- 14 novembre 2002
1. EXPO.02 : Une autre façon de voir le développement durable
Un Suisse sur deux a visité lExpo.02. Émotion, humour et impertinence étaient les moyens utilisés pour faire réfléchir les visiteurs sur le développement durable et lavenir de la planète. Une démarche dintrospection collective réussie.
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L’expo 02 vient de fermer ses portes. Durant six mois, l’exposition nationale suisse aura ainsi entraîné la moitié des 7 millions d’habitants de la Confédération Helvétique à réfléchir sur la notion de développement durable. Avec 10,5 millions d’entrées payantes pour l’ensemble des 5 sites, ( de nombreux visiteurs sont venus plusieurs fois et ont visité plusieurs sites ) l’Expo 02 a connu un véritable succès populaire.
Après un démarrage en demi-teinte, il s’est amplifié à mesure que la date de la fermeture fixée au 20 octobre approchait. Près de 200 000 visiteurs se sont ainsi précipités le dernier jour. Devant les pavillons, les files d’attentes ont pris des proportions gigantesques. Dès le lendemain, les travaux de démontage étaient en cours. Toutes les infrastructures auront disparu avant la fin de l’année. Sur chacun des 5 sites, " les Arteplages " en langage local, la manifestation impressionnait par son ampleur. Sa réalisation aura coûté pas moins d’un milliard d’Euros .
Installés sur les rives des lacs du Plateau Suisse, les pavillons bénéficiaient d’un horizon dégagé qui mettait en valeur leur architecture originale dans un pays où, partout ailleurs, l’omniprésence de la montagne a tendance à écraser les édifices. Avec son immense passerelle qui traversait la reculée du lac, l’Arteplage de Bienne offrait un tableau où la modernité des lignes des structures de bois, de toile et de métal se mêlait au romantisme du paysage alpin.
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Mais les pavillons donnaient tout autant matière à penser qu’à voir. Chacun a été porté par une collectivité locale associée à des créateurs et des sponsors. Ces multiples expositions avaient pour finalité commune de susciter l’interrogation et la réflexion.
" Quel avenir préparons-nous pour la planète et l’humanité ? ", " Quelle responsabilité avons-nous chacun individuellement ? ", étaient des questions récurrentes. Mais l’expo 02 aura su les laisser ouvertes, sans chercher à imposer une vision toute faite.
Et pour susciter le questionnement, les Suisses n’ont pas leur pareil. Ils préfèrent manifestement l’impertinence et l’humour grinçant aux affirmations péremptoires. Ce qui leur permet dans la cinquantaine de pavillons qui composaient l’Expo.o2 de s’attaquer à tous les tabous avec autant d’efficacité que d‘élégance : " Quelle est la véritable valeur de l’argent ? ", se demandait-on par exemple à Bienne où la mise en scène d’une machine à détruire les billets ne manquait pas de piment au pays des banques. D’autant qu’elle était accompagnée d’un film racontant les exploits de deux richissimes Écossais qui, en 1994, ont brûlé pas moins d’un million de livres sterling de papier-monnaie dans leur chaudière …
Démonstration par l’absurde que la finance n’est que la face virtuelle de l’économie réelle et que les soubresauts boursiers qui monopolisent l’espace médiatique ne doivent pas faire oublier l’essentiel : l’humanité ne peut pas se passer de prélever et de transformer les ressources de la planète pour vivre.
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À Morat, dans une exposition qui présentait une vision apocalyptique de l’état de la Terre, les concepteurs ne reculaient pas devant l’outrance pour demander, entre autres, s’il ne faudrait pas " une dictature verte, la seule chose qui puisse encore nous sauver? ".
Et l'on pouvait se demander en sortant du pavillon, s’ils ne pensaient pas que la réponse était : oui… Leur vision était résolument pessimiste et angoissante avec ces troncs d’arbres couchés comme autant de cadavres de nature symbolisant un Jardin d’Eden disparu. La dureté de l’environnement métallique de ce pavillon donnait corps à leurs fantasmes de l’abominable avenir qui pourrait nous attendre. Seule touche optimiste décryptable de l’expo, une série de bancs en bois semblant dire que la seule voie possible résidait dans le dialogue et la concertation. Peut-être était-ce là le message essentiel de cette exposition ?
À quelques centaines de mètres, sur les rives du lac, un immense amas de troncs de sapins et d’épicéas abritait la vision cinématographique de la Terre observée depuis la station Mir. Le contraste entre la brutalité de cette construction et la sensibilité de l’hommage rendu par l’astronaute russe Sergeï Krikaler à la planète bleue offrait un vrai moment de poésie.
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" L’odeur de la Terre, c’est ce qui frappe en premier en revenant de l’espace ", livrait le cosmonaute à sa sortie de la capsule Soyouz.
Dans la caverne de bois, en respirant le parfum des sapins, le visiteur se surprenait à partager cette émotion universelle. Une simple bouffée d’air peut être le bien le plus précieux de chaque homme sur Terre.
À Neuchâtel, le Palais de l’Équilibre, immense double sphère construite en bois, était indéniablement le pavillon le plus symbolique de l’exposition.
Sa forme comme sa structure ne pouvaient mieux évoquer la planète vivante et la couche de l’atmosphère. En entrant, les visiteurs étaient accueillis par une boule lumineuse couverte de visages humains. Allégorie de la structure géophysique du globe et de son noyau central de feu, mais elle indiquait aussi que l’homme est au cœur du débat du développement durable.
Une approche humaniste qui se confirmait durant toute l’exposition. " 6 milliards 196 millions d’hommes se partagent la planète ! ", rappelait-elle d’entrée. Les concepteurs avaient choisi de mettre l’accent sur les inégalités qui déchirent l’humanité en télescopant les réalités du monde : " Un homme sur dix ne sait pas lire, un homme sur quinze a une voiture ", informaient-ils par exemple. Un parti pris qui se poursuivait par la présentation de la déclaration des droits de l’homme, comme s’il fallait rappeler que sans plus d’égalité entre les hommes, il n’y avait pas de salut pour le développement durable.
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Dans la partie supérieure, point de discours. Le spectacle d’une boule se couvrant d’images du globe terrestre et de la nature suffisait à susciter la contemplation et la réflexion. Le défilement des images sur la sphère, la beauté du spectacle ne pouvait que faire prendre conscience de la valeur de la Terre et de la responsabilité des Hommes.
Le parti pris de l’Expo.02 pouvait surprendre le visiteur français peu accoutumé à l’introspection collective. Et si le message de certaines expositions pouvait rester hermétique, l’impression d’ensemble est bien que le pari a été gagné : les Suisses se sont offerts un moment rare de réflexion collective.
Loin des discours culpabilisateurs et réducteurs qui ne génèrent bien souvent que crispations et avivent des antagonismes stériles, l’avantage du ton choisi par Expo.O2 , était de permettre à tous les visiteurs, quelle que soit leur place dans la chaîne des responsabilités des processus économiques qui gouvernent la planète, de faire leur part de chemin pour penser l’avenir autrement.
François Delaunay
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