- 26 septembre 2002
3. La forêt fait vivre la mémoire de Chaudun
Temple dune riche biodiversité à préserver, le site du cirque montagnard de Chaudun présente également un magnifique exemple dun héritage bioculturel qui ne demande quà continuer à vivre.
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© Blvdr
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À proximité de Gap, juste derrière la ligne de crête de la montagne environnante du Devoluy, le cirque de Chaudun est totalement vide d’homme. L’extrême richesse de sa biodiversité où l’on recense sur environ 5 000 ha pas moins de 800 espèces végétales (soit 18 % de la flore française) dont 191 protégées a justifié le classement de grandes parties de sa surface en Zone d’Intérêt Écologique, Faunistique et Floristique (ZNIEFF) et à la création de réserve biologique intégrale. " Pour nombre de visiteurs, le cirque de Chaudun est devenu le symbole de la nature sauvage ", constate Pascal Chondroyannis, ingénieur divisionnaire à l’ONF de Gap. " Mais c’est au prix d’une étonnante amnésie historique ", dénonce-t-il.
Car il n’y a pas si longtemps Chaudun proposait un tout autre visage que celui de forêts non exploitées et d’alpages verdoyants où gambadent mouflons et cervidés.
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Chaudun en 1892
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C’était il y a à peine plus d’un siècle avant que les 170 habitants n’abandonnent irrémédiablement le village. Le développement démographique, l’intensification du pâturage y a entraîné un déséquilibre écologique, accentuant l’effet des crues et l’érosion des terres. Bref, après au moins cinq siècles d’implantation, le système agropastoral s’est effondré, n’offrant plus que misère et isolement insupportable dans une société française en pleine mutation.
Sur les photographies prises par l’un des derniers curés de la paroisse en 1892, le promeneur aurait bien du mal à reconnaître le site. La forêt y était réduite à la portion congrue ne se limitant qu’à quelques boisements sur les parties sommitales des versants et à quelques taillis intensément exploités sur les pentes. Au fond de la vallée, les pauvres ruines de l’église et du presbytère ne permettent déjà plus d’imaginer l’importance du village dont la trace des maisons a totalement disparu. Les jardins, les terrasses des champs et les canaux d’irrigations ont eux aussi été effacés par la reconquête forestière en moins d’un siècle. La plantation de plus de 400 ha de mélèzes dans le cadre des travaux RTM (restauration des terrains de montagnes), a aussi contribué à brouiller les cartes paysagères.
Une nature influencée par l’homme
Bref, vouloir présenter Chaudun comme un seul sanctuaire naturel serait non seulement faire injure à l’histoire et à la science mais aussi se méprendre sur la compréhension de la biodiversité du lieu.
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Les ruines de l'église
© Blvdr
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" Elle ne peut se comprendre qu’en tenant compte du rôle qu’y a joué l’homme depuis des millénaires ", explique Jean-Claude Rameau, spécialiste de renommée mondiale qui a étudié la végétation de la zone. " Il a sûrement favorisé l’introduction de certaines plantes mais aussi, en aménageant son terroir, il est le premier responsable de la mozaïque d’habitat qui caractérise l’écologie de Chaudun ", explique-t-il.
On peut en voir la trace, même dans le bois du Chapître, placé en réserve intégrale, et qui dans son ensemble peut être considéré comme une forêt très peu perturbée. " Dans l’ancienne petite clairière, qui depuis a été recolonisée par les arbres, les espèces ne sont pas les mêmes que dans le reste de la forêt ", observe-t-il. " Dans les taillis exploités pour le bois de feux, la préférence accordé au hêtre au détriment du sapin y aura probablement entraîné un appauvrissement irrémédiable de la flore et notamment des espèces d’ombre ", juge le scientifique.
Preuve qu’il est impossible de vouloir faire abstraction du fait anthropique et qu’un retour à une nature sans l’homme est illusoire.
Une émotion encore vivante
D’autant que si la forêt fait preuve de mémoire, les populations n’en sont pas dénuées. " Chaudun reste un sujet doté d’une très forte charge émotionnelle, notamment pour les descendants des habitants du village, mais aussi par effet de diffusion pour une grande part des Gapançais ", remarque Pascal Chondroyannis. D’ailleurs la commune de Gap en est bien consciente et n’entend pas oublier Chaudun. " C’est pour nous tout à la fois un espace de liberté mais aussi une page de nos racines et de notre histoire collective ", témoigne-t-on au service d’urbanisme.
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Du coup, la nécessité de la préservation et la mise en valeur de l’héritage bioculturel de Chaudun apparaît tout aussi déterminante que celle de la conservation de la biodiversité. " C’est dans cette optique équilibrée, qui permet de replacer l’homme dans la nature, que nous envisageons la gestion de cet espace ", explique Pascal Chondroyannis. L’ONF tient ainsi à maintenir la multifonctionnalité de l’espace. Et si l’exploitation forestière y est abandonnée pour des raisons d’accessibilité, l’office compte bien à côté de la mission de préservation de la biodiversité, poursuivre la location du droit de pâturage ( 300 vaches paissent à Chaudun) et l’activité de chasse guidée qui permet tout à la fois de réguler les populations de grands gibiers et de rapporter d'appréciables recettes.
Il compte aussi poursuivre le développement de la vocation touristique du lieu. Ainsi, la création du parcours de randonnée de la Retrouvance avec la restauration d’un gîte à l’emplacement s’une ancienne bâtisse du village prend ainsi tout son sens en permettant la réintroduction contrôlée de l’homme sur les terres désertées de Chaudun.
François Delaunay
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