- 29 octobre 2002
2. Les champignons français dans la tourmente ?
Produit de luxe, le champignon français apporte des revenus non négligeables dans les campagnes. Reste que les entreprises de cueillette doivent lutter contre la concurrence étrangère et jongler avec les aléas des cieux.
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Jean-Louis Meyer
© Blvdr
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Pape du champignon, Jean Louis Meyer est une des figures de Rungis. Né à quelques kilomètres du Min, alors que le ventre de Paris occupait encore la capitale, il a fait ses débuts dans le champignon de couches. De producteur, il est devenu distributeur et s'est lancé dans le champignon sylvestre. À Rungis, Meyer Champi occupe aujourd'hui six portes, au centre desquelles trônent des centaines de cagettes de cèpes, morilles et chanterelles, made in France essentiellement. Ils viennent directement de sociétés collectrices installées dans toutes les régions de France.
Et en tant que président du syndicat des sociétés collectrices et expéditrices de champignons sylvestres, Jean Louis Meyer défend becs et ongles ce mode de "production" original. " La cueillette du champignon est une tradition ancestrale, que l'on pratique de père en fils. Et pour les régions défavorisées c'est une manne financière qui tombe du ciel " assène-t-il. " Certains attendent la saison du champignon pour changer la machine à laver ou acheter les jouets de Noël pour les enfants. Et une mauvaise année pour les cèpes, cela signifie aussi une mauvaise année pour les vendeurs d'électroménagers de la région ".
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Des cèpes cueillis dans les
forêts fançaises © Blvdr
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Ce marché " informel " n'est donc pas anodin. Dans certaines régions, on peut récolter 600 tonnes de cèpes en une saison. " Les cueilleurs, les très bonnes années, peuvent même gagner de 40 à 50 000 francs " selon Olivier Bianchi responsable de Champicreuse, une société collectrice de la Creuse. Pour le seul mois de Septembre, Mondiacèpes a quant à elle distribué 1,5 million d’euros aux cueilleurs des environs. Il est vrai que le massif central est la seule région cette année qui ait bénéficié d’une récolte exceptionnelle.
En revanche, pour Guy Belin, directeur de la Forestière du Champignon " le cueilleur de champignon qui fait fortune, c'est du pur fantasme ". Installée dans les Vosges à Golbey près d'Epinal, cette entreprise de collecte compte en saison une quarantaine de salariés. La moitié sur la plate-forme où sont triés conditionnés et expédiés tous les arrivages, l'autre dans la vingtaine de dépôts installés dans les villages alentour chez des particuliers chargés de récupérer et trier les paniers des ramasseurs. Pieds de moutons, lactaires, trompettes de la mort, girolles ou cèpes, le panier pèse de 1 à quelques dizaines de kilos et il est payé suivant le cours du jour.
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© Blvdr
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Depuis 15 ans dans le champignon, Guy Belin s'est forgé un moral d'acier. Bien obligé, le commerce du champignon est pris en étau entre les aléas de la production et ceux du marché. " Il y a quelques années, le champignon français a failli disparaître avec l'accident de Tchernobyl. Il a fallu se battre. Encore aujourd'hui, des prélèvements sont effectués très régulièrement ". Puis l'ouverture du marché mondial. " Nous ne pouvons pas concurrencer les prix de l’Est. Heureusement l'image du champignon français a encore de la valeur auprès de la ménagère et dans les pays étrangers comme l'Allemagne ou la Suisse dans lesquels nous exportons 30 à 40 % de notre production. Pour le marché français, notre proximité nous donne aussi un atout en termes de fraîcheur, fondamental pour le champignon ".
Ajoutons à cela la tempête, puis le 11 septembre, " quand la grande restauration ne marche pas, nous en subissons le contrecoup " et par-dessus tout cela, les caprices du temps qui comme cette année, n'ont guère été favorables aux champignons. La collecte du champignon sylvestre n'a rien d’un long fleuve tranquille Malgré cela, la Forestière du champignon marche toute l'année, en assurant la récolte d'autres produits forestiers comme la myrtille ou l'asperge sauvage " Ornithogale" .
Une mystérieuse raréfaction.
Info ou Intox ? Les acteurs de la filière-champignons forestiers, malgré leur diversité et leurs querelles, sont pratiquement tous unanimes pour déplorer la raréfaction des champignons dans les forêts françaises. " Depuis 2 ans, les récoltes ont diminué de 80 % " estime Olivier Bianchi, de Champicreuse qui mise tout, désormais, sur ses cultures de pleurote. La situation semble telle que " la France risque dans les 10 ans, de vivre la même situation que l’Italie " estime Dominique Uzaï " un pays autrefois grand producteur qui, aujourd'hui, n‘a plus rien ".
Un constat livré à brûle pourpoint dont les causes restent malheureusement mystérieuses. Certains invoquent la pollution, la tempête ou les boisements de conifères. Reste que pour le moment, les mycologues scientifiques n’ont pas, à notre connaissance, tiré la sonnette d’alarme. Mais la question est trop importante pour ne pas mériter de réponse.
Des cartes pour réconcilier propriétaires forestiers et cueilleurs
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© Blvdr
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Les querelles entre propriétaires forestiers et cueilleurs de champignons font souvent la une des journaux locaux. Dans certaines régions, on parle même de guérilla.
Concernés au premier plan, les collecteurs de champignons ne sont pas insensibles. Le syndicat a fait du " comportement en sous-bois " un de ses principaux thèmes de réflexion. " Il y a des problèmes dans certaines régions et nous avons engagé des discussions avec les politiques et la forêt privée pour tenter de trouver des solutions " explique-t-on au syndicat .
L’une des solutions envisagée : les cartes de ramasseurs. Difficile à généraliser sur tout le territoire, elles sont d’ores et déjà mises en place localement.
C’est le cas dans le massif central, elles ont été instaurées dans 3 communes du " territoire " de collecte de Mondiacépes. " C’est beaucoup mieux " affirme Dominique Uzaï. " Pour notre propre intérêt d’abord, car comme il y avait du cèpe chez nous, les gens des villes et des autres régions débarquaient en masse. C’était autant de tonnages en moins pour notre entreprise. Mais c’est aussi important pour les villages, les ramasseurs locaux, étant moins nombreux, ont beaucoup plus ramassé cette année ".
Hélène Pourquié
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