- 26 septembre 2002
1. La Suède invente lhéritage bioculturel
En Suède comme en France, forestiers, archéologues, écologues et ethnologues révèlent limportance du rôle historique de lhomme dans la biodiversité des forêts. Une occasion de comprendre quhomme et nature ne sont pas toujours ennemis.
C’est parce que les forestiers et les archéologues suédois avaient observé que leurs forêts n’étaient pas le seul fruit de la nature et qu’il ne suffisait pas de les placer en réserve intégrale pour conserver leur biodiversité que le programme Life : “héritage bioculturel forestier“ a vu le jour en 1999. Le terme aurait été inventé quelques années plus tôt par l’archéologue suédois Leif Gren.
" Nos forêts portent la marque d’occupation humaine très ancienne ", observe Eva Myradal-Runebjer, archéologue à la direction des Forêts en Suède et responsable de ce programme européen, lors du colloque qui s’est tenu à Gap du 11 au 13 septembre 2002.
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Dans la partie sud de la péninsule scandinave, les boisements de vieux chênes qui abritent notamment la fameuse espèce protégée du pique-prune (Osmoderma eremita), sont en fait des paysages dont la construction a débuté dès le IVe après J.C, avec l’arrivée des premiers scandinaves. " Mais ceux-ci en développant des prairies complantées de chênes n’ont fait qu’adapter les clairières que les grands mammifères avaient ouvertes dans les forêts de feuillus qui s’étaient installées environ 6 000 ans plus tôt dans le sud de la Suède ", explique Lars Ingemarson de la direction régionale des forêts de Östra Götaland.
Depuis, le milieu a subi plusieurs phases de réorganisation pour aboutir aux paysages actuels où prairies et boisements de chênes se juxtaposent. Mais malgré ces perturbations engendrées par l’homme, les composantes essentielles de la biodiversité, prairie et chênes y subsistent. Reste que la conservation de ces paysages pose aujourd’hui problème dans un contexte de régression et d’abandon des activités agricoles. " Si on laisse faire la nature, les boisements envahiront les prairies, faisant disparaître ainsi tout un pan de la biodiversité de la région ", témoigne le forestier suédois.
L’homme et ses vaches enrichissent la biodiversité de la taïga
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La Taïga elle même, que l’on considère trop rapidement comme une forêt vierge, est marquée, en Suède, par l’emprise ancestrale de l’homme." Sans le pastoralisme bovin, elles n’auraient ni tout à fait le même aspect ni la même richesse biologique ", confirme Lars Bengtsson, un forestier du Mellannorland qui a étudié les écosystèmes forestiers de cette région située au nord du pays où les vaches paissent librement en été. " Sans elles, bon nombre d’espèces végétales disparaîtraient ", confirme-t-il.
Du coup, forestiers et archéologues suédois se penchent sur la question pour mieux comprendre la part héritée de l’homme dans la composition de la biodiversité actuelle. " Cette compréhension pourra éviter de commettre des erreurs comme par exemple laisser inconsidérément les “ ressources naturelles “ pousser n’importe comment au nom du “ libre développement “, alors que cela fait des siècles que l’homme intervient par son travail sur ces milieux ", explique Eva Myradal-Runebjer .
Le programme a aussi pour objectif d’étudier la manière dont on peut conserver la trace dans nos paysages de ce patrimoine qui plonge ses racines au plus profond de notre histoire. " Il comporte en lui-même une valeur inestimable, à la fois culturelle et émotionnelle, qui mérite tout autant l’intérêt que la conservation biologique ", estime, pour sa part, Anne-Marie Granet coordinatrice française du programme Life.
François Delaunay
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Vers d'autres sources
Le site internet de l'ONF
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Le site de la ville de Gap
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