- 24 octobre 2002
3. une sylviculture de grand art
Symbole de la riche biodiversité des forêts françaises, les feuillus précieux représentent aussi des opportunités économiques pour les sylviculteurs. À condition dagir avec discernement et de ne pas succomber à leffet de mode.
Cela fait déjà plusieurs décennies que les ingénieurs et les techniciens des CRPF et de l’IDF promeuvent les feuillus précieux. " Ils ont pris un peu le relais des plantations mono spécifiques de conifères d’après-guerre ", indique Nicolas Vanderheeren, conseiller technique du pays de la Montagne de Reims au CRPF Champagne-Ardenne.
|

Merisier
© Dr
|
L’intérêt pour les feuillus précieux est une tendance qui se renforce aujourd’hui après les tempêtes de 1999 qui ont décimé de grandes surfaces de forêt et notamment des plantations de résineux. C’est même une orientation de la politique forestière clairement affichée au niveau national. La régénération forestière de feuillus précieux peut bénéficier de subventions.
C’est que ces essences apparaissent bien adaptées à la caractéristique première de la forêt française : sa très importante diversité. La forêt française abrite, en effet, 126 espèces d’arbres, soit pratiquement les 3/4 des espèces répertoriées en Europe. Bref, les feuillus précieux ouvrent des voies nouvelles permettant de mieux concilier la fonction économique et la fonction environnementale de la forêt.
Leur sylviculture présente aussi d’autres intérêts économiques.
Outre la montée en puissance de leur valeur marchande, les feuillus précieux poussent plus rapidement que les essences de bois nobles. Ainsi, quand il faut attendre environ 140 ans pour le hêtre et près de 180 ans pour le chêne, le merisier, l’alisier ou l’érable arrivent à maturité au bout de 60-80 ans. " Cette rapidité est particulièrement intéressante pour les propriétaires forestiers privés. Ce n’est plus pour leurs arrières-arrières-petits enfants qu’ils travaillent mais pour leur enfants ", constate Nicolas Vanderheeren.
Autant d’avantages n’ont pas manqué d’attiser les convoitises et les rêves de fortune. Et quelques propriétaires ont tenté l’aventure en plantant des peuplements purs de feuillus précieux, notamment des merisiers, sur des terres abandonnées par l’agriculture. Des expériences qui se sont souvent soldées par des échecs. Non seulement les plants ne se développent pas de manière homogène, mais surtout les arbres sont très sujets aux maladies qui amoindrissent considérablement la qualité des bois et donc leur valeur marchande. Les italiens qui, au début des années 80, se sont lancés massivement dans ce type de plantations en région de plaine ont connu de nombreux déboires. " La plupart de ces plantations n'ont pas donné de résultats satisfaisants ", notait Roberto Mercurio, dans un rapport publié en 1997 lors du congrés forestier mondial d’ Antalya en Turquie. Voir le texte du rapport
|

Le frêne
© Dr
|
Du coup, les responsables forestiers français craignent plus que tout un engouement mal maîtrisé qui aboutirait à des choix sylvicoles trop systématiques et trop opportunistes. " Il ne faudrait surtout pas que les feuillus précieux deviennent une mode ", constate Thomas Formery, le directeur de l’IDF qui engage les propriétaires à agir avec prudence et discernement. D’autant que la sylviculture des feuillus précieux n’est pas une sinécure…
" Ce sont des essences sociales qui vivent naturellement en présence d’autres espèces ", prévient Gérard Armand spécialiste du sujet à l’antenne IDF de Nancy, qui nuance toutefois en précisant que ce caractère social est moins affirmé pour le frêne qui supporte des peuplements plus ou moins purs. " Il ne faut pas dépasser des surfaces de deux à trois hectares ", rappelle Gérard Armand." Les meilleurs résultats sont obtenus en forêt mélangée ", confirme Nicolas Vanderheeren.
Autant dire qu’il est difficile d’envisager des productions massives et concentrées, comme c’est le cas pour les pins des landes par exemple et même le hêtre qui a tendance naturellement à éliminer toutes les autres essences.
Du coup, les feuillus précieux ne peuvent pas devenir à eux seuls un objectif de production unique pour les forestiers. " Ce ne peut être que la cerise sur le gâteau ", considère le technicien du CRPF.
Est-ce à dire que les forestiers ne peuvent s’en remettre qu’au bon vouloir de la nature et se contenter de cueillir ses plus beaux fruits ? Non répond-on à l’IDF. " On peut orienter la sylviculture vers les feuillus précieux, soit en plantant, soit en menant une conduite des peuplements naturels qui leur soit favorable, notamment en éclaircissant beaucoup plus fortement les peuplements qu’on ne le fait pour le chêne ou pour le hêtre ", explique Gérard Armand. Autant dire qu’il faut faire des choix. Les forestiers ne peuvent pas à la fois obtenir des essences d’ombres et des essences de lumière dans un même boisement.
|

