- 21 novembre 2002
4. Dégâts de cervidés : observations floues et interprétations prudentes
Difficile dévaluer la situation de la faune et des dégâts quelle provoque sur la forêt. Plus difficile encore dentrevoir des moyens dy remédier. LObservatoire National des Dégâts des Cervidés dégage néanmoins quelques pistes encourageantes
Depuis la généralisation des plans de chasse en 1979, les chasseurs ont appris à limiter leurs prélèvements et les populations de cervidés se sont multipliées pour le plus grand bonheur des promeneurs et de tous les amoureux de la nature. Mais ce succès de la gestion de la faune présente aujourd’hui une rançon difficilement maîtrisable : un état de quasi surpopulation qui pose, dans de nombreux départements français, d’inquiétants problèmes de régénération pour la forêt.
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Impossible de connaître le nombre
de cervidés en France
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Y aurait-il plus de cervidés dans les forêts que les capacités d’accueil du milieu peut en tolérer. Tout le monde est à peu près d’accord pour constater l’évidence, même s’il existe aussi de très fortes disparités géographiques. Toutefois personne n’est en mesure d’apprécier de combien le seuil d’équilibre a été dépassé. Pourquoi ? Tout simplement parce que personne n’est en mesure d’avoir une idée à peu près précise du nombre de chevreuils, de cerfs qui vivent dans les forêts françaises.
" L’expérience nous montre que toutes les techniques des comptages en forêt sont inefficaces ", reconnaît Philippe Ballon, responsable pour le Cemagref de l’Observatoire National des Dégâts de Cervidés. Bref, autant dire que les gestionnaires de la faune sont dans le plus grand flou, un million ou deux millions de chevreuils, soixante ou cent mille cerfs ? Personne ne peut le dire. La fourchette des incertitudes scientifiques est extrêmement large.
Seule donnée certaine : le nombre de chevreuils et de cerfs tués chaque année. Il est en augmentation constante depuis plus de 20 ans. Le tableau des réalisations du plan de chasse des chevreuils a été multiplié par 6 et celui des cerfs par 4 et la progression va en s’accélérant depuis le début des années 90. Pourtant les forestiers constatent que les dégâts de gibiers sont de plus en plus fréquents. Bref, tout se passe comme si plus les chasseurs tuaient de cervidés, plus il y en avait. Un paradoxe bien étrange pour qui ne connaît pas le formidable dynamisme démographique des cervidés. " Une chevrette est fertile dès la deuxième année, elle vit une douzaine d’années et peut faire deux petits par portée ", informe Philippe Ballon… Bref, année après année une petite erreur d’appréciation de la population finit en se cumulant par faire une très grosse différence.
Une grande disparité de situations
Du coup, face au mécontentement des forestiers, les ministères de l’agriculture et de l’environnement ont lancé, en 1998, un observatoire des dégâts de cervidés en milieu forestier. Cinq départements ont été étudiés : Landes, Oise, Sarthe, Tarn et Vosges. L’Observatoire vient de rédiger une première version de son rapport. Il ressort avant toute chose de ce travail une très grande disparité de situations. Le rapport définit pas moins de six types de comportement des populations de la plus stable à la plus dynamique en passant par des comportements plus erratiques.
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Philippe Ballon
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Ainsi dans treize départements, le plan de chasse des cerfs a été multiplié par plus de 10. Pour les chevreuils il a été multiplié par plus de 50 dans 6 départements ! Disparité aussi selon les espèces. Si le chevreuil est en voie de stabilisation en Lorraine et dans le Massif-Central, le cerf y progresse rapidement. Inversement, le chevreuil est en augmentation constante en Champagne-Ardenne alors que le cerf y est devenu plus sage.
" Disparité au niveau national et aussi au niveau départemental ", prévient Philippe Ballon qui explique que les situations varient nettement en fonction des massifs forestiers.
Difficile dans ces conditions d’exprimer un bilan de la situation à l’échelle nationale. Toute réponse simpliste serait invariablement erronée.
L’étude aura néanmoins permis de tirer au clair certaines questions conflictuelles. La première étant le taux de réalisation du plan de chasse. Les forestiers accusaient les chasseurs de ne pas tuer autant que le plan leur demandait. Une critique qui pouvait se justifier durant les années 80 mais qui ne se vérifie plus semble-t-il dorénavant puisque que le taux de réalisation atteint plus de 91 % pour les chevreuils.
Une évaluation impossible
Autant dire que les gestionnaires ne peuvent réellement agir que sur un seul levier : le nombre d’attributions du plan de chasse, en d’autre terme le nombre d’animaux à tuer durant la saison.
Le rapport constate la quasi impossibilité de faire des évaluations satisfaisantes année après année. En effet, celles-ci sont basées sur un pourcentage de l’effectif estimé. Mais comme celui-ci est impossible à dénombrer avec précision, c’est toute la logique de la gestion de la faune qui est à revoir. " Le système de la gestion à priori montre ses limites ", confirme en effet Philippe Ballon. " A l’avenir, il vaudrait mieux se baser sur des indicateurs biologiques pour évaluer la dynamique des populations et adapter les plans de chasse en fonction . Autrement-dit, augmenter les prélèvements quand on observe que la population augmente, les réduire quand on observe que la population diminue ou se stabilise ", explique le spécialiste. Ce qui permettrait d’éviter de cumuler les erreurs année après année.
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Peser les animaux ?
Une solution envisagée.
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Une transformation qui nécessitera aussi de simplifier les procédures administratives d’attribution de plans de chasse. " Pour les cervidés, nous nous orientons vers des plans triannuels ", note Alain Auvet, responsable de la chasse au ministère de l’écologie et du développement durable, en précisant toutefois que cette formule n’est pas adaptée pour le petit gibier, beaucoup plus sujet aux variations annuelles.
Reste cependant à évaluer le dynamisme des populations ? " Nous avons plusieurs moyens dont le plus simple est de peser les animaux ", note Philippe Ballon. Si une population devient trop nombreuse, les animaux ont plus de difficultés à se nourrir et sont moins gros et aussi en moins bonne santé. " Nous enregistrons des différences d’au moins un kilo selon les situations pour les chevreuils ", explique Philippe Ballon.
Reste que cette méthode nécessitera un gros effort de la part des chasseurs : peser les animaux et communiquer des informations fiables. Une tâche qui pourrait satisfaire ceux qui œuvrent pour une plus grande responsabilisation des chasseurs. Reste à savoir si ce sérieux sera généralisable à la catégorie des chasseurs qui adoptent plus un comportement de consommateurs de loisirs que de gestionnaires de la Nature. Le défi mérite d’être relevé. Il en va, en effet, de la crédibilité de cette catégorie d’acteurs de la nature.
Contact :
M. Philippe BALLON
M. Jean-Pierre HAMARD
Cemagref - Domaine des Barres
45290 Nogent sur Vernisson
Tel : 02.38.95.03.30
[email protected]
Observatoire national des dégâts de cervidés
Synthèse nationale du fonctionnement du plan de chasse
Pascal Mesochina, Christophe Duchamp, Bernard Boisaubert, Daniel Maillard & François Klein
Office national de la chasse et de la faune sauvage
DER-CERNA Cervidés Sangliers
Bar-le-Duc
Office national de la chasse et de la Faune Sauvage
85 bis avenue de Wagram
BP 236
75822 Paris Cedex 17
Tel : 01 44 15 17 17
Fax : 01 47 63 79 13
http://www.oncfs.gouv.fr/
À lire dans Forêt Wallonne n°60 de septembre/octobre 2002
Les dégâts d’écorcement : Proposition d’une méthode d’inventaire des dégâts frais de cervidés applicable en région wallonne.
Philippe Lejeune, Hubert Rothedt, Vincent Verrue.
Contact :
Unité de gestion et d’économie forestière. Faculté universitaire des sciences agronomiques de Gembloux. Passage des déportés
2, B-5030 Gembloux
mail : [email protected]
http://www.fsagx.ac.be/gf
FORET WALLONNE
Place Croix du Sud
2- B 9
1348 Louvain-la-Neuve
mail : foret [email protected]
François Delaunay
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