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ARTICLE N°1190 - 11 avril 2002

" Acheter des bois tropicaux, c’est aider l’Afrique "

Henri Djombo, président de l’Organisation Africaine du Bois fait entendre la voix de l’Afrique dans le débat sur la conservation des forêts denses humides. Une position trop souvent ignorée par les médias.

Photo
Henri Djombo,
Président de l'OAB

En visite à Paris, Henri Djombo, le président de l’Organisation Africaine du Bois et ministre de l’économie forestière du Congo, s’est vivement élevé, le 27 mars, contre les menaces larvées de boycottt qui pèsent aujourd’hui sur les importations de bois tropicaux.
" L’interdiction arbitraire de la coupe de bois peut créer un drame beaucoup plus important sur les populations et l’environnement que l’exploitation actuelle de forêts ", dénonçait le ministre en estimant que ce boycott aurait des effets pervers et contre-productif pour la sauvegarde de la forêt tropicale humide.
" Il accroîtrait la pauvreté et développerait par conséquent les phénomènes de coupes frauduleuses de bois, de braconnage, de trafics illicites de produits ", lançait-il à l’adresse des consommateurs européens en soulignant l’importance vitale pour l’économie et les populations africaines de l’exploitation forestière.
" En 1999, les pays membres de l’OAB ont exporté pour une valeur globale de 1,3 milliards de dollars, ce qui représente entre 3 et 6 % du PIB. La filière bois emploit près d’un million de travailleurs ", expliquait-il en reconnaissant toutefois qu’il était indispensable de poursuivre les efforts engagés pour le développement d’une gestion durable des forêts denses humides d’Afrique.

La gestion forestière durable est en marche en Afrique

Sur ce point, le Président de l’OAB a tenu à faire connaître les avancées effectuées durant les dernières années. " La plupart des pays Africains se sont dotés de nouvelles lois forestières permettant de créer les conditions d’une meilleure gestion ", expliquait le ministre congolais. Cependant, dans un premier temps, ce bouleversement du cadre législatif a pu semer la confusion.
Au Cameroun notamment, il s’est accompagné d’une période transitoire et de carences réglementaires où, faute de pouvoir être autorisée, toute coupe de bois, même celles effectuées dans des conditions normales et habituelles, ont été assimilées à des coupes illégales. Ce qui peut en partie expliquer le caractère alarmiste et discutable des informations diffusées en Europe à ce sujet.
Le Président de l’OAB a également profité de l’occasion pour faire quelques mises au point. Notamment en affirmant que la forêt africaine n’est pas menacée par le phénomène de la déforestation " Il n’y a pas de recul des surfaces forestières dans cette zone contrairement à ce qui peut se passer dans d’autres région du monde ", expliquait-il.

Henri Djombo tenait toutefois à expliquer que les forêts africaines étaient engagées sur la voie de la gestion durable. " Des plans d’aménagements sont déjà établis et de bien plus nombreux sont en préparation ", annonçait-il, en précisant que " l’aménagement durable des forêts repose sur le principe d’une exploitation par rotation qui garantit la reproduction de la ressource forestière et la conservation de la diversité biologique ".
En République du Congo, cet aménagement concerne des concessions forestières couvrant entre 200 000 et 1 million d’hectares avec des rotations de coupe comprises entre 20 et 40 ans pour une intensité de prélèvement ne dépassant pas deux arbres par hectares sur 300 à 400 arbres disponibles. Le développement de ces nouveaux modes de gestion devrait déboucher, dans un proche avenir, sur la création d’une certification panafricaine de la gestion durable des forêts africaines à laquelle travaille le CIFOR (Centre de recherche forestière internationale).

Conservation et développement économique vont de pair

Dans le même temps, les pays forestiers africains, en collaboration avec les instances internationales et des ONG telles que le WWF, l’UICN, WRI, WCS, CI, CARPE, ont entrepris un vaste programme de création et d’aménagement d’aires protégées couvrant environ 24,5 millions d’hectares. Ainsi avec l’appui de l’Union Européenne, un programme sous-régional de conservation et d’utilisation durable des écosystèmes forestiers, concernant six aires protégées d’une superficie totale de 2,5 millions d’hectares, est mis en œuvre depuis le début des années 90 en Afrique Centrale.

Henri Djombo a toutefois tenu à souligner les difficultés rencontrées par les administrations africaines. " Au Congo, nous n’avons que 300 agents forestiers alors qu’il nous en faudrait 2000 ", notait le ministre en soulignant que les politiques de restrictions budgétaires imposées par le FMI, interdisaient d’embaucher de nouveaux fonctionnaires.
Bref, la politique de conservation des forêts primaires est indéniablement liée à celle du développement économique.
Cette mise au point du président de l’OAB n’est naturellement pas sans rapport avec la campagne menée par Greenpeace le mois dernier dans le port de Sète. La médiatisation de cette opération de dénonciation concernant la situation particulière du Libéria a en effet jeté la confusion et l’opprobre sur l’ensemble des bois tropicaux. " Des Landers Allemands, par exemple ont interdit l’utilisation des bois tropicaux dans leurs programmes de construction ", regrettait le ministre congolais de la forêt.

À l’issue de la conférence, Ludovic Frère de Greenpeace se défendait toutefois d’avoir lancé un mot d’ordre de boycott.
" Notre position n’est pas le boycott des bois tropicaux, mais seulement l’interdiction de l’exploitation des forêts anciennes ", précisait-il. Une distinction qui malheureusement n’apparaît pas toujours aussi clairement dans les communiqués de l’ONG et qui surtout n’est pas toujours comprise comme telle par les médias et l’opinion.
C’est qu’il y a aujourd’hui en Afrique deux dossiers forestiers qui doivent être clairement distingués : la gestion durable des forêts d’exploitation et la politique de conservation des derniers sanctuaires de forêts primaires. Le sujet est suffisamment complexe pour que la confusion ne soit pas délibérément entretenue.

François Delaunay


Avec bois-foret

La meilleure protection des forêts intertropicales est leur valorisation économique
Un entretien avec Jean-Jacques Landrot , Secrétaire Général de l’Interafrican Forest Industries Association
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Les enjeux des forêts tropicales sur la scène internationale
Un entretien avec Marie-Claude SMOUTS, Spécialiste de la politique internationale, directrice de recherche au CNRS et enseignante à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.
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Forêts intertropicales : destins croisés
Un dossier de BFI sur les forêts tropicales aux prises avec la déforestation mais dont la valorisation est indispensable
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Vers d'autres sources

CIFOR Centre de recherche forestière internationale
Basé à Jakarta en Indonésie il regroupe coordonne le travail de centaines de chercheurs dans le monde. Il édite une lettre CIFOR news en français, Espagnol et Anglais.
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