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  - 9 septembre 2002

3. Congo et Amazonie deux grands programmes pour concilier protection et valorisation

Pour la première fois, deux programmes de grande envergure voient le jour. Ils devraient permettre d’envisager la sauvegarde de très vastes étendues de forêt tropicales en organisant tout à la fois sa protection et son exploitation durable.

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Le programme d’action dans le bassin du Congo était connu dès avant l’ouverture du sommet puisque la France y est l’un des acteurs principaux. Ce programme a été initié par la République Sud Africaine pour protéger une zone centrale de 5 millions d’hectares et créer une zone tampon de forêts d’exploitation sur une surface de 10 millions d’hectares dans les 6 pays du centre de l’Afrique. Les USA qui ont présenté cette initiative de type 2 comme l’une de leur 5 priorités d’action au Sommet de la Terre, ont confirmé leur financement à hauteur de 53 millions de dollars.
La contribution française qui concernera la mise à disposition de ses organismes de recherche et technique sur le terrain est évaluée à 15 millions d’Euros. Ce programme présente la particularité d’associer à la fois les États, les institutions internationales (Banque Mondiale) et les associations professionnelles de l’exploitation forestière (OTIBT, ATIBT) ainsi que des ONG comme le WWF, le WRI, Wildife Conservation Society.
(pour en savoir plus ,voir l'article de BFI).

L’Amazonie crée la surprise

Il aura fallu en revanche attendre le dernier jour du sommet de la Terre pour que le programme brésilien de protection de la forêt amazonienne soit dévoilé par le WWF qui est également associé à cette initiative. On admirera ce sens du timing et de la communication qui permet de dissiper en partie les nuages de mécontentement qui s’étaient accumulés dans la dernière partie du sommet de la Terre.
Ce programme baptisé ARPA, pour Aires Protégées de la Région Amazonienne, est présenté comme la plus grande initiative de conservation de la forêt tropicale de toute l’histoire. Les chiffres mis en avant sont là en effet pour accréditer cette thèse. Le territoire concerné s’étend en effet sur de 500 000 km2 (50 millions d’hectares) soit une surface équivalente à la France et environ 8 % de la surface totale de la forêt du bassin amazonien (600 millions d’ha). Le budget prévisionnel pour sa mise en œuvre dans les dix prochaines années est également impressionnant, il est estimé à 395 millions de dollars.
Le budget de la première phase qui se déroulera sur 4 ans s’élève à 81,5 millions de dollars. Les financements proviennent essentiellement des institutions internationales.
Le Global Environnement Facility, l’organisme qui est chargé de répartir les fonds apportés par les Etats dans le cadre des conventions internationales (Climat, Energie, Biodiversité), apportera 30 millions de dollars soit 37 % du financement. La Banque Mondiale par l’intermédiaire du WWF avec qui elle a constitué une alliance sur le dossier forêt, apportera 16,5 millions de dollars (20 %). L’Etat brésilien apportera pour sa part 18,1 millions de dollars (22,5%), l’Allemagne (par l’intermédiaire de son agence pour le développement (KFW) contribuera à hauteur de 14,4 millions de dollars (17,5%) et 2,5 (3%) sont apportés par divers autres donateurs.

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Concrètement, la première phase prévoit de placer 90 000 km2 (9 millions d’ha) en zone de protection forte (catégorie I à III de l’UICN) qui s’ajouteront aux 70 000 Km2 (7 millions d’ha) déjà protégés dans le cadre de 20 parcs nationaux et réserves et dont plus de la moitié concerne le nouveau Parc National de Tumucumaque. Avec 3,8 millions d’ha, soit environ 3 fois l’étendue de la forêt landaise, ce parc frontalier de la Guyane française constitue dorénavant la plus grande zone protégée de forêt tropicale humide du monde.
À côté de ces zones de forte protection la première phase du programme ARPA prévoit la mise en place de 9 millions d’ha de zones de très faible protection (catégorie VI de l’UICN) baptisées réserves d’extraction où l’exploitation est autorisée.
Le décompte fait toutefois apparaître que seule la moitié des 50 millions d’ha annoncés bénéficie d’un classement de protection, sans que ne soit précisé le mode de gestion et de protection qui seront appliqués sur les 25 autres millions d’ha de forêt placés dans la zone du programme ARPA.

De toute évidence, le programme Amazonien nécessitera encore d’être précisé pour prétendre être un modèle mondial. À moins que les interrogations que le programme ARPA suscite dans sa première présentation ne proviennent que de déficiences de communication…
On pourra s’étonner également que le programme n’associe pas les milieux professionnels forestiers qui jouent pourtant un rôle indéniable en Amazonie. Un ostracisme qui n’est sûrement qu’apparent car on voit mal comment on pourrait, sans les forestiers même s’ils doivent sûrement encore progresser dans leurs pratiques, satisfaire l’ambition de Fernando Enrique Cardoso, président du Brésil, de " réconcilier l’environnement et les priorités sociales " pas plus qu’on ne pourrait croire à l’objectif annoncé par Claude Martin, le directeur général du WWF de " protéger effectivement la biodiversité de la région amazonienne tout en promouvant l’utilisation durable de la forêt ". Car en Amazonie comme dans le Bassin du Congo, protection et valorisation de la forêt, sont indissociables pour assurer durablement sa sauvegarde.

François Delaunay



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