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  - 12 novembre 2001

2. La prudence des scientifiques

Depuis une quinzaine d’année, le rôle de la forêt dans le cycle du carbone fait l’objet de nombreux programmes d’études au niveau national et international.

À mesure que la perspective de bouleversements climatiques liés à l’effet de serre se faisait plus évidente, la connaissance des écosystèmes forestiers est devenue une priorité de la recherche avant de devenir un enjeu diplomatique.

Photo
©blvdr

Globalement, le cycle du carbone est maintenant bien établi grâce à l’analyse fine et à la modélisation des flux. On sait que la biosphère terrestre constitue un réservoir de carbone important, extrêmement mobile, de l’ordre de 2 Gt (gigatonne ou milliard de tonnes). La part des forêts, en revanche, est plus difficile à mesurer. Considérable à l’échelle planétaire, elle apparaît très variable suivant les écosystèmes forestiers.

Une plus grande capacité
de stockage en zones tempérées

C’est sans doute en zone tempérée que la capacité de stockage des forêts offre le plus de marge de manœuvre pour limiter la diffusion atmosphérique du CO2. Cela tient à deux facteurs.
Le premier est l’extension des surfaces forestières qui, en fin de cycle, conduit à une immobilisation de carbone sous forme de bois récolté et transformé. Le second est la stimulation de la photosynthèse et de la croissance naturelle liées précisément à l’augmentation de CO2 disponible dans l’atmosphère. À cet égard, la forêt Française apparaît comme l’une des plus prolifiques puisque sa biomasse s’accroît de 85 millions de m3 chaque année.

Un bilan médiocre en forêts tropicales humides

En revanche, les forêts tropicales humides présentent un bilan carboné médiocre voire quasiment nul. En effet, elles constituent une réserve de carbone considérable dont les perspectives d’accroissement sont réduites. En Amazonie, par exemple, l’oxydation liée à la décomposition des végétaux détruit presque toute la biomasse produite par photosynthèse. Plus grave, la déforestation en détruisant ce précieux capital, déséquilibre fortement le cycle du carbone.

Quant aux forêts boréales, leur potentiel de stockage en biomasse, par nature faible - 250 tonnes à l’hectare en moyenne - et leur croissance naturelle lente - entre 2 à 7 tonnes par an à l’hectare - limite les perspectives de l’intervention humaine sur le plan climatique. On peut cependant mettre à leur crédit leur surface de 1,2 milliards d’hectares - la plus étendue du globe - et leur rôle majeur dans la production de bois d’œuvre et donc de stockage durable de carbone.

Photo
©Blvdr

Des prévisions difficiles

Dans l’état actuel des connais- sances, il est difficile d’évaluer précisément les séquestrations. Mais l’affaire se complique dès qu’on se risque à la prévision. En effet, l’impact de l’augmentation du C02 atmosphérique se fait déjà sentir sur la dynamique des peuplements forestiers.
Ainsi, les recherches en laboratoire menées à l’INRA ont-elles mis en évidence ses effets physiologiques sur la croissance des végétaux ligneux ; d’une part la stimulation de la photosynthèse et d’autre part la diminution des flux lors de la transpiration (de vapeur d’eau) et lors de l’assimilation du CO2 au niveau des feuilles. Reste à comprendre les incidences de tels phénomènes sur la dynamique des peuplements pour adapter, le cas échéant, les pratiques sylvicoles.

Les forêts d'Alaska gagnent du terrain

Un autre exemple de l’impact sur les écosystèmes forestiers est fourni par les conclusions de trois études sur les forêts d’Alaska publiées dans la revue Nature. Sur la foi de relevés photographiques, les chercheurs affirment qu’elles ne cessent de gagner du terrain sur la toundra depuis 50 ans.
C’est la preuve du changement climatique en cours qui n’est pas sans conséquences sur l’évolution de la forêt à l’échelle globale. L’extension des surfaces forestières augmente les capacités de stockage de carbone. Doit-on s’en réjouir ? Pas sûr ! Car, selon les observateurs, elle pourrait aussi, à terme, provoquer un réchauffement des sols et une stimulation de la vie organique génératrice de gaz carbonique.

1) Matthew Sturm et Charles Racine du laboratoire de l'US Army et Kenneth Tape de l'université d'Alaska.

(2) Ram Oren et al., Nature du 24 mai.

(3) William Schlesinger et John Lichter, Nature du 24 mai.





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