Ecorce de Sycomore
© Dr
|
Mais dans un cas comme dans l’autre, il faut être très vigilant sur les conditions de sols et des microclimats. " Il ne faut surtout pas chercher à produire des feuillus précieux sur des sols qui ne leur conviennent pas ", insiste le spécialiste de l’IDF.
Les conditions favorables sont même limitées : en bas de versants exposés nord-ouest pour les érables, dans les fonds de vallons pour les frênes.
Le merisier exige quant à lui des sols relativement riches et profonds bien alimentés en eau mais sans excès car il craint l’asphyxie quand l’eau stagne ne serait-ce que quelques semaines dans l’année.
Mais il ne faudrait pas croire que la nature suffira à atteindre des objectifs de production de bois précieux. " Les travaux d’amélioration des peuplements sont relativement complexes en forêt mélangée ", convient Nicolas Vanderheeren et " nécessitent un savoir-faire et des connaissances particulières ", considère-t-il.
C’est qu’il faut non seulement faire pousser les essences de feuillus précieux en les protégeant des espèces concurrentes qui pourraient les étouffer, mais aussi s’assurer qu’elles se développent sans défaut. Dans le cas contraire, ces arbres ne pourront jamais prétendre devenir des feuillus précieux et n’auront guère plus de valeur que du bois de chauffage. Gainage des jeunes plants par la végétation, éclaircie au bon moment, élagages, taillages des houppiers, sélection draconienne, la sylviculture des feuillus précieux relève du grand art. Et dans la forêt comme dans le champ du Laboureur de la fable de La Fontaine si " un trésor est caché dedans ", ce n’est que par un intense et régulier travail qu’il se révèle.
Bibliographie
Feuillus précieux
Conduite des plantations en ambiance forestière
Merisier, érable sycomore, frêne, chêne rouge d’Amérique
Groupe de réflexion inter-régional sur les feuillus précieux
Gérard Armand
Paris 1995. Institut pour le Développement Forestier
124 p
Le frêne en liberté
Henry Duflot
1995. Paris, Institut pour le Développement Forestier
194 p
Le merisier
Collection : les guide du sylviculteur
Deuxième édition
Bruno Boulet-Gercourt
1997, paris. Institut pour le Développement Forestier
130 p
Contact : [email protected]
http://www.foretpriveefrancaise.com
Autécologie des feuillus précieux :
frêne commun, merisier, érable sycomore,
érable plane
FRANC A. / RUCHAUD F.
1996, 170 p., FRE. Coll. Études du Cemagref, série Gestion
des territoires, n° 18
Cote : 96/0156. ISBN 2-85362-445-5
Prix : ¤ 26.68
Contact : [email protected]
http://www.cemagref.fr
François Delaunay
|
|
Vers d'autres sources
CRPF Champagne-Ardenne
6, place Sainte Croix
51000 CHALONS en CHAMPAGNE
Tél : 03 26 65 18 25
Fax : 03 26 65 47 30
Email : [email protected]
consulter 
A N C R P F
Association Nationale des Centres Régionaux
47, rue de Chaillot - 75116 PARIS
Tél. 01 47 20 68 15
Fax :01 47 23 49 20
e-mail :[email protected]
consulter 
Institut pour le développement forestier
23 avenue Bosquet - 75007 Paris
Tel : 01 56 69 52 00
E-mail : [email protected]
Nancy : [email protected]
consulter 
|