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N° 1364 - - 15 juillet 2002
La forêt au Sommet de la Terre
Avec le programme daction " Bassin du Congo" auquel participe la France, la forêt pourrait bénéficier dune expérience pilote de grande ampleur conciliant protection de la biodiversité et développement
Les acteurs français pour le sommet du développement durable se sont réunis durant deux jours à Rennes les 1e et 2 juillet. Les travaux ont été ouverts par le premier ministre Jean-Pierre Raffarin et salués par la présence de trois membres du gouvernement : Roselyne Bachelot, ministre de l’Écologie et du développement durable, Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche et aux nouvelles technologies et Tokia Saïfi, secrétaire d’état au Développement durable.
Vers des relations Nord-Sud plus constructives
Les trois cents acteurs ont présenté une multitude de propositions d’actions pratiques et concrètes. Ces propositions françaises seront présentées début septembre à Johannesburg lors du Sommet de la terre, dix ans après le premier Sommet du développement durable de Rio.
Dénommées actions de type 2, par opposition aux grandes conventions internationales appelées action de type 1 (accord de Kyoto, par exemple, concernant la limitation de l’effet de serre), l’élaboration de cette boîte à outils mondiale doit impulser une nouvelle dynamique au développement durable de la planète.
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Sa fonction est aussi d’éviter que la communauté internationale ne s’enlise dans le surplace, comme pourrait l’y condamner de nombreux points de blocage (refus des USA, notamment, de signer le protocole de Kyoto).
Cette nouvelle stratégie apparaît comme une issue de secours pour le sommet de Joburg. En effet, les travaux préparatoires du Sommet de la Terre démontrent déjà que la communauté internationale aura beaucoup de difficultés à parler d’une seule voix en Afrique du Sud. Il est peu probable qu’elle puisse adopter des grandes orientations qui dépassent les simples déclarations d’intention.
C’est que dix ans après Rio, le développement durable apparaît de plus en plus comme un concept à géométrie variable. Les intérêts des nations sont divers et parfois contradictoires, les priorités du développement durable ne sont pas identiques dans les pays du Nord et dans les pays du Sud. En l’état, les difficultés paraissent insurmontables.
C’est dans ce contexte que les pays ont préparé une batterie de propositions d’action. La règle du jeu est qu’elles soient concrètes et qu’elles soient portées par plusieurs partenaires de différentes nationalités.
Cette session rennaise organisée par le comité français pour le Sommet mondial du développement durable aura donc parachevé l’énorme travail mené en France par des centaines d’acteurs, associant autour d’une même ambition des représentants de l’Etat, des collectivités locales, des ONG, des organismes internationaux, des entreprises et des représentants du monde du travail, syndicats et associations professionnelles.
Douze groupes de travail ont été définis dont les thèmes sont :
eau, énergie, santé, agriculture et sécurité alimentaire, villes et autorités locales, coopération internationale, commerce éthique et équitable, inégalités sociales et écologiques, garanties d’accès aux services essentiels, partenariats et financements public/privés, responsabilités sociales et environnement des entreprises, contribution des milieux de la recherche.
Toutes ces propositions sont consultables sur le site de la ville de Rennes www.villes-rennes.fr. Elles seront regroupées dans un livre blanc édité à la fin du mois de juillet. Éloignées des stériles polémiques, les sessions de travail auront eu le mérite de montrer que des acteurs venus d’horizons radicalement différents peuvent mettre leur bonne volonté en commun. Les propositions françaises mettent l’accent sur le transfert de compétence entre le Nord et le Sud en évitant la reproduction de modèles prédéfinis.
Un plan d’action pour la forêt du Congo
Initialement, la forêt et le commerce des bois tropicaux avaient été abordés dans le cadre du groupe de travail "commerce équitable". Sous l’insistance d’ONG environnementales qui insistent, ce qui n’est pas infondé, sur "la responsabilité particulière de la France" en la matière, un treizième groupe de travail a pris le train en marche. Il devrait donner plus d’ambition à la proposition d’action de la France.
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Ce groupe de travail, piloté par le ministère des affaires étrangères a présenté ses propositions. La démarche consiste à s’associer au programme d’action "Gestion et conservation des forêts du bassin du Congo", porté par l’Afrique du Sud.
Ce programme d’action réunit 5 pays du bassin du Congo (Cameroun, République Centrafricaine, Gabon, République du Congo, République Démocratique du Congo -ex Zaïre-) et quatre autres nations : Afrique du Sud, Etats-Unis, France, Allemagne.
Il associe des ONGE internationales -WWF, Wildlife Conservation Society, Global Forest Watch- , des organisations professionnelles du commerce du bois, -Association Techniques Internationale des Bois Tropicaux (ATIBT), Interafrican Forest Industries Association (IFIA)-, des organismes internationaux -Banque Mondiale, Organisation Internationale des Bois Tropicaux (OTIBT)- . L’union européenne et le Japon y sont également associés.
Les État-Unis ont déjà annoncé qu’ils apporteraient une dotation de 50 millions de dollars sur 5 ans et pourrait à ce titre, piloter le comité de suivi.
