- 9 septembre 2002
2. Des avancées intéressantes
Le Sommet de la Terre aura été loccasion de plusieurs annonces importantes pour la sauvegarde de la forêt tropicale humide. Mais les acteurs forestiers qui nont pas attendu le Sommet de la Terre pour se mobiliser doivent encore redoubler deffort.
En dépit des apparences, la forêt est loin d’être la grande oubliée de Johannesburg. En effet, les États se sont engagés à renforcer leurs moyens d’action pour apporter des fonds supplémentaires et des moyens techniques nouveaux pour la mise en œuvre de la Convention sur la biodiversité. Une avancée qu’à d’ailleurs saluée l’ONG WWF en annonçant également sa satisfaction de voir les Etats-Unis faire un pas en avant sur ce terrain. A contrario de leur position concernant le changement climatique et le protocole de Kyoto, les USA ont exprimé leur accord avec les objectifs de la convention biodiversité. Une position qui devrait les amener à ratifier le texte et à devenir partie prenante de cet engagement international.
Les professionnels et l’Europe se mobilisent pour lutter contre les coupes illégales
Ces progrès seront probablement jugés insuffisants. Reste qu’ils vont dans le bon sens et ne pourront que renforcer les mesures adoptées en juillet à Brazzaville par la communauté des professionnels de la forêt tropicale dans le cadre de l’organisation internationale des bois tropicaux (OITB), une organisation liée à l’ONU et basée à Tokyo.
En dépit des troubles politiques que connaissait alors le Congo, les responsables internationaux se sont engagés à intensifier la lutte contre les coupes illégales de bois et à développer des règles de moralisation de l’économie forestière.
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Des déclarations d’intentions qui pourraient laisser sceptiques tous ceux qui ignorent les efforts développés depuis une dizaine d’années dans plusieurs parties du monde par des forestiers novateurs.
Dans le Bassin du Congo, par exemple, des nouvelles législations se mettent en place et les plans de gestions qui constituent le socle de la gestion durable de l’exploitation commerciale de la forêt tropicale, se généralisent.
L’Union Européenne a repris à son compte cette démarche et a annoncé le 31 août qu’elle lançait un plan d’action visant à combattre les coupes illégales et la commercialisation de ces bois. Le commissaire européen à l’aide au développement et à l’action humanitaire Poul Nielson s’est engagé à aider les gouvernements à mieux appliquer leur réglementation et les mesures de contrôle de la légalité de l’exploitation forestière ainsi qu’à intensifier les échanges de données entre les douanes. La commissaire à l’environnement Margot Wallström s’est engagée à promouvoir auprès des consommateurs les produits légalement produits. Une exigence qui semble bien plus réaliste pour les pays forestiers du Sud que la revendication de certification et qui est accueillie favorablement par les milieux professionnels forestiers.
Des grands programmes régionaux
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Reste que le Sommet de la Terre aura aussi été l’occasion d’annoncer des initiatives concrètes avec notamment deux programmes gouvernementaux très ambitieux en Afrique et en Amérique Latine avec les programmes du Bassin du Congo et le programme des aires protégées de la Région Amazonienne (ARPA) qui suit l’annonce par le Président Brésilien le 22 août 2002, de la création du Parc National de Tumucumaque dans les états d’Amapà et de Para au Nord du Brésil. Un dossier en chantier depuis de longue années et qui a encore récemment fait l’objet de polémiques et suscité la réticence des populations locales qui estimaient n’avoir pas été suffisamment concertées .
Le Canada a également proposé une action plus modeste en faveur des forêts tropicales de la zone des Caraïbes avec l’annonce de la création du Centre régional de forêts modèles pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CRFM)
Reste que l’on pourra remarquer qu’à côté de ces initiatives gouvernementales importantes qui associent des instances internationales (Banque Mondiale, WWF, OTIBT, ATIBT, GEF), la forêt tropicale humide ne semble pas avoir montré beaucoup d’exemples de bonne pratique alors que des centaines de cas ont été présentés lors du Sommet de la Terre dans d’autres domaines ou d’autres milieux.
Un constat qui laisserait penser que les ONGE ont encore du mal à travailler sur le terrain en forêt tropicale humide et que les professionnels forestiers ne savent pas encore valoriser l’amélioration de leur pratique comme d’autres secteurs d’activités ont su le faire à Johannesburg en utilisant le Sommet de la Terre comme vitrine planétaire.
Au chapitre des regrets, on pourra remarquer que l’Asie apparaît comme la grande absente du mouvement encourageant qui se met en place en Afrique et en Amazonie. Il n’y a pas à douter que tous les acteurs intervenants sur la forêt tropicale (forestiers, institutions internationales, ONG) devront s’intéresser de très près à cette région du Monde qui possède la troisième plus grande forêt intertropicale humide. À moins d’accepter, dans un fatalisme coupable, que l’Asie puisse constituer la part du feu de la politique de protection des forêts tropicales humides de la planète. Cette région alimente massivement en panneaux de bois tropicaux provenant de forêts largement saccagées, nombre de pays comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, sans que les défenseurs des forêts n’y trouvent à redire.
François Delaunay
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