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  - 20 décembre 2001

3. Sapin, roi des champs

Au volant de son Defender blanc, Justiniano Fernandez règne en maître sur les 350 ha de champs de sapins de Noël des pépinières Naudet. Le 4 x 4 s’agrippe aux terres rouges issues des arènes granitiques du massif hercynien.

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Au détour d’un bois, les rangs de jeunes sapins de nordmann et les épicéas s’étendent à perte de vue et donnent aux croupes du Morvan un aspect de velours côtelé. Qu’il plaise ou non, le paysage du Pays des Sapins de Noël éveil l’œil de l’observateur. Au noir des forêts qui marquent les lignes de crêtes s’oppose sur les pentes et les fonds de vallons le camaïeu vert des plantations. Les teintes varient selon les essences et l’âge des plants. Vert sombre pour le sapin de nordmann, vert émeraude pour l’épicéa, vert tendre pour les plants repiqués durant l’année.

Plantés en pleine terre ou dans des pots, les sapins de Noël ont pris la place des prairies ou des cultures. " Contrairement aux idées reçues, les sapins de Noël ne viennent pas de la forêt. Ce sont ni plus ni moins qu’une production agricole comme une autre ", prévient Justiniano Fernandez, qui supporte mal l’image de destructeur de forêt que la rumeur lui colle sur le dos. Faut-il changer les paroles de la chanson pour dissiper le malentendu? " Mon beau sapin, roi des champs " ne sonnerait malheureusement pas très juste.

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Il suffit pourtant de savoir tout le travail que requiert la production d’un beau sapin pour comprendre qu’il n’a rien d’un arbre sauvage. Issus de semis de graines, les plants sont mis aux champs après 4 ans passés en pépinière.
Ils feront ensuite l’objet de nombreuses opérations pour acquérir un aspect digne de la fête. Il faut d’abord qu’ils se constituent une large base. Pour cela, il est nécessaire que le sol soit maintenu propre afin que l’herbe ne vienne pas compromettre le développement des branches basses.

Au bout de 3 à 4 ans, ils seront ensuite taillés manuellement un par un de manière à rabattre leurs branches hautes pour obtenir la forme conique symbolique de l’arbre de Noël.

Il convient également de les bichonner pour leur apporter les minéraux nécessaires à leur développement. " Une poignée de granulé de fumier par pied et du magnésium pour les aider à prendre une bonne couleur ", précise Justiano Fernandez, qui avec 36 ans de pratique est devenu un maître de la production de sapin de Noël. Au total, tous ces travaux occupent 7 personnes à temps plein sur l’année pour une production annuelle de l’ordre de 350 000 sapins de Noël.

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Plantés à raison de 8 à 10 000 pieds par hectare, soit dix fois plus que dans une parcelle forestière, les premiers sapins de Noël commenceront à être coupés après 3 à 4 ans passés aux champs (c’est-à-dire à un âge de 7 à 8 ans). " Chaque année, nous en prélevons un sur deux pour désépaissir le peuplement et laisser la place à ceux qui restent de grandir convenablement ", explique Justiano Fernandez. Au total, la coupe des sapins dans une même parcelle s’étalera sur 7 à 8 ans. " Les professionnels ne procèdent jamais à des coupes à blanc. Dès que les derniers arbres sont coupés, nous labourons le sol pour recommencer une nouvelle plantation ", explique l’horticulteur.

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Reste que la culture du sapin de Noël connaît un statut ambigu entre régime agricole et forestier. " Pour rester dans la règle agricole, la durée d’une plantation de sapin de Noël ne doit pas excéder une douzaine d’année au maximum et les arbres ne doivent pas dépasser 3 m de hauteur ", explique Frédéric Naudet qui constate que les cas de plantations laissées à l’abandon sont fréquents. " C’est d’autant plus regrettable qu’elle ne font pas de beaux boisements. Les plants y sont bien trop serrés pour que les arbres se développent correctement ", prévient ce pépiniériste dont l’entreprise familiale fondée par son arrière grand-père en 1876 est spécialisée dans la production de plants forestiers (hêtres, chênes, conifères…).

Ces débordements sont le plus souvent le fait de particuliers, propriétaires de terres agricoles qui, attirés par les étrennes des sapins de Noël, n’ont pas mesuré toutes les contraintes des travaux nécessaires à la production d’arbres de Noël. Ils se laissent déborder par la végétation mais aussi bien souvent par l’âge et leurs héritiers n’ont pas toujours la main verte. Du coup, ces friches de Noël ne sont pas toujours du meilleur effet dans les paysages.

" Ces plantations abandonnées font du tort à la profession ", juge Frédéric Naudet." Certaines Directions Départementales de l’Agriculture (DDA) se montrent très méfiantes et exigent des autorisations de boisement pour les plantations horticoles de sapins de Noël qui logiquement n’y sont pas soumises ", note le président de l’Association Française du Sapin de Noël Naturel. Un décret d’application de la loi forestière est en discussion pour mettre de l’ordre. Il devrait faciliter la distinction entre producteurs professionnels et producteurs amateurs.





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