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  - 26 septembre 2002

2 . Pour que l’écologie comprenne la place de l’homme

Les exemples sont nombreux où nos forêts prouvent que la biodiversité est le produit du double héritage de l’homme et de la nature. Une réalité trop souvent ignorée par les défenseurs d’une naturalité absolue des forêts.


Depuis trois ans, les forestiers de l’ONF et les chercheurs du CEMAGREF de Grenoble travaillent en partenariat avec leurs homologues suédois dans le cadre du programme Life : " héritage bioculturel forestier ". Outre le site de Chaudun dans les Alpes, deux autres sites forestiers français ont été présentés lors du colloque de restitution du programme organisé à Gap du 11 au 13 septembre 2002.

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La forêt de Fey-en-Haye en 1916
© Université du Kansas

En Lorraine, il s’agit de la forêt de Fey-en-Haye dont les terrains ont été décimés par les terribles batailles de la première guerre mondiale. À côté des vestiges des tranchées qui marquent ce champ de bataille, le cortège floristique y présente aussi des témoignages beaucoup plus pacifiques des jardins villageois qui occupaient jadis ces campagnes, recouvertes depuis par des forêts plantées de résineux.
La faune des insectes de ces nouvelles forêts domaniales reflète également cette double origine. On y trouve à la fois des espèces caractéristiques des arbres de jardins et de vergers, ainsi que celles liées aux nouvelles forêts résineuses. " Même en l’absence d’une biodiversité d’intérêt majeur, ce site chargé d’histoire présente un grand intérêt patrimonial ", constate Philippe Pernodet, technicien supérieur forestier. Une valeur sociale que le professeur Jean-Paul Amat de l’université de Paris Sorbonne, qui étudie ces forêts depuis de nombreuses années, estime devoir être d’autant plus protégée que l’évolution forestière y est extrêmement rapide. " L’effacement, progressif ou brutal, des marques de la guerre dans le paysage risque d’estomper l’histoire de leur origine ", constate-t-il en encourageant les gestionnaires forestiers à prendre en compte l’héritage bioculturel de ces forêts.

Quand la nature devient objet de controverse scientifique

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Forêt de Saint Antoine
© Dr

Dans les Vosges, l’étude a porté sur la forêt de Saint-Antoine. Située dans la partie méridionale du massif, cette sapinière-hêtraie présente une biodiversité de grande valeur puisqu’elle recèle des tourbières et abrite l’une des plus importantes populations de Grand Tétras des Vosges.
Des patrimoines qui sont souvent présentés comme l’apanage des forêts à forte naturalité. L’étude historique conduite par des chercheurs et des forestiers y a toutefois bouleversé quelques certitudes. Elle a en effet mis en évidence le passé proto-indusriel très mouvementé de cette forêt qui a largement été exploitée à partir du XVIII è siècle pour l’alimentation des forges et des verreries locales. Autour de ces usines, des villages et des fermes se sont installés. De nombreuses prairies de fauches ont été ouvertes un peu partout dans le massif. " Outre l’intérêt paysager, ces défrichements ont créé une richesse spécifique qu’il est très intéressant de maintenir ", estime Lydie Lallement, chargée de mission environnement à la division ONF de Lure. " D’autant qu’il semblerait que ces modifications du paysage ont favorisé le maintien du Grand Tétras dans le massif ", explique la forestière. Une preuve, pour Emmanuel Garnier, maître de conférence en histoire moderne à l’université de Caen que l’anthropisation des milieux n’est pas nécessairement néfaste pour la biodiversité.

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Grand Tétras
© Dr

Une évidence pour beaucoup de scientifiques et au premier rang desquels, les géographes, mais qui relève pourtant aujourd’hui du tabou tant la recherche d’une hypothétique naturalité confine parfois du dogmatisme dans les discours de la protection de la biodiversité. D’ailleurs Emmanuel Garnier ne s’en cache pas :
" L’approche de l’héritage bioculturel est nouvelle et ambitieuse puisqu’elle envisage l’action de l’homme comme une cause de l’évolution forestière, elle-même créatrice de biodiversité ", résume–il bien conscient du pavé que ce nouveau concept jette dans la mare. " Le pari est osé sinon iconoclaste quand on connaît le poids des tenants de la “naturalité“ au sein des grands organismes de protection de la nature ", dénonce-t-il. Pour Anne-Marie Granet, plus consensuelle, il s’agit d’envisager la conservation des écosystèmes forestiers d’une manière plus équilibrée et d’enrichir la philosophie et les pratiques des gestionnaires des milieux naturels : " La mise en réserve intégrale ne constitue pas nécessairement la meilleure solution pour protéger la biodiversité ", lançe-t-elle en souhaitant que la société, et notamment urbaine, puisse aussi envisager les rapports homme et nature d’une manière moins antagoniste qu’elle se contente de le faire souvent.

François Delaunay



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