- 12 novembre 2001
3. " Puits de carbone " un éclairage venu den haut
La question des puits de carbone a parfois la fâcheuse tendance à ressembler à un trou noir.
Quelques jours avant de partir à Marrakech, Laurence Tubiana, la conseillère de Lionel Jospin pour l’environnement et Arthur Riedacker, spécialiste international des puits de carbone à la mission interministérielle de l’effet de serre (MISE) , apportent un éclairage indispensable.
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Laurence Tubiana
© Blvdr
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Une question complexe
" La question des puits de carbone est légitime. Leur prise en compte est inscrite en toutes lettres dans le protocole de Kyoto à l’article 3.3 ", rappelle tout d’abord la conseillère du premier ministre à ceux qui se souviennent des épisodes de La Haye, en novembre 2000 et du revirement qui s’en est suivi quelques mois plus tard à Bonn (voir écran 2). " Le problème, c’est que le texte est très imprécis ", constate Arthur Riedacker qui dirige depuis plus de 20 ans des études à l’INRA sur le cycle du carbone dans les milieux forestiers et qui est bien placé pour savoir à quel point la question est complexe et mérite d'être abordée sereinement.
Bref, à La Haye, on pouvait craindre que la question soit prématurée. D’autant que la principale solution pour agir n’est pas là. " La consommation d’énergie fossile contribue à 80 % aux émissions de gaz à effet de serre ", rappelle tout d’abord Arthur Riedacker pour remettre les choses tout à fait à leur place. " Comme de plus, les pays industrialisés, qui sont les premiers à devoir agir, ne sont pas concernés par la déforestation ( 20 % de l’augmentation des émissions de gaz carbonique), la position des européens de s’attaquer en premier à la réduction de la consommation d’énergie semblait tomber sous le sens", juge l’agronome.
Un équilibre fragile
C’était sans compter avec les USA, le Japon, le Canada et la Nouvelle-Zélande. Ces pays regroupés sous le nom du groupe Umbrella, n’entendaient pas demeurer attentistes sur le sujet. En effet, comme ils ont une efficacité énergétique moins bonne que la plupart des pays européens, les efforts qu’ils devront consentir seront bien plus importants pour atteindre l’objectif de Kyoto : " revenir au niveau d’émission de 1990 ". Du coup, ils cherchent des moyens indolores pour rentrer dans le cadre des engagements. " À Bonn, nous avons fait des concessions car il est vrai que les objectifs de Kyoto peuvent paraître irréalistes pour les USA ", admet, compréhensive, Laurence Tubiana, par ailleurs directrice de recherche au CNRS spécialiste des questions agricoles et énergétiques. L’équilibre du Protocole de Kyoto est si fragile qu’il ne supporterait pas le moindre surplace.
La forêt n'est pas un puit de carbone
Reste qu’il va falloir mettre en œuvre des mécanismes de comptabilité fiables. " Cela va être extrêmement compliqué ", prévient Arthur Riedacker qui regrette déjà la confusion que le terme de " puits de carbone " a générée. " Les gens s’imaginent que c’est la forêt qui est le puits de carbone, alors qu’en réalité ce terme ne s’applique qu’à l’augmentation du stock de biomasse ", explique-t-il en rappelant qu’une tonne de biomasse est à peu près égale à 0,5 tonne de CO2. " C’est un peu comme si sur votre relevé de compte en banque vous confondiez votre solde avec la colonne des crédits ".
Ne plus couper d'arbre est mauvais pour l'effet de serre
Autre confusion possible, cela pourrait laisser penser qu’il ne faut plus couper de bois. " Mais si on ne coupe plus d’arbres, c’est très mauvais pour l’effet de serre ", professe le spécialiste des puits de carbone. " Si on utilise moins de bois, on utilisera d’autres matériaux comme l’acier ou le béton qui sont tous de gros consommateurs d’énergie et donc des producteurs de CO2 ".
Bref, il y aura des colonnes crédits mais aussi des colonnes dépenses et " il faudra que tout cela soit fiable", constate-t-il. Quand on sait que la FAO vient à peine d’harmoniser son mode de calcul des surfaces forestières, on devine qu'établir les bilans de l’accroissement du "poids" des forêts ne sera pas une simple formalité.
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Arthur Riedacker
© Blvdr
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" Ce n’est pas l’objet de la conférence de Marrakech. Cette question ne sera pas abordée avant la 8 ème ou 9 ème conférence ", précise le spécialiste. "
Au Maroc, il va d’abord déjà falloir clarifier le débat des LULUCF, pour Land Use, Land-Use Change and Forestry. L’enjeu est loin d’être sémantique.
En fait il s’agit de savoir si l’on doit comptabiliser les puits de carbone naturel ( accroissement spontané des surfaces forestières) ou uniquement, comme c’est aujourd’hui écrit dans le protocole de Kyoto, les puits de carbone issus d’action volontaire de l’homme. " Ce qui ne serait pas forcément bon pour la biodiversité ", note avec malice Arthur Riedacker…
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