- 30 octobre 2001
1. La châtaigne, au cur du parc !
En 1993, à loccasion des rencontres triennales de la forêt méditerranéenne " Foresterranée ", le géographe Pierre Derioz dressait un tableau assez sombre de létat de la châtaigneraie traditionnelle du sud du Massif Central.
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©Y. Jerilhac/PNR
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Réservé quant à l’avenir de cette culture en Languedoc-Roussillon, ce jeune universitaire de terrain n’envisageait alors que des mesures de sauvegarde limitées à " quelques sites "témoins" particulièrement remarquables." Au mieux, " 300 à 400 hectares…" sur l’ensemble de cette région. Et surtout dans un but paysager.
Le destin de la castanéïculture cévenole semblait alors scellé. Pour se maintenir voire se développer, la châtaigneraie vivrière devait "abandonner les pentes (…) au profit des nouveaux vergers intensifs de fonds de vallée." C’était sans compter avec la détermination des castanéïculteurs ardéchois…
Et leur attachement aux variétés traditionnelles cultivées sur les versants orientaux du Massif Central. Vouée à l’abandon au sud, la "castagne" avait déjà pris le maquis à l’est.
À la même époque, en effet, les producteurs du premier département castanéïcole s’engagent dans un ambitieux projet de reconquête des espaces et des marchés. En 1997, Les Vans, petite ville de la Cévenne méridionale accueille les Assises nationales de la châtaigneraie. La Chambre d’agriculture et le Syndicat des producteurs de châtaignes et marrons de l’Ardèche officialisent leur projet de construire une filière agro-alimentaire en liaison directe avec le développement du territoire. À terme, ils envisagent la création d’une Appellation d’Origine Contrôlée pour les châtaignes du crû, menacées par la domination du " marron ".
Parallèlement, une association œuvrait à la création d’un Parc Naturel Régional où cette activité devait jouer un rôle central. Et pour cause ! "Avec ses 10000 hectares dont 6000 hectares en culture, le châtaignier reste la troisième essence de feuillus du département ", rappelle Jean-Charles Fournon, chargé de mission du nouveau Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche, créé le 9 avril 2001.
Dernier né des PNR, le Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche s’est fixé comme objectif prioritaire le maintien de l’agriculture extensive, la sauvegarde de la biodiversité et de toutes les activités susceptibles de maintenir les populations.
À ce projet ambitieux, l’Europe a apporté son concours. Le programme Leader 2, initié par la Commission européenne a permis d’investir près de 20 millions sur ce territoire rural fragile. En outre, pour sa première année, le Parc a engagé 24 nouvelles opérations pour un montant de 3,4 millions de francs.
Arbre emblématique du Parc, le châtaignier est l’élément fédérateur de ses territoires. Depuis Les Boutières, autour de la vallée de l’Eyrieux au nord jusqu’à la Cévenne méridionale au sud, en passant par les collines arrondies du plateau de Vernoux et les vallées profondes de la Haute-Cévenne, la restauration ou l’entretien de la châtaigneraie et de ses canaux d’irrigation si caractéristiques, les béalières, figure partout comme une priorité.
Comme la châtaigneraie à laquelle elle est traditionnellement associée, la valorisation de la myrtilleraie représente également un enjeu économique important. "Il s’agit là encore de faire de ces activités, des cultures à part entière " rappelle Jean-Charles Fournon "pour lutter contre la fermeture naturelle de ces milieux fragiles, synonyme d’abandon."
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© Y. Jerilhac / PNR
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Mais le volet " purement " forestier n’est pas négligé pour autant. La création d’une réserve biologique domaniale a été engagée avec l’Office National des Forêts. Et le Centre Régional de la Propriété Forestière mène une opération pilote de gestion différenciée d’une forêt de Douglas, aux Nonières, dans la vallée de l’Eyrieux où, par ailleurs, le Parc entend promouvoir la vocation forestière du châtaignier. Autant de démarches qui préfigurent les chartes forestières du territoire prévues dans la récente loi d’orientation forestière.
Point d’orgue à ce programme, le développement du tourisme nourrit de nombreuses ambitions. Des pôles d’accueil touristiques ont déjà été ouverts par le Parc. C’est le cas pour la Maison du châtaignier à Saint-Pierreville et le Musée de la châtaigne à Joyeuse. D’autres projets sont en cours comme l’aménagement d’un site volcanique en espace pédagogique, des animations culturelles, la valorisation du patrimoine huguenot, la réalisation des sentiers de randonnée et d’une table d’interprétation des paysages… Décidément, la châtaigne a ouvert de nouveaux horizons.
Gilles Vilain
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