Le programme d’action qui se déroulera sur 5 ans définit 5 thèmes prioritaires :
1) Suivi et évaluation des écosystèmes forestiers. C’est à dire :
- Constitution de bases d’informations géographiques (cartographies détaillées) indispensables pour assurer le suivi des activités forestières dans le but de moraliser et de rationaliser les pratiques.
- Amélioration des connaissances écologiques avec l’établissement ou le renforcement de placettes permanentes de suivi dans les forêts exploitées. Ce qui permettra de définir l’équilibre optimum entre rendement économique et maintien de la biodiversité.
2) Renforcement et création d’aires forestières protégées :
- Créer et sécuriser un réseau régional d’aires forestières protégées
- Meilleure prise en compte de la biodiversité biologique dans les forêts exploitées
- Favoriser la création d’aires protégées transfrontalières. Le principe d’une zone de 5 millions d’ha est d’ores et déjà acquis sur les bases de la déclaration de Yaoundé.
3) Renforcement de la formation et de la compétence des forestiers locaux
- Formation des techniciens et ouvriers aux techniques d’exploitation à faible impact,
- Amélioration des rendements des scieries et des industries de manière à limiter la proportion de bois coupé non valorisé.
- Formation des agents de l’administration forestière et des douanes
- Formation et sensibilisation des populations locales
4) Gestion participative, agroforesterie
- Promotion de la foresterie communautaire
- Faciliter la participation des populations locales à la gestion des ressources naturelles forestières ;
- Association des populations locales aux politiques de conservation
5 Établissement de marché pour les services environnementaux offerts par la forêt
- Valorisation économique de la diversité biologique
- Accroissement des revenus pour les populations locales
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Ce programme d’action présente l’avantage de s’inscrire dans une logique de continuité avec les actions déjà engagées depuis une décennie dans le bassin du Congo où les bases d’une amélioration de l’exploitation forestière ont été posées : nouvelles réglementations nationales, développement des plans d’aménagement. Reste qu’il faudra, comme toujours, transformer les intentions en réalité. Les moyens financiers promis par les USA devraient y contribuer. La France pour sa part, apportera essentiellement une contribution en moyens humains et en savoir-faire grâce à ses nombreux organismes (IRD, CIRAD) intervenants et à l’expérience des professionnels. Bien évidemment, tout ceci nécessitera une évaluation pour mesurer la réalité des progrès. On aurait pu attendre que les ONGE françaises s’engagent sur cette voie, en mettant à contribution leurs relais africains sur le terrain. Elles semblent
ONGE et forestiers : Peut-on en finir avec le dialogue de sourds ?
La présentation du programme d’action à Rennes aura en effet laissé les auditeurs dubitatifs. La maturité des débats qui transparaissaient dans les autres groupes de travail, semblait bien absente ici. Les antennes françaises des ONG environnementales internationales (Greenpeace et Amis de la Terre) ont en effet choisi d’adopter un discours de dénonciation sans nuances du commerce international des bois tropicaux.
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Elles stigmatisent les forestiers comme les principaux responsables de la déforestation. Une position qui ne rend guère possible l’instauration d’un dialogue constructif. Tout en reconnaissant la nécessité d’améliorer les pratiques, voir interview de Jean-Jacques Landrot, les forestiers ont expliqué que la réalité de l’exploitation forestière en Afrique était très éloignée des clichés médiatisés en France (Voir entretien Jacques Valeix). Les professionnels ont également expliqué qu’ils étaient engagés collectivement, depuis une décennie, dans des programmes internationaux concernant la conservation de vastes surfaces de forêts anciennes (processus de Yaoundé) et qu’ils œuvraient à la généralisation de gestion durable des forêts par la mise en place de plans d’aménagement forestiers.
Les professionnels du bois ont toutefois réitéré aux ONGE leur proposition de travailler en commun sur le terrain comme ils le font déjà avec d’autres ONGE internationale. Une invitation qui a été repoussée. Les ONGE expliquant même qu’elles étaient opposées à toutes actions de type 2, tant qu’une convention internationales ne protègerait pas les forêts tropicales. Mais celle-ci se heurte aux positions de grands pays forestiers : Brésil, Malaisie et aussi Canada qui n’acceptent pas, ce qui peut se comprendre, d’être dessaisis d’un patrimoine qu’ils estiment être le leur (voir Interview Smouts Interview Smouts). Dans l’attente, certaines ONGE demandent un moratoire sur l’exploitation forestière, sans se préoccuper, un seul instant, des conséquences économiques pour les pays africains (cf article Djombo). Dans un tel contexte, la proposition française risque fort de se limiter aux contributions gouvernementales et à celles des milieux professionnels et des scientifiques. Les ONGE françaises semblent vouloir prendre le risque de se mettre en marge du programme d’action en faveur du bassin du Congo.
www.villes-rennes.fr
Contact :
Patrick Falcone Chargé de mission " forêt " Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement Bureau de la Gestion des Ressources Naturelles et de l’Environnement
20, rue Monsieur
75700 Paris 07 Sp
Patrick.falconidé@diplomatie.gouv.fr
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