutôt que le spectaculaire

Reste que la presse n’aura bien souvent retenu de la nouvelle version de la convention sur la biodiversité (CBD en jargon Onusien) que l’édulcoration de la formulation des engagements des Etats. Certes, on ne peut pas se réjouir que la version du sommet de la terre stipule que les états s’engagent à " réduire significativement d’ici à 2010 la dégradation des milieux naturels  " (dont les milieux forestiers) alors que la précédente version de la Conférence de La Haye qui s’est tenue en avril 2002 parlait plus radicalement de " stopper et d’inverser la tendance ". Mais si la formule perd en volontarisme, elle y gagne peut-être en réalisme et en crédibilité…

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Quoiqu’il en soit, la forêt n’aura pas échappé à la règle qui à Johannesburg a empêché la communauté internationale d’adopter des mesures spectaculaires, concrètes et ambitieuses.
Ainsi, la proposition que soit mise en place une certification obligatoire préalable au commerce international du bois n’aura pas été adoptée. C’est que les pays forestiers et notamment ceux du Sud n’en veulent pas, du moins pas pour l’instant. " Les éco-labels n’ont pas été inclus dans le texte sur la biodiversité car il y a trop de probabilité à ce qu’ils soient utilisés comme des barrières douanières déguisées ", notait sans ambages Thalikottai Rajuthevar Baalu, le ministre Indien de l’environnement et de la forêt. Cette position émanant d’un pays qui pèse à lui seul un sixième de la population mondiale semble frapper au coin du bon sens.
Il est en effet facile de comprendre que les pays du Sud dont les produits agricoles sont déjà artificiellement désavantagés sur le marché mondial face aux productions subventionnées du Nord, voient d’un mauvais œil toute mesure pouvant concourir à limiter les ressources que leur procure le commerce du bois.

La gestion avant la certification

Bref, si l’idée de boycotter les bois tropicaux non-certifiés fait son chemin insidieux dans les pays du Nord, la certification n’est pas apparue lors du Sommet de la Terre comme une solution adaptée pour sauvegarder la forêt et la biodiversité. Les collectivités locales qui, comme la région Midi-Pyrénées, ont adopté cet été une position de défiance à l‘égard des bois tropicaux pourraient peut-être y réfléchir à deux fois quand leurs représentants reviendront d’Afrique du Sud.

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La certification n’apparaît donc pas comme la panacée souvent présentée dans l’hémisphère Nord. C’est d’ailleurs la position que défendaient les spécialistes français. (voir interview de Jacques Valeix). Il y a plusieurs raisons à cela. La première est que les pays forestiers tropicaux ne sont pas administrativement et techniquement prêts à instaurer des systèmes de certification, qui , s’ils ne veulent pas restés isolés à quelques opérations vitrines, sont lourds, coûteux et longs à mettre en place. Du coup, dans le contexte actuel l’imposition de la certification n’aurait abouti qu’à créer des distorsions de concurrence entre les pays du Nord (où il est plus aisé de certifier la gestion forestière) et ceux des pays du Sud.
Cette obligation aurait également créé des disparités injustifiées entre les bois issus de forêts et ceux de plantations (qui actuellement procurent les seuls bois certifiés d’ Afrique, d’Amérique Latine et d’Asie bien que, paradoxalement, provenant de terres préalablement déforestées ).

La mesure apparaissait aussi d’autant plus prématurée que le secteur de la certification est loin d’être bien balisé en l’absence d’instance internationale reconnue pour définir des règles de reconnaissance mutuelle entre les différents systèmes de certification concurrents.
Bref, dans la foire d’empoigne qui caractérise pour le moment la certification forestière à l’échelle mondiale, son application obligatoire aurait certes été spectaculaire, mais n’aurait probablement servi qu’à contenter la bonne conscience des consommateurs du Nord en risquant de générer des effets pervers très perturbateurs, voire destructeurs pour la sauvegarde des forêts tropicales.

François Delaunay